‹ Correspondance de Christophe PlantinChapitre 125 sur 398 · Jean Desserans à Christophe Tlantin · texte numérisé non relu

Jean Desserans à Christophe Tlantin

Sire Christophle, A vosrre bonne grâce me recommande, sans oublier vostre femme et tous de vostre maison. Je vous ay escript, il y a 8 jours, ample responce à la lettre qu'il vous a pieu me envoyer ; parcquoy il ne est besoing que je vous fasse plus long discours, sinon que la présente sera pour vous donner advis que je ay receu, le 7 de ce moys, une vostre lettre escripte du 3* dudict, là où estoit la facture des livres que dites me envoyer, lesquelz je ne ay pas encore receus, à cause que le marinier ne est pas encores arivé ; et les ayans receus et recongnus sur vostredict mémoire, je ne feray fautt^ de vous en donner advis.

Les livres que vous me envoyés sont bonnes sortes pour ce pays, mais vous mectés les prix ung peu bien hault; parcquoy je vous prie de avoir esgart à cela, quant vous me envoyrés quelque chose ; car vous scavés que cy je ne fais aussi bon marché, comme faict Birckman et Jacques Du Puys et aultres, que je ne pourois pas vendre, toutefois que je feray du myeulx que je pourray.

Je vous ay aussy mandé ung ample cathalogue des livres de Lyon et ceus d'Alemagne et Genève et Venize, lesquelz il vous plaira de assortir le myeulx qu'il vous sera possible, et comme je vous ay mandé que je les reçoive devant les aultres, à celle fin que je puisse myeulx faire vostre proufEt et le mien.

Qiiant à ce que me mandés que je aille par delà, je vous ay mandé mon advis. Qjuant à vous faire tenir de l'argent, je ne puys pour le présant, mais ayans receu les livres, je tacheré à en faire, et puys vous en feray

tenir. Toutefois, c'il y a quelque ung de vos amis qui vînt 'par deçà, et qui eut affaire de 30 ou 40 escus, nous les trouverions tousjours bien.

Je vous veult bien advertir comme il y a ung mien amy en ceste ville qui m'a baillé 100 escus pour me mestre en avant et pour me ayder sans nul proufBt ny interest, et ay loué une belle soUe, c'est-à-dire ung pacqus pour mectre marchandise, et une chambre garnie, qui me couste cinq livres strelin par an, et en ladicte maison je y prendray ma dépence et ay faict marché à six deniers pour jour, qui est fort bon pris; il est vray que, cy je veult boire du vin, il le fauldra payer. Et je ay faict pr ester lesdicts 100 escus à mondict hoste pour troys mois, à la charge que je ne payeray rien ny de ma dépence ny du louage. Et au bout des troys mois, il est obligé corps et biens de me les rendre ou bien, cy je les luy veult laisser, que ma dépence ne me coustera rien, tant qu'il les tiendra. Il est vray qu'il ne feroit pas à tous le party qu'il me faict, mes c'est à cause qu'il est de mes amys et est homme riche, qui est bien ayse de me avoir en sa maison, laquelle est une des belles maisons que aye estranger en cesie ville. Et cy ledict a des facteurs à Anvers et à Paris et à Rouen, et est plumassier et se nomme Pierre Bonneval, marchant, dcmourant au blanc chapiton ou au blacque frieres. Parcquoy, quand me escriprés, vous y pourés adresser vos lettres, et cy vous veniés par deçà ou de vos amys, il y aura tousjours place pour vous loger.

Il y a ung libraire à Paris qui mè doibt cinquante et cinq livres monnoye de France ; cy avés affaire par delà, je manderay la céduUe à vostre homme pour les recepvoir, car je les luy baillé pour me faire tenir par

deçà, mais celuy qui me les debvoit bailler, qui est Thomas Vantrouiller est allé à Paris, et fault que je atende à son retour.

Aussi vous pouriés mander à vostre homme par delà qu'il fist quelque bon assortiment de livres nouviaulx et de tout les sortes de petis poètes qui pouroit recouvrer de chez Guillaume Cavellart*, et que il en fist une balle ou ung tonniau, et que il me les envoyast en ceste ville. Il ne le faudroit que envoyer à Rouen, là où je adresserois pour me le faire tenir en ceste ville, ou bien s'il vous semble milleur qu'il vous le fist tenir par delà, cy la voicture ce trouvoit à bon compte, et de Anvers vous me le pouriés faire tenir en ceste ville.

Aultre chose ne vous sçaurois que mander pour le présent, jusques à ce que je ay eu responce de ma dernière lettre. Qui sera fin par ung adieu, lequel je prie qui luy plaise me faire la grâce que je puisse faire vostre prouffit et le mien, come je ay bon vouloir de ce faire, cy me assortisses selon que je vous manderay, et à vous de vous donner ce que vostre ceur désire et accomplissement du bon désir et vouloir que vous avés envers moy, vous assurant que ne estes pas intéressé. Aussi je prie ce bon Dieu qu'il vous veuille bien conduire en vostre voyage de Francfort et en toutes vos aultres afiaires. De Londre, ce 9* d'aoust 1567.

Par le tout vostre serviteur et bon amy à jamais

lehan Desserans.

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