Tlantin à Jean Desserans et Thomas Vantrouillier
Signeurs et amis Jehan Desseran et Tomas Vantroullier, La présente sera pour advis que j'ay receu les vostres du 14 mars ; pour response ausquelles, saches que j'ay receu les 30 livres sterling de Hector de la Goue. Je vous ay aussi adverti par cy-devant que fissiés de la lectre de Scralet comme pouriés et verriés le milleur, en acceptant plus tost le payement du sieur Jehan . que de renvoyer la lectre. Et encores si ne pouvés au piège par escrit, me semblera bon advis que m'en donnés, c'est que trouviés moyen de faire confesser ledict Gérard d'Aoust, dont m'escrivés que faict la debte bonne. Car il faut sortir d'un mauvais lieu quand on y est, et prendre pacience avec l'advertissement de s'en garder à l'advenir.
Qpand est de vous assortir, je le feray très volontiers, à condition (comme je vous ay desjà assés rescrit) que ce soit sans que j'y sois intéressé. Et pourtant je vous répète encores ici mon intention, c'est que, touchant les livres estrangers, je veux tousjours estre payé sans aucun délay ny retardement, devant que nous partions de ceste ville pour aller à Francfort. Et en ce faisant, je vous envoyeray tout ce qui se pourra trouver de vos mémoires aux foires et ce au prix que les libraires les mectent audict Francfort ; bien entendu que payerés aussy tous les frais raisonnables, tant pour amasser, pacquer, voitures et autres choses qu'il apartiendra, depuis ladicte ville de Francfort jusques à vostre réception; Le tout à vos frais et risiques.
Et de tous ceux que demanderés de ces livres estrangers, entre les foires, à sçavoir que j'envoyeray de ma
provision, je les vous raecteray au prix que nous le faisons ici l'un à l'autre en argent comptant qui est le florin de Francfort à trente patars de ceste monoye qui sont 36 sols. Et de ceux-ici veux je aussi estre tousjours payé, comme je l'ay dict ici-devant de ceux que j'envoyeray de Francfort.
Qiiand à mes sortes et autres que pourés mander de ce pays ici ou dont j'auray commodité, j'en feray un conte à part et tel party que verres propre ; de quoy je vous prie de m'adviser et rescrire amplement et ouvertement.
Si ces conditions-ici vous plaisent et si vous les acceptés, envoyés m'en une lettre à part de vostre main, signée de tous deux, par laquelle vous me permettiés de payer lesdicts livres que j'achepteray à Francfort ou vous envoyeray de ceste ville, ainsi que je l'ay spécifié icy-devant.
Car, comnie je vous ay assés dict, je vous veux faire tout le plaisir qu'il m'est possible, mais je ne veux pas perdre ni advancer mon argent à mon dommage. Et quand aux autres livres de mon impression, vous pourrés adviser par ensemble comment vous en voudrés faire et m'en doner advis, sur quoy je vous respondray à mon retour. Dieu aidant.
Mais quand aux estrangers, qu'il faut que je paye au comptant (comme il me fault faire le Matheolus * et quelques autres encore), ou bien de foire en foire, je suis résolu, ainsy que je vous l'ay icy spécifié. Et pourtant n'est il pas besoing de m'en respondre autre chose, si non du faire ou du laisser.
I. Matheolus ou Mathiolus (Pierre André) médecin italien du XVI« siècle qui a écrit plusieurs ouvrages sur la botanique et la médecine.
Parquoy il est besoing, au moins si le voulés, que m'envoyiés une obligation suivant les articles cy-devant déclarés. Et encores que je ne seray pas en ceste ville, mon serviteur et enfants m'en envoyeront bien le double (après qu'il l'auront receue de vous) à Francfort, afin que de millieur courage je m'employe à vous servir en toutes sones qu'il me sera possible. Si je suis court d'argent et le Sire Marchus Berick m'en veille assister, j'en feray, comme vostre ad vis le porte. Mes gens vous serviront en mon absence, comme si j'estois présent, et vous envoyeront des cartes, ainsi que le demandés, et que je leur ay ordonné, et que j'en ay bien moyen et des globes aussi, mais il faut que je les commande et paye tousjours comptant.
J'ay une paire de globes de Gemma Frisius que j'ay faict faire, avec les méridiens en cercles de cuivre, et ne les puis donner moins de seize florins et douze patars. Si les voulés avoir, mandés-les, on les vous envoyera. Les ordinaires dudict Gemma, qui ont les cercles méridionaux de bois, puis je bien vous envoyer à onze florins la paire. Ceux de Mercator (dont j'en espère recevoir incontinent après Pasques) ne puis je donner moins de 24 florins la paire. Si mandés quelque chose, vous serés servis à mon pouvoir.
