‹ Correspondance de Christophe PlantinChapitre 271 sur 398 · I. Pierre Porret · texte numérisé non relu

I. Pierre Porret

Je suis bien marri que je vous aye envoyé aultre papier que de la marcque mesmes que m'aviez envoyée. Si vous m'eussiez mandé : « ne m'en envoyez pas d'aultre, sinon de la marcque que je vous envoyé, » je ne vous l'eusse pas envoyé, mais vous m'avez seuUement mandé : « je vous envoyé- icy une demye feuUe, pour monstre de papier, dont je vouldrois bien avoir, le plustost qu'il seroit possible, quelque 40 ou 30 rames, pourveu qu'il ne me revînt, rendu icy, à plus de 2 fl. la rame,» et ne sçavoye je pas que c'estoit pour envoyer en Hespagne. Mais, comment que ce soit, j'eusse mieulx faict de vous en avoir adverty et envoyé une feuille (devant que de vous envoyer ledict papier) pour monstre, car il advient soubvent que lorsqu'on pense bien faire, on faict mal, en jugeant aultrement des choses qu'il n'est, ou qu'on pense qu'il soit. Ung aultre fois nous serions mieulx ad visé, si plaist à Dieu.

Je suis après pour compter avec tous et ay desjà compté avec plusieurs comme Sonnius, Pierre Lhuilier, Chaudière, Rielle et aultres. Et avois tousjours délibéré de faire l'inventaire de toutes choses, devant que partir, comme aussy m'advertissez de faire, ce que je ne fauldray de faire, et du tout serez adverty.

Les petits cahiers en livrets que me prestastes en partant de là, je ne les ay plus, car au commencement des troubles, il y aura ceste esté trois ans, je les déchiré, pour cause dont j'estois bien marry toutesfois. Vostre frère en a des mesmes et d'aulires avec.Pourquoy, il me semble qu'il n'y a pas grande pêne et qu'il n'est pas de besoin de luy bailler ce qu'il a.

Quant au Démosthènes, dont je vous en ay envoyé 36, Sonnius m'a dict qu'il vous les baillera pour 3 ft IS

S. pièce, à payer dans six mois, qui est le meilleur marché qu'il vous pourroit faire, ce dict il, car il les vend icy 5 ft tournois^ en argent comptant, et rien moins, et en change 5 ft to solz. Pourquoy advisez ce que vous aimez raieulx faire. Il se offre à vous faire tout ainsy comme vouldrez, et comme luy vouldriez faire. Les Âdagia Erasmi ne seront encores faicts de long temps, mais incontinent qu'ils seront faicts, il vous en baillera tant que vouldrez en change ou en argent, au plus raisonnable prix qu'il luy sera possible, comme luy pourriez ou vouldriez faire.

Je vous envoyé ung exemplaire des 1 2 prophètes petits en chaldèen, de la punctuation de Mons. Mercier, et couste 6 s. Par le primier, je vous en envoyeray encores 2 aultres.

Qpant vous m'envoyerez quelques livres nouveaux, envoyez moy tousjours des affiges et commencements, pour affiger, car cela faict bien vendre les livres davantage. Il n'est pas de besoin de nous envoyer de la provision davantage, devant quatre mois, car nous ne debvons plus rien à personne, devant ce temps-là ; mais lors, nous fauldra, pour le moins, plus de trois mille Ifc tournois.

J'ay eu une paire des souliers qu'aviez envoyé à vostre frère, et luy il a retenu l'autre. Je vous la payeray et en tiendray compte. Sonnius me vient de dire maintenant qu'il vous baillera les Démosthènes pour trois Ifc 10 s. tournois, à payer, la mojnié, en argent comptant, et l'autre moytié, dans six mois, pourveu que luy veuilliez faire le semblable. Pourquoy, advisés moy ce que vous plaid que j'accorde avec ledict Sonnius, et, si vous plaist d'avoir davantage desdictz Démosthènes, car j'en

ay encores 14 qui me sont demeurez des 50 prins de luy, aultrement ne les luy pourrois vendre, et, quant aux Adages d'Érasme, il m'a dict avoir parlé au Sire Nicolas Chesneau, qui les imprime avec luy, et sont bien d'avis de vous en bailler 50, du cent, ou davantage, incontinent qu'ils seront achevés (qui pourra estre, selon leur compte, environ la S. Rhémy), au plus juste et raisonnable pris que leur sera possibl', à Targent ou en change, comme aimerez mieulx.

J'espère vous envoyer, par le primier voicturier, deux ou trois balles de papier grand bastard, avec ce que j'auray sceu trouver de vos mémoires et de ce qu'il y aura de nouveau.

Cependant je prieray Dieu estre vostre garde, me recommandant très affectueusement à vostre bonne grâce et à celle de tous ceulx de la maison. De Paris, le primier de mars 1370 par

Le tout vostre très humble serviteur.

Gilles Beys.

Vous avez icy dedans lectres de Jan Desseran que jay receu hier de Londres, et autres de Mons. Bernardo et Frémy. Vous pourrez veoir ce qu'ils vous mandent et m'en advertir de ce que sera besoin de faire.

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