‹ Correspondance de Christophe PlantinChapitre 389 sur 398 · Tlantin à Joannes Sylvius · texte numérisé non relu

Tlantin à Joannes Sylvius

(Plantin avait reçu une lettre de Sylvius écrite à Tadresse d* Arias Montanus et de lui-même. Arias Ta chargé de répondre à la partie qui concerne l'imprimeur et Plantin s'acquitte de cette tâche. Il

I. Joannes Sylvius (Jean du Bois;, natif d'Arras et seigneur de Sapigny en Artois, écrivit et commenta des ouvrages religieux en grec. Plantin imprima de lui, en 1571, Cathemerinon ex precaioriis gracorum libelîis congestum, texte grec et latin.

s'étonne que Sylvius ait traité sur le même pied un personnage aussi éminent qu'Arias Montanus et un homme aussi modeste de naissance et de position que lui-même. Il est tout prêt à imprimer les écrits de Sylvius, si quelqu'un en veut porter les frais, mais lui-même n'ose se charger de publier des livres, très savants et pieux, mais d'un débit difficile.

Sylvius lui a reproché de ne s'être point donné assez de peine pour faire connaître son Cathemerinon; ajoutant que, %i le volume avait été suffisamment annoncé et envoyé aux libraires, il n'en resterait plus un seul exemplaire en magasin. Beaucoup se plaignent de ne pas recevoir son livre, quoiqu'ils l'aient demandé.

Plantin répond qu'il voudrait connaître ceux qui font entendre cette plainte. Lors de la publication de l'ouvrage, il a envoyé des exemplaires aux libraires, mais personne n'en a commandé. Il en a expédié bon nombre à Paris ; mais son représentant en cette ville, qui est en ce moment à Anvers, lui assure qu'il n'est point parvenu à vendre, à tous les autres acheteurs ensemble, autant d'exemplaires que Sylvius seul en a pris lorsqu'il était dans cette dernière ville. C'est pourquoi, Plantin lui offi-e volontiers ce qui lui reste de l'édition.

Sylvius n'a point à s'excuser de la mauvaise vente de son livre. Plantin ne s'en plaint point, mais il n'ose se charger d'impressions nouvelles. Il y a dans la ville d'Anvers et à Paris un grand nombre d'imprimeurs capables : que l'auteur traite avec eux ou lui amène quelqu'un qui réponde des frais. Dans ce cas, il se chargera d'imprimer ses ouvrages sans profit personnel. Pour permettre à Sylvius d'agir en tout ceci à sa guise, il lui renvoie son sac et tout ce qu'il a reçu de lui et du recteur du collège des jésuites à Paris.)

Doctissimo Viro Domino Johanni Silvio Atrebatensi.

Hestema die fascicuium 111. viro Dno B. Arias Montano ascriptum, vel in ejus absentiâ mihi, postquam accepi, vir doctissime, ego statim pro more ad aedes regiaSy ubî vir ille tamquam legatus Regias. majestatis agit, me contuli, cumquè illi obtulissem, jussit aperiri, lectaque communi inscriptione litterarum tuarum, mihi îllas reddidit legendas. Quod cum facerem intelligeretque nunc se nunc me illis interpellari, jussit mecum illas ut domam reportarem tibique prius ad ea quae ad

me spectant responderem, tum vero illî remitterem easdem postea, si opus fuerit, responsuro per otium quo Dunc omnino se carere dicebat.

Paucis itaque, meas ut partes agam : miror primum quid tibi venerit in mentem, mi Silvi, litteris tuis conjugium tato inaequale facere ; quid namque mihi parvi momenti homini cum tanti viro commune ?