Cependant, je prie à Dieu vous vouloir donner toute bonne prospérité et une vraye santé et amitié, ainsi qu'il appartient, en me recommandant à vos bonnes grâces. D'Anvers, ce 21 mars 1568.
Entièrement vostre serviteur et amy.
Plantin.
-^ 265 — 121. — Plantin à Arias Montanus.
(Plantin répète le sommaire de sa première lettre à Arias. Il se déclare grandement honoré de pouvoir servir un homme de tant de savoir et de vertu. Il se sent flatté qu'Arias désire son portrait, mais ne saurait satisfaire à sa demande, parce que jamais il n'a posé pour un peintre et ne se permettrait pas encore pareil acte de vanité.)
Etsi lltterîs tuis 20 aprilis Alcalae in coUegio trilingui ad me scriptis jam ante menses aliquot responderim, neqiie alias postea receperim abs te, vir doctissime, ego tamen quod nonnullas etiam tune temporis ad clarissimum virum D. Gabrielem Sayam, regiae majestatis secretarium, paironura nostrum singularem, miserim, quas, aut sua negligentia, vel temporum iniquitate, itinerumve praeclusione impediti nuntii cum non reddiderint, in suspicionem venio fieri posse ut neque priores illa^ meae ad manus tuas pervenerint. Qpare ne, quod certe nolim, diligentia nostra tibi hac fortasse occasione suspecta reddatur, hic paucis summam earum quse tuis responderam recensere volui.
Primum itaque, si bene memini (ex tempore namque tune, ut semper soleo, responderam), ru bore suffusus et pudore innato ultra modum confusus, diu multumque haesitasse me seribebam an mihi litteris tuis doetissimis respondendum esset aut prorsus taeendum, cum nihil aut certe parum in me agnoscerem earum omnium virtutum, quibus o.natum me tibi persuasisse videbaris. Ilinc eolligebam fieri non posse quin vel mea taciturnitate ingratî animi notam nomini meo inurerem, vel me deridendum proderem. Ut autem a priori semper vitio abhorrai, ita in hoc duplici nomine incidere malui pri-
muDiy ne id negligentiae potius quam pudori adscriberetur nostro, alterum ne tantus vir tamque de republica litteraria et christiana bene meritus meo silentio deciperetur, dum interca me talem putasset qualem bénigne et liberali animo conceperat.
Nihil etenim, ut candide et pio more nostro id quod res est fatear, in me cognosco laude dignum aliqua praster quamdam animi inclinationem et affectum ab ipso Deo Opt. Max. nobis datos> quibus ita rapior ad laborem cum corporis tum quicquid in me est ingenii, neque quemvis, sed qui plurimis prodesse possit, suscipiendum et perferendum, ut citra hune ne vivere quidem liceat, certe non diem unum, sed ne horulam quidem mens nostra absque tali cogitatione abire permitteret. Egregii vero aliquid praestare, nisi principum virorum favore et tui similium, hoc est doctissimorum virorum et de litteris litteratisque bene merentium consiliis, judicio et ingenua iiberalitate adjUtus, ut nostrarum virium neque in dexteritate ingenii nostri situm esse cognoscimus, ita nos illis quorum facultatibus, favore vel industria quid prasclari e nostra prodit of&cina, libenter acceptum et fatemur et prasdicamus, nihil inde prorsus nobis arrogantes praeter id quod labore et constantia consequi potest.
Quod autem nos tanti facias ut effigiem nostram desideraris, vir clarissime, id tuae humanitati et amicorum errori, qui me pluris ut video facitis quam ipse faciam, est condonandum. Nam ego me nunquam proposui delineandum neque operae pretium putavi, cum ipse mihi conscius sim quam curta sit mihi domi suppellex, vel quam mihi ignobili taie quid non conveniat. Verecundiam tantam mihi sentio innatam ut vix absque rubore
pictori vel familiarissimo, dum faciem nostram delineare vellet, antestare possém. *
Cxterum, si mea opéra quacumque in re uti placuerit, experieris me tui tuorumque similium, hoc est virorum doctissimorum et omni génère disciplinarum virtutumque rarissimarum insignium, perquamstudiosum, nihilque magis cupere quam ut talibus talem me proponam et omni obsequio reipsa probem. Proinde si quid (quod et tune significabam et ex animo repeto) a me tua vel amicorum gratia curatum velis, indica vel verbo. Ego bona fide totis viribus, id quod jam jam dixi, probatum reddere conabor. Deus Opt. Max. votîs tuis te, vîr clarissimc, compotem reddat. Antverpiae, 26 manii 1568.
I . Plus tard, Plantin n'éprouva plus ces scrupules. Il posa plusieurs fois pour des peintres et des dessinateurs. Nous possédons de lui trois portraits gravés et deux portraits peints de son vivant.En 1586, il écrivit à Arias Montanus qu'il allait lui envoyer son effigie peinte ; mais ce tableau ne fut expédié qu'après sa mort.