Plantin à Pierre Porret
Maistre Pi ère Porret
à Paris.
Mon frère, Toutes recommandations promises, je vous prie de ne faillir à m'envoyer, tout le plus tost que le pourrés faire seurement, en quelque baslot, tonneau
ou basle qui viendra par deçà, soit pour nous ou pour un autre, pourveu que ce soyent gens seurs, les poinsons de la lectre de Bréviaire, ainsi que j'estime que le verres escrits sur le pacquet desdicts poinsons. Davantage, je vous prie aussi de m'acheter de Hautin * une frappe bien complète de son grec que nous appelions cicero ou médian, qui est celuy dont j'ay imprimé la gramaire de Clénard ' in 8° et diverses autres sortes. Or me serait'il besoing que j'eusse le tout dedans la fin de ce mois de juillet, ou commencement d'aoust, ou au plus tard devant la my-aoust, d'autant qu'à la dernière foire de Francfort, je me suis obligé d'envoyer ou porter moymesmes audict Francfort une frappe dudict grec de Hautin, ce que, toutefois, il n'est pas besoing de déclarer audict Hautin, de peur qu'il ne se tînt trop fier et cher, et aussi une frappe de madicte lectre de Brévière, et sur ce ay je receu argent d'errcs. Ladicte frappe de grec vous pourra couster sans justifier (car ainsi je les veux) environ 12 escus.
Et ayant ici les poinsons de la Brévière, j'en feray incontinent faire une frappe. Qiie si aviés homme loyal par