Plantin à Jean T>esserans
A Jan Desserans à Londres, adi 27 juillet 1567.
Sire Jan Desserans, J'ay receu vos lettres et mémoires du 22® du présent ce 27*^, qui est 5 après, et ayant leu vostre lettre et considérant diverses choses, je me suis ung peu trouvé perplex et en doubte, si je vous debvois envoyer marchandises, et ce principalement pour deux causes, dont l'une et principale est de trancher les
1. Libraire français, établi à Londres. En i$68, il était associé avec Thomas Vantroul lier ; en 1578, avec Pierre Bonneval. Il ne lut Tagent de Plantin, à Londres, qu'en 1567 et 1568.
reproches faukes de vostre jadis maistre qui jurera que je vous auray suborné, et aultres mille inventions telles que sçavés. L'autre que je ne sçavois que penser pourquoy me préfériés plustost qu'un aultre, veu que escrivés avoir refusé tant de belles offres de gens qui peustestre vous auroyent peu mieulx avancer que moi, et aussi que je ne doubtois aulcunement que Jaques Dupuis, comme je le cognois rusé, ne vous eust suborné pour me mander de la marchandise, pour après Tarrester ou saisir entre vos mains comme son serviteur et obligé, car je cognois le pelle sur ses finesses et hardiesses outrecuidées de s'attacher à celluy sur qui il pense avoir prinse, par quelque moyen que ce soit. Mais pour toute résolution, ayant bien considéré le contenu de vos lettres et les notes que escrivés, je me suis résolu de vous ayder et, tout à l'instant, j'ay faict mettre à point le contenu de vostre mémoire, lequel. Dieu aydant, je vous envoyeray demain par Comille Jansen qui, comme il me a dict, partira demain, et de ce vous pouvés bien asseurer. Et davantage, si vous tenés vos promesses et voulés vous monstrer fidelle, comme il apartient, je vous foumiray tellement de marchandises que n'aurés occasion de vous plaindre. Mais il sera besoing aussi que reniés parolle fidelle et que ne vous amusiés ni abusiés à jouer, ni follastrer, ni à bailler vostre argent à personne du monde pour luy faire plaisir, à vostre ni nostre retardement, ainsi que par les paroUes dudit Dupuis, et par le contenant de vostre livret, j'entends que avés faict par cy-devant, d'aultant que par après on ne peult pas retirer ce qu'il fault payer les papiers, les ouvriers et les marchants, au jour qu'on leur a promis faire, ni faillir en façon que ce soit,
au moins es pais de par deçà, et pourtant avisés à vous, il en est temps, et ainsi faisant, et en me asseurant par quelque bonne sorte de loyal coiltract, je feray que serés bien assorti avec le temps ; car, grâces à Dieu, j'ay le moyen, et me prioit affectueusement que je vueille prendre des livres de Lyon telle quantité que je vouldray et desjà m'y est bien deu deux mille ft etc.
Pourquoi avisés à vous et des moyens propres pour vostrc proffict et le mien, comment nous pourrions faire Tung pour Taultre, et me mandés vostre résolution et mémoires des sortes que sçavés estre vendables par delà et que cela soit devant le 20^ du mois d'augst prochain, d'aultant que, le 2$^ ou 26*^ dudit, j'espère de partir pour Francfort.
Qiie si, entre ce temps-là, vous pouviés venir par deçà pour deviser et accorder ensemble, je ne le trouverois pas maulvais ni impertinent et, entre aultres choses, il scroit besoing que vous eussiés l'arrest de vos comptes faicts avec le Sire Jaques Dupuis, affin de faire toutes choses plus seurement. Son nepfeu, nommé Pierre Dupuis, m'a mandé de Londres, il y a 8 jours, ung mémoire pour luy envoyer des livres suivant la commission, ainsi qu'il me escript que ledit Dupuis luy a donné charge ; mais je luy ay mandé que ne luy envoyerois rien que son oncle ne m'en eust rescript et envoyé obligation de me payer, comme je luy ay proposé, et s'il ne faict rien aussi n'envoyerois je rien, et si je me trouve bien de vous, je feray que serés seur comme il appartiendra ; mais, sur toutes choses, il me fauldroit avoir mon retour seur et le plus souvent qu'il seroit possible.
Qiii sera l'endroict où, me recommandant à vous,
j'espère Dieu estre vostre garde. Quant à Libert, libraire, dont m'escrivés, ne prestes que cela, que vouldriés donner. Quant à la religion, afHn que entendiës en ung mot mes desseins, je suis l'ordonnance de celle appelléc catholique et ne me suis ni ne veulx empescher d'aul* cune nouvelle, bien si demandés à la fois quelque chose de Francfort, je ne ferois difficulté de le vous achepter, mais je ne veulx avoir ne compte ne reliqua, ainsi que je veulx bien avoir des aultres et des livres de humanité ; et que ceci soit dict une fois pour toutes. Adieu soyés. D'Anvers, ce 27* de juillet [1367].