‹ Correspondance de Christophe PlantinChapitre 194 sur 398 · Plantin à Maximilien de Terghes^ archevêque de · texte numérisé non relu

Plantin à Maximilien de Terghes^ archevêque de

Cambrai *.

Au très Illustre et Révérendissime Signeur Monsigpeur

l'archevesque de Cambray.

Le 28 juin 1568.

Très Illustre et Révérendissime,

Pourtant que Vostre Dlustrissime et Révérendissime Signeurie me commanda dernièrement de l'advertir du succès et occurences qui adviendroyent en l'impression de la Bible en 4 langues, je l'en ay ici voulu advertir. Estant donc de retour en ceste ville, je trouvay Monsigneur le docteur en théologie Bénédîct Arias Montanus, officier de la Sainte Inquisition en Espagne, Chevalier de l'ordre de Saint Jaques, personnage, outre Testât de noblesse et degré qu'il tient, npn seulement autant accompli en la science des langues hébraïcque, chaldaïc* que, syrienne, grecque, latine et diverses autres, mais aussi doué d'une autant souveraine modestie, prudence, amour divin, et toutes autres vertus divines qu'oncques j'en ay sceu congnoistre. Iceluy, après m'avoir exposé

I. Maximilien de Berghes, né vers 15 12, était doyen de St Gommaire à Lierre, quand, le 10 septembre 1556, il fut élu évêque de Cambrai. Son élection fut confirmée par le S' Siège en 1559. En 1562, après Torganisation des nouveaux évèchés, il devint archevêque de Cambrai. Il mourut subitement à Berg-op-Zoom, le 37 août

l'occasion de sa venue et de sa charge, qu'il me monstra par escrit annotée, apostilée et signée de la propre main de la Majesté de nostre Roy très catholique, me bailla lettres aussi addressantes à moy, soussignées aussi de la propre main de Sa Majesté et de son secrétaire d'estat, par lesquelles Sadicte Majesté m'escrit signamment que les monstres de la Bible en quatre langues, que, passé trois ans, j'avoys envoyées en Espagne, luy ont esté si agréables, qu'après meure délibération, il avoit envoyé ledict Arias Montanus, son domestique etc., avec toutes charges et commodités, pour m'aider, voire et présider en son nom à la correction de ladicte Bible, laquelle il désire et m'exhorte de commencer incontinent et la poursuivre en la plus grande diligence que possible me sera. Ce que faisant, il me promect toute faveur en tous endroits qui s'offiiront à mon advantage etc.

Au reste, il ordonne ici à son facteur qu'il me délivre la somme de six mille ducats en prest, pour employer à ladicte impression et que^ contractant avec moy, il me demande et prenne piège de ladicte somme : article qui en ce temps fascheux m'a esté fort dur. Mais, grâces à Dieu, j'y ay, par promesse de livrer les exemplaires qui s'imprimeront, entre les mains ou pouvoir dudict signeur docteur, satisfaict, excepté de mille et cinq cents escus, pour lesquels il me convient bailler quelque personnage pour piège : chose qui m'est assés difficile en ce temps fascheux, auquel le père faict difficulté de respondre pour le fils.

Si est ce, grâces à Dieu, que, outre une assés passablement bonne quantité de livres et mon imprimerie, que je ne donnerois pas pour 6 mille ducats, j'ay achapté

et payé la maison où je demeure plus que ne se monte ladicte somme de 1500 escus et suis prest d'engager et obliger le tout à quiconques me voudra faire ce plaisir, afin que telle œuvre ne soit retardée pour si peu de chose. Ledict facteur me dict bien qu'il prendroit bien ma personne et biens pour asseurance, sans piège, n'estoit que Sa Majesté luy a prescript ce point, auquel il ne soroit aucunement contrevenir.

Voylà, Monsigneur, ce qui nous peut retarder. Car le papier est achapté, les lectres sont fondues et ne laissons aussi de faire besongner au reste des appareils. Le tout sous espoir qu'il plaira à Dieu inspirer quelque personnage de nous faire ce bien de respondre desdicts 1500 escus, ce que je ne désire point pour aucun proffict particulier, mais pour le seul advnncement de la saincte esglisc catholique, apostolique et romaine, et ainsi Dieu et ses saincts me puissent aider.

Au reste, j'envoye ici à Vostre Excellence un exemplaire d'Œconomia Bibliorum relié, lequel livre couste, ainsi relié qu'il est, 48 patars. S'il est autre chose en quoy Vostre Exellence m'estime propre à luy faire service, me le faisant commander par l'un de ses serviteurs, je m'y employeray d'aussi bonne volonté que je prie Dieu la préserver et augmenter en ses sainctes grâces et que je demeure en la sienne. D'Anvers, ce 28 juni 1568.

De vostre Illustrissime et Révérendissime Signeurie le très humble, très obéissant et très affectionné serviteur.

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