Plantin à Çayas
A rillustre Senor Gabriel de Çayas, Secr*= d'Estat de Sa Majesté.
Encores que la très agréable présence de monsieur le docteur B. Arias Montanus, personnage de doctrine et vertus inexplicables, me soit plus que toutes les lectres et recommandations, voire et que je tienne le bien qui m'en revient entre les principaux bénéfices, que librement je confesse avoir receus infinis de V. I. S., si est ce que, par je ne sçay quel instinct de cueur et tressauts de joye, chaicunne fois que j'ay Theur de voir et encores plus de recevoir ceste tant noble et désirable signature de Çayas, sous Tauctorité et vertu de laquelle, non seulement ce m'est et sera tousjours plaisir de recevoir quelque commandement, mais aussi j'espère que mes enfants et leurs héritiers, mémoratifs de ce qu'ils entendent et entendront de moy, s'efforceront tousjours de plus en plus de n'estre aperceus ingrats d'une infinité de biens receus par nous, ni paresseux de s'employer à luy faire et à ses successeurs tout humble recongnoissance et service, tant s'en faut que je voulusse faillir de faire le devoir en si petite chose, comme est d'envoyer quelques exemplaires du livre de défunct S' et Docteur Mena, à la Dame dudict S' deffunct, à laquelle j'en envoyeray. Dieu aidant, comme V. I. S. m'ordonne, quelque 30 exemplaires es navires.
Que si ce n'est tel nombre qu'elle désireroit, je prie à V. I. S. et à icelle de croire que ce ne sera par faute de bonne volonté, mais d'en avoir davantage. Car, comme le bon Signeur défunct désiroit que j'expédiasse diligen-
tement Timpression de son œuvre, j*en imprime seulement 300, tant pour avoir plus tost faict, que pour autant que j'avois bon espoir que ledict S*" défunct, voyant son livre imprimé, le pourroit recevoir et, se trouvant de bonne -ente, seroit facile de le rimprimer. Depuis, pour les difficultés des navigations, je n*ay le moyen d'envoyer des exemplaires, qui cependant se sont distribués en divers lieux.
Au reste, combien que je peusse rescrire à V. S. diverses particularités touchant les difficultés qui se passent et les grandes charges que je porte à l'impression des grandes Bibles, que nous imprimons beaucoup plus magnificques, et coustageuses au double que n'estoit le premier desseing, si est ce que, me remectant du tout à ce mien Patron ou plus tost vray Père autre vous-mesmes, qui de tout son pouvoir me supporte, soulage et maintient,tant de faict que de conseil et bonnes exhortations, je n'en feray icy autre discours, mais seulement je prie Dieu qu'au profict de sa saincte Catholique Esglise Romaine, et à l'honneur de nostre vrayement Catholique Roy, il nous donne la grâce de la pouvoir achever.
Et sur ce, je prie Nostre Signeur Jésus-Christ pour la bonne santé et heureuse prospérité d'iceluy nostre Roy et de Vostre Illustre Signeurie, par la sage prudence et sollicitation de laquelle envers ung si bon Roy, les studieux de la pureté des langues et de la divine lecture des sainctes Bibles pourront jouir d'un tant riche, noble et précieux thésor.
D'Anvers, ce 7 aoust 1370.
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