‹ Correspondance de Christophe PlantinChapitre 155 sur 398 · Imprimeur anversois · texte numérisé non relu

Imprimeur anversois

préjudicier à la vraye copie dudict Topiarius, qui mesmes (si besoing est et fût ledict Sonuius trop dur à accorder) en rcscriroit à Mess" de la Téologie, à Paris, et à quiconques en seroit besoing pour la vérification de nostre droit, car nous luy payons bien raisonnablement son travail etc. Pour conclusion, il seroit bon que peussions accorder amiablement avec ledict Somnius que puissiés vendre par delà, ainsi comme luy, toutes les sortes dudict Topiarius. Et plus tost que de n'accorder ensemble, je luy promecterois que son nom y fust seul, en la première page, et point le vostre, ni le mien, à telle condition aussi qu'il vous baillast lectre de sa main, par laquelle il confessast qu'ayés pouvoir d'en vendre aussi bien comme luy. Que s'il en veut avoir milleure seureté, vous les pourés mesmes faire imprimer à Paris, à communs frais et despens, et en vendre chaicun sa part, ou autrement, ainsi que verres bon par ensemble, à condition toutefois que l'un ne le poura faire rimprimer que l'autre n'ait tout vendu ses exemplaires et duquel il sera, si bon luy semble, tenu d'en prendre cependant à tel prix ou rabat qu'ordonne rés réciproquement l'un envers l'autre. Voilà mon ad vis : auquel s'il ne veut pas condescendre, nous adviserons de trouver autre moyen, qui nous sera facile, d'autant que nous avons l'aucteur par deçà qui nous favorisera. Mais je prise beaucoup paix et accord, et vaut mieux gagner moins en paix que plus en fâcherie.

Ayant escrit la présente jusques ici, j'ay receu les vostres du 2 5 du passé et entendu p^r icelles vostre continuation et bonne santé, dont j'ay esté joyeux. Qiiant à la vente, il me suffit pour le présent que puissiés vous entretenir et contenter un chaicun, comme Balling et

autres. Or me plaisent fort les lettres ou cadeaux receux et jà imprimées, ainssy qu'eussiés veu, si eussiés peu recevoir ce qui a esté pillé auprès d'Amiens. Et pourtant que j'ay lectres plus petites pour faire exemple et qu'on nie demande journellement desdits exemplaires, qui sont de la moytié plus petit format, je voudrois fort bien que me fassiés incontinent pourtraire encores nn alphabet complet, qui soit d'un tiers moindre que celuy que m'avés faict faire et envoyé par cidevant, à sçavoir de la grandeur de ce caré ici opposite, et ce le plust tost que pourés. Mesmes j'en voudrois bien aussi un après (mais avec comodité et sans hâte) aussi petit comme le petit carré qui est dans le plus grand ici opposite, et peu à peu faictes continuer l'accomplissement des figures du Nouveau Testament par cy-devant de long tems spécifiées. Et le tout avec commodité et par devant toutes choses lesdicts cadeaux, de la forme du plus grand carré, ici tiré à l'opposite de ce-feillet '.

I. La minute de cette lettre se trouve écrite sur une feuille volante» sans date. Nous savons cependant qu'elle a été expédiée en 1567. En effet, Gilles Beys se rendit i Paris au commencement de cette année, et les Conckmes in Evan^elia et epistolas per D, jEgidium Topiarium (pars hiemalis), de 1568, portent à la fin l'indication: Excudebat Antverpi» Christophonis Plantinus, mense Augusto, M. D. LXVII. Cest donc avant cette dernière date que la lettre doit avoir été écrite. En 1 569, Plantin publia de nouveau les Conçûmes Topiarii ; une partie de cette dernière édition porte l'adresse : Antverpiae, Apud Antonium Tylenium Brechtanum.

99* — PldfUin au Cardinal de Graf ruelle.

Très Illustre et Révérendissime Signeur.

Puisque, de la grande libéralité de Vostre Illustrissime et Révérendissime Signeurie, j'apperçoy tant de bienfaicts m'estre procurés et faicts, qu'impossible me seroit de pouvoir jamais satisfaire au moindre d'iceux, j'estime que c'est mien oflSce de m'employer à les faire valoir et recoignoistre tousjours d'où je les auray receus. En quoy, je tascheray, toute ma vie, à faire tel devoir que je ne pourray cstre accusé que d'impuissance. Car je me sens foible et n'est pas le succès en mon pouvoir. Mais^quant à la volonté avec un diligent labeur et ferme constance en un cueur léal et bien affectionné, j'espère qu'ils ne me défaudront, et que, par conséquent, jamais défiance, ingratitude, ne paresse ne me saisiront.

