Vlantin à Çayas
(Minute de la lettre.)
A Monsigneur Çayas.
Monsigneur,
Depuis mon retour de la foire de Francfort, j'ay par deux fois rendu response à V. S. touchant mon advis de la Paraphrase de Jonatan sur le reste de la Bible ', que je serais fort bien délibéré d'adjouxter à Timpression de la Bible en 4 langues, et depuis rescrit et envoyé autres lectres avec quelques livrets de nostre impression et adverti de nostre santé et bon espoir de la fin des troubles. Parquoy, Monsigneur, je n'en feray ici autre répétition que d'advertir V. S. que je continue tousjours en mes premiers desseings, et que, voyant de quelle providence et bon ordre procèdent les affaires et que rien ne se faict à la haste ni aux faux rapports et bruits des
I. Jonathan ben Uziel vivait peu de temps avant ou après la naissance du Christ, il traduisit en chaldéen les livres de Josuë, des Juges, de Samuel, des Rois et des prophètes. Plantin imprima dans la Bible royale non-seulement la paraphrase du Pentateuque par Onkelos, mais aussi celle des autres livres par Jonathan et par Joseph Taveugle.
malings et envieux qui taschent continuellement à diffamer et mestre en extresme danger ceux qu'ils pensent leur estre nuisibles à leurs mauvaises entreprinses ou honneurs et profficts particuliers, mais que toutes choses s'examinent à la vérité, voyant, dis-je, le commencement de si bon ordre, je redouble mon espoir et courage de pouvoir cy-après, pour le moins, continuer (si mieux je ne puis) mes labeurs par une constance renforcée de l'espoir que tous les bons et vrais catholiques prennent de l'heureuse venue de Sa Majesté et de tant de nobles et prudents personnages. Et pourtant que j'entends que ce sera si bref, je n'ose plus envoyer rien, joinct aussi que je n'ay pas eu quelque advertissement de V. S., si avés receu ce que j'ay envoyé depuis Pasques dernières.
Qiii sera l'endroict où, me recommandant très humblement à V.S., je prie Dieu la maintenir en telle prospérité que de bref la puissions voir par deçà avec tel heur qu'elle mérite et le sçait demander à Nostre Signeur Jesus-Christ qui soit avec nous tous.
D'Anvers, ce 27 de juillet 1567.
(Copie expédiée de la même lettre, comme elle se trouve aux archives de Simancas.)
Monsigneur,
Depuis mon retour de la foire de Francfort dernière, j'ay par diverses fois rendu response à V. R. S. touchant mon désir d'imprimer la Paraphrase Chaldaïque sur le reste de la Bible, et aussi envoyé les livres demandés par vos lectres et quelques autres de nostre impression. Parquoy ne me sembleroit à propos d'en rescrire autre chose, non plus ausi que des œuvres de M. Sepulveda sur Aristote, car du tout je me remects à la direction de V.
R. S. pour en ordonner et me faire sçavoir sa volonté, quand bon lui semblera.
Et ne servira ceste pour autre chose que d'adviser icelle V. S. que, depuis le mois de mars, je n'ay receu aucunes lectres d'icelle. Et que, grâces à Dieu, nous sommes en bonne disposition et plains de bon espoir, de la venue de Sa Majesté. Et cependant je continue mes premiers dessings de l'imprimerie, et ce d'autant plus que je vois les affaires s'accommoder à honneur de Dieu et prospérité heureuse et glorieuse de Sa Majesté.
Qui sera l'endroict où, ayant présenté mes humbles recommandations, je prie nostre signeur Jesus-Christ vous conserver et donner heureux voyage à Sa Majesté en ses bas Païs et à V. S. avec toute la suitte. D'Anvers, ce 27 juillet 1567. L'entièrement humble et très affectionné serviteur de V. R. S.