‹ Correspondance de Christophe PlantinChapitre 210 sur 398 · lantin à Claude de JVithent · texte numérisé non relu

lantin à Claude de JVithent

Le premier aoust 1568.

A très noble et vertueux Signeur, Monsigneur de Rysbourg, lieutenant général de Monsigneur le comte de Meghen etc.

La révérence qu'à bon droict je porte à tous serviteurs de Sa Majesté et pricipalement aux grandes charges que Vostre Signeurie soustient maintenant pour les guerres et affaires très urgentes^ me commandent bien de ne Timportuner de la lecture de mes lectres en temps importuns. Mais Textresme nécessité me contrainct comme forcé de passer outre toutes les bornes de jugement et raison. Suivant donques le commandement de la révérence et devoir envers V. S., principalement en ce temps, je prieray seulement ici Vostre Signeurie qu'il luy plaise, quelque heure de repos, lire ces autres pages que la nécessité me contrainct luy respondre et ne trouver estrange ni prendre en mal que son bien aflFectionné serviteur remonstre humblement la peyne, ehnuy, fascherie et danger où il se trouve pour le service d'icelle. Cependant, je prie Dieu qu'il luy plaise faire prospérer Vostre noble Signeurie et donner victoire telle qu'elle la souhaite à son honneur et service de Sa Majesté.

Comme j'ay escrit par mes précédentes, il m'a faillu payer le terme de Pasques, dès la propre semaine, et celuy de S* Jehan, dès le dernier de juing dernièrement passés. Et qui pis est, je ne sceu alors trouver argent à crédict pour nul prix ; de sorte que je fus en danger que tout mon bien eust esté vendu, mon crédit perdu et ainsi du tout ruiné. Mais il advint que Sa Majesté,

environ ce temps-là, m'envoya lectres soussignées de sa main, par lesquelles il m'ordonne de m'adresser vers l'excellence du duc d'Albe, auquel elle en escrivit aussi, pour estre favorisé en tout ce que me sera de besoing pour suivre son ordonnance, qui est entre autres choses,d'imprimer une Bible en cinq langues, et pour cest efFect m'a il aussi envoyé un chevallier de l'ordre de S^Jacques, docteur très sçavant et expert, avec lectres de crédit pour recevoir ici argent et demeurer jusques à ce que j'eusse achevé pour le moins ladicte Bible. Or ay je receu à bon compte 1500 [ducats] d'arres pour faire les provisions deues, desquels, pour éviter le danger où je me voyois, espérant que les pièges de V. S. feroyent de bref le devoir de me rembourser, de bref j'ay payé lesdicts termes et prins à crédict les papiers et autres avancements qu'il ma faillu faire pour les préparations de la dicte Bible etc.

Or maintenant sont les termes venus que je doibs payer lesdicts papiers et autres avancements, autrement je serois contrainct par justice de ce faire. Chose qui me viendroit à encore plus grand dommage, d'autant que si Son Excellence venoit à entendre que j'eusse employé l'argent de Sa Majesté en autres affaires, je ne doubte qu'elle ne le print en mal et qu'il ne s'en ensuivist quelque grand inconvénient. Et pourtant, Monsg"", je supplie Vostre noble Signeurie de considérer la peine et danger où je suis pour ceste affaire.

duant à l'advertissement donné, je remercie très grandement V. S. du bien qu'en cela elle monstre me désirer et m'en tiendray toute ma vie d'autant plus obligé vers elle.Nonobstant quoy,il vous plaira entendre que dès longtemps j'ay consigné à Mess" les fiscaux tout ce que j'avois

de tels, qui est la somme d'environ i6o fl. de rente, ûsseurant V. S. qu'onques je ne fus leur adhérent en aucun point qui me doibve préjudicier, ni débiteur de celuy que nommés*, depuis environ 13 mois dès devant que je congnusse V. S. Et de faict, dès lors il y avoit plus de 18 mois qu'il avoit tout perdu,par banqueroutes qui luy avoyent esté faictes par diverses personnes, de sorte qu'il ne vivoit que d'emprunt, chose toutesfois qui n'a pas été sceu de personnes autres que de 3 ou 4 de ses amis qui luy assistoyent à vivre, et d'autant qu'il avoit payé quasi tous ceux à qui il devoit et qu'il faisoit tousjours monstre, cela ne s'est pas cogneu ne sceu sur la Bourse. Et j'estime bien aussi que Vostre Signeurie se souvient bien qu'alors que je promis de bailler piège pour elle à Paris, que je disais que ledict personnage n'avoit que faire d'estre aucunnement nommé, d'autant que les pièges que je devois bailler à Paris ne le congnoissoyent aucunnement et n'accepteroyent la partie aucunnement sinon à mon seul respectet. Mais Vostredicte Sig"* et la compagnie des pièges d'icelles vouloyent qu'elle y fust, à cause que pensiés bien que je dépendisse de luy, ainsi que la renommée estoit entre aucuns et que ledict personnage le vouloit bien, afin de couvrir sa renommée. Car pourtant qu'il ne faisoit (pour les causes devant dictes) plus de trafique sur la Bourse, il estoit bien content que le bruict demeurast qu'il faisoit encores imprimer,ainsi que ses ancestres avoyent faict,et luy-mesme m'avoit faict commencer des Bibles en hébrieu, mais lesquelles il ne sceut pas mesmes faire achever par faute d'argent. De sorte que je fus contrainct, longtemps de-

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