C. Plan tin
I . La minute de cette lettre ne porte pas de date. Dans le registre de Plantin elle vient immédiatement après celle qu'il adressa, le 18 octobre 4567, à Paul Manuce. Il est clair toutefois qu'elle est antérieure à cette dernière et la première ligne prouve qu'elle fut écrite au mois de juin 1567.
88 — Plantin au Cardinal de Granvelle.
Monsigneur très Illustre et Révérendissime.
Les deux lectres de Vostre Signeurie très Illustre et Révérendissime dont la première est du pénultième d'aoust et l'autre de Tunziesme septembre m'ayant esté délivrées le 13 du présent, je n'ay sceu y respondre plustost.
Qpant au Bréviaire, je serois bien délibéré de contenter le Signeur Paulus Manutius, par certaine somme d'argent, pour avoir le privilège de Sa Saincteté, si je me pouvois asseurer d'en jouir seul es pais de la basse et haute Allemagne. Mais je crains que cela ne me seroit permis. Pour éviter donques toutes doubtes et proposer audict Manutius chose qui luy pourra estre autant ou plus avantageuse que les 300 escus qu'il demande, je me suis advisé de luy offrir, pour ledict privilège, la disme de tous les Bréviaires que je feray durant ma vie et la sienne, suivant ledict privilège de Sa Saincteté qu'il m'aura faict avoir. Ce que je promectray observer en foy d'homme de bien, et chaicunne impression par moy achevée, soit en grand soit en petit volume, je délivreray incontinent, ici, à qui il luy plaira,ou envoyeray, là où il ordonnera, la dixiesme partie de tout ce que j'auray imprimé, et mesmes mectray, s'il plaist audict Manutius, ces paroles en la première page : Excudebat sihi et T?aullo Manutio Ch. VlantinuSy ou tout ainsi autrement qu'il luy plaira, sans que ledict Manutius paye rien dans mes frais- de papier ne d'impression de la disme desdicts Bréviaires, sinon les frais de les faire transporter, en cas qu'il voulust m'ordonner de les envoyer ailleurs.
Le Signeur Çayas, secrétaire de Sa Majesté, m'a de
rechef cscrit du 7 septembre que Sadicte Majesté avoit résolu de me faire assister, en bref, à l'impression de la Bible en quatre langues, ce que venant à estre effectué, j'ay délibéré d'y employer tout mon pouvoir.
Si par la faveur de Vostre Illustriss. et Révérendiss. Signeurie, il plaist au Signeur Michael Thomasius * nous envoyer les œuvres de Lactance, je les recevray et imprimeray très volontiers et adjouxteray ce bénéfice au nombre des bienfaits de V. 111. et R. S. envers moy, ainsi comme je feray de la copie du S' Padre Onoffrio' contre les Centuries, et luy envoyeray, incontinent l'avoir imprimé, un suffisant nombre d'exemplaires à Venise, pour recognoissance de ses labeurs.
J'ay communiqué à mon compère Hiérosme Cocq ' l'intention dudict Padre Onoffrio, touchant les figures, et rcmonstré que ce seroit chose de bonne vente ; mais il m'a respondu absolutement, qu'outre ce qu'il estoit trop
1. Michel Thomasius, né dans Tîle de Majorque, enseigna le droit à Lérida et à Bologne, étudia la philosophie et l'histoire et prit le grade de docteur en droit canon. En 1S56, il devint conseiller et secrétaire du roi d'Espagne ; il assista au Concile de Trente et fut employé par Grégoire XIII à la correction du Decretum Gratiani ; enfin il fut nommé évêque de Lerida. Parmi ses ouvrages, nous remarquons les œuvres de Laotance, annotées par lui, que Plantin publia en 1570. Granvelle doit l'avoir connu à Rome, au moment où Thomasius travaillait à la révision du Decretum Gratiani.
2. Panvinius (Onuphrius), de l'ordre de S« Augustin, né en 1529 à Vérone, enseigna la théologie à Florence pendant un court espace de temps, et vint se fixer à Rome, où il habitait chez le cardinal Farnèse. Il écrivit de nombreux ouvrages, fort estimés de son temps, et mourut à Rome, à l'âge de 39 ans. Plantin n'imprima point le livre dont il s'pgit dans cette lettre.
3. Jérôme Cock, graveur et marchand d'estampes et d'objets d'art, mort à Anvers, en 1570.
occupé à autres ouvrages commencés, qu'il ne fut onques d'advis de se mectre en compagnie d'aucun, principalement si esloigné d'ici, comme est Romme.
Je poursuis le Virgile du Signor Fulvio Ursino que j'espère d'achever ceste semaine et l'envoyer à V. 111. et R. S. par le prochain poste qui partira.
[18 octobre 1567]