Biblia laiina, Plantin, i$69, in-40 et in
2. Le 26 juin 1566, Plantin et Corneille de Bomberghe se portèrent garants, en faveur de Qaude de Withem, envers le Chevalier de Sèvre, pour une somme de 1300 écus au soleil à 52 sous par écu. L'engagement était contracté pour un terme de neuf ans. Le chevalier de Risbourg s'obligeait de son côté à leur payer annuellement la somme de 2646 fl. I sou, le florin compté à 20 patars. A en juger par le début de la présente lettre, il faut croire que de Bomberghe passa sa part dans ce contrat à Pierre Cassen. Toute cette affaire du chevalier de Risbourg fut pour Plantin une source abondante de tracasseries et d'ennuis de tout genre. Elle se termina pour lui par une perte de 2630 florins.
— jcx:^ —
La diflSculté des temps, de l'absence de Pierre le Vignon, Nicolas Cbastelain et coinpagme, que moy ni mes amis lui sceussçnt faire, me contraignit dès la mesmes semaine à luy payer le terme de Pasques. Et que, dès le 20 du mois de juing, il m'a envoyé Icctres de change, à payer l'autre terme au premier de juillet. Par ainsi, ayant esté contraint d'accepter lesdictes lectres de change et par conséquent de fournir aux payements, je me suis trouvé en telle perplexité que, si n'eust esté l'impression d'une œuvre de grandissime importance, en laquelle la Majesté de nostre Roy très catholique, m'ayant envoyé un noble chevalier et très sçavant docteur exprès, avec lectres de faveur, tant à Son Excellence qu'à autres et à moy en particulier, de commandement d'y travailler en toute diligence, je me fusse transporté moy-mesmes vers Vostre Signeurie, pour d'icelle avoir le moyen de recouvrer les deniers desdicts deux termes escheus, pour lesquels j'ay employé tous mes amis et crédict, de peur de tomber en inconvénient, perte et déshonneur misérable. Mais, comme j'estais en ceste peine, est arrivé de Lyon Gilles Chastelain, frère de Nicolas et facteur de la mesme compagnie, auquel m'estant adressé, m'a respondu n'avoir aucun moyen de me subvenir. Chose qui m'a d'autant plus contristé que j'ay tousjours entendu que ladicte compagnie tenoit à rente bon nombre d'argent de Vostre Signeurie. De sorte que je n'ay sceu moins faire que de protester à l'encontre d'eux, selon droict et raison. Dont c'est ensuivi qu'ayant depuis faict diligence, il m'a payé à bon compte la somme de six cents florins et promis de faire faire le devoir de me faire avoir argent dedans lo ou 12 jours, chose qui m'est nécessaire, si je veux maintenir mon honneur.
Or de ceci ay je bien voulu advenir vostre noble Signeurie, des vertus de laquelle je me tiens tant asseuré que je ne me persuaderay jamais qu'elle n'y ait donné tel ordre qu'il apartient, et que la faute ne vienne d'autres, qui, comme j'estime, font leur profict de ses deniers à nostre dommage. Car je vous jure, Monsigneur, que je n'ay oncques eu ni ne prétends aucun profict des deniers avancés par Vostre Signeurie, et que je n'en ay rien autre chose que les peines et travaux, quant, les termes venus, iedict Pierre Cassen, qui reçoit et paie les deniers, m'envoye incontinent lectre de change, tout ainsi comme si j'avois de longtemps l'argent de V. S, en mon coffre, chose qui m'est si moleste qu'il me seroit impossible de la racompter ni escrire. Et pourtant, Monsigneur, je suplie très humblement V. S. qu'il luy plaise de me délivrer de ceste peine, ennuy et fascherie, où je suis à présent, et me donner le moyen pour l'advenir de n'y tomber plus. Que s'il luy plaist me donner ses deniers en mains, je suis prest (pour éviter toutes fascheries aux jours des payements) de les prendre à tel profict que les autres les prennent.
Au reste, je prie à V. S. se souvenir que je n'ay pas été remboursé de quelques frais que je fis pour le messager envoyé en France, et les procurations et autres menus despens que je payé alors que Vostre Signeurie envoya en France vers Monsigneur le chevallier pour passer la plègerie et avoir les lectres d'entrée en possession ni de quelques livres délivrés depuis pour Vostredicte Signeurie. Et si, en quelque chose que ce soit, mon service peut estre aggréable à V. S., elle me trouvera derechef tousjours prompt et apareillé à m'y employer
d'aussi bon cueur que je prie à Dieu la maintenir en sa grâce et moy en la sienne.
D'Anvers, ce 13 juillet 1368.