Je n'ay pas eu autres lectres d'Espagne, depuis les miennes à V. I. S., et crains bien que les affaires plus pressantes retarderont l'entreprinse de l'impression de la Bible en 4 langues.

J'ay receu les lectres du S^ P. Manutius,par lesquelles il m'escrit sa compagnie et luy aussy accepter mon offre de la disme touchant les Bréviaires, dont je suis joyeux et tiens ce bienfaict de Vostre Illustrissime Signeurie, suivant l'ordonnance de laquelle j'ay ici passé procuration au nom de Monsigneur Renobert de Malpas, chantre de Malines, et, quant à mon intention, elle est purement et simplement que ledict Manutius et compagnons me donnent privilège' ratifié de Sa Saincteté, suivant lequel je puisse seul imprimer les Bréviaires nouveaux, en tous les paiis de par deçà, subjects à la Majesté de nostre Roy (car Manutius me rescrit seule-

ment de Flandres, en quoy j'estime bien qu'il s'abuse, à la mode des François aussi qui appellent Flamengs tous les habitans ou natifs des paiis ou terres de par deçà obéissants à nostre Roy très catholique), et en ce faisant que je sois obligé de donner la disme de chaicunne impression que je feray desdicts Bréviaires (ou autres livres dont ils me donneront tel privilège), en quelque forme et charractères que je les auray imprimés, et de livrer ici ladicte disme ou dixiesme partie, à sçavoir, pour chaicun mille, un cent exemplaires complets et collationnés et empacquétés ou emballés, à qui ledict Manutius et compagnons l'ordonneront en ceste ville, pour d'ici les faire conduire, à leurs despens, hors des paiis de par deçà, où bon leur semblera, sans que ledict Manutius ou compagnons,ni autres soyent,en ce faisant, subjects de payer autre chose pour lesdicts exemplaires que les frais des emballages et port où il leur plaira les envoyer, hors desdicts paiis de par deçà. A quoy aussi ils devront s'obliger, ainsi que la raison le veut, ce que je requiers, non tant pour éviter l'empeschement de la vente que je pourrois faire de cent exemplaires plus, comme divers autres inconvénients qui pourroyent s'en ensuivre, sous couleur de telle vente qui s'en devroit faire par autruy. Et ce à peine que celuy qui aura contrevenu à ceste convention soit tenu de payer cent escus d'amende pour chaicunne fois, la moictié applicable au proffict des pauvres, et l'autre de la partie intéressée. Et le tout sans fraude ne malengin quelquonques.

J'estime que V. I. S. aura maintenant receu le livre de Fulvio Ursinio sur Virgile, et entendu que j'ay receu l'autre œuvre des fragments grecs,lequel je ne puis faire

venir à propos d'imprimer, si tost que ledict Signeur Ursinius le désireroit et moy aussi, d'autant que j'avois desjà fourni la presse d'autre besongne, mais incontinent avoir achevé quelque œuvre, que j'espère .sera devant un mois, je ne faudray à commencer ladicte œuvre et à continuer, Dieu aidant, jusques à la fin.

J'envoye Aristenetus par moy imprimé \ Je n'ay point imprimé Commentaria Caesaris. Vray est que, passé 3 ans, j'avois prié plusieurs personnages doctes de me donner leurs observations sur ledict aucteur et avois obtenu quelques corrections et aussi quelques exemplaires escrits à la main et le tout livré à un jeune homme docte nommé Obertus Gifanius (duquel j'ay imprimé le Lucretius, amendé après l'édition de Dionys. Lambinus), pour lors demeurant en ceste ville, pour conférer le tout et le mectre en ordre pour l'imprimer. Mais depuis, il receut la charge d'instituer les enfants de feu Monsigneur Haller qu'il mena en France, et depuis il a pris autre condition de Monsigneur de Foix. ambassadeur pour le roy de France à Venise, là où maintenant il est, et d'où il me rescrit du 19 novembre, s'estre remis à besongner audict Caesar, Justinus, Suetonius et autres tels qu'il m'envoyera ou apportera plustost que je ne pense. Mais, voiant telles longueurs, je l'ay commencé en la forme dont j'envoye ici 4 cahiers pour monstre. Nonobstant quoy, je ne laisserois à l'imprimer in 8**^

lorsque j'auray receu autre meilleure copie. ' (Fin décembre 1567, ou commencement janvier i$68^.

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