Benedictus siquidem Ârias Montanus doctor est S. Theologiae, S. Jacobi ensigeri in Hispania miles, Régis nostri in causa pia ad bas regiones legatus quique auctoritate sua apud Regem, Ducem Âlbanum et alias proceres plurimum valeat ; ego vero plebeius homo, librorum impressor^ famulorum régis infimus et omnibus piis et doctis viris addictus, inter quos te merito habeo^et magni facio, tuaque libenter, cathegorice ut respondeam, praelo committerem si qui sint qui sumptus facere velint; me vero ita maximis oneribus ferendis attenuatum tsse sentio, ut jam non ausim docta ista quidem et pia opéra, sed quae vulgo non distrahantur, meis humeris imponere.

Audio quidem adhortationes tuas, nempe ut hue illuc mittam, distribuam, faciam ut innotescant ; hoc si de Cathemerinis ' factum fuisset, nuUum nobis restaret, ut scribîs, exemplar ; quotidie a pluribus hic et illic efflagitari, tum a Bibliopolis tum ab aliis, neque uUa tamen a nobis mitti exemplaria, adeoque jam complures tecum expostulare ac si ipsis inviderentur.

Vis tibi dicam, mi Silvi, nescio qui sunt illi con-

I . Cathemerinon ex *Precatoriis gracorum libeîlis a Johanne Syhio Atrehatio congestum. Item brève aliud cathemerinon ah eodem Syhio heroicis versibus conscriptum : utrumque in pietatis et lingiue graca candtdatorutu gratiam latine redditum, Plantin, 1571, in-80.

questores aut quam vere conqnerantar. Scio tamen et nos iiltro, cum primum fuissent impressi/ misisse, ut solemus, libros novos ad omnes Bibliopolas, qui quid aliud a nobis evocarunt ut innotesçerent. Postea vero nemo evocavit, neque scio alium modum libros distrahendi. Lutetiam misi satis bonum numerum. Jurât vero institor noster *, quem illinc hue certis de causis evocatuniy cum tibi nunc respondeo, prsesentem habeo, se non tôt alia omnibus obtrusa potuisse divendere exemplaria quot tu ipse solus, dum illic esses, ab eo emisti, unde et tibi majores habeo gratias et reliqua omnia quse nobis restant exemplaria libentissime oflfero. Non est proinde quod de non satis fructuosa Cathemerinorum editione meis querelis a te expressa veritate veniam petas, non sunt certe quae scripsi querelae sed testimonia certa, quare non audeam haec tua jam suscipere imprimenda. Atqui commendantur a sunmiis viris, expetantur, efflagitantur. Respondeo : impressores sunt hic, alii sunt Parisiisy plurimi paratissimi et aptissimi ; cuiïl illis agas, vei prodeat aliquis qui, ut dixi, suis sumptibus mihi mandet imprimi, parebo ilico et de meo nonnihil in gratiam reipublicae Christianae sine uila lucri spe addam, Utque hoc tibi sit liberum, ecce saccum tuum ad te remitto cum omnibus illis quse, tum ab ipso doctissimo et pientissimo rectore coUegii Societatis Jesu Parisiis, tum abs te, accepi et gratias habeo.

I. Gilles Beys qui, depuis 1567, gérait la librairie plantinienne à Paris et qui, le 7 octobre 1572, épousa Madeleine PiantiQ.

323. — Tlantin à François %ichardot, A Monseigneur monsieur le R°® Évesque d'Arras.

Je remercie très humblement V. R°** S*' de ce qu'il luy plaist avoir aggréable mon petit mais très affectionné service, la suppliant d'ainsi vouloir continuer; ce que je cognoistray, lorsqu'icelle m'employera en choses que je puisse pour son service. Quant aux fautes advenues en l'impression de ses sermons sur l'oraison Dominicale et Missus \ soit par nous^ soit par l'exemplaire, s'il luy plaist me les faire sçavoir, je les imprimeray très volontiers en quelque feillet pour les concoudre aux livres imprimés.

Et cependant, je prieray Dieu nous vouloir conserver V. R. S** en bonne santé et heureuse prospérité.

D'Anvers, ce 21 mars 1572.

Page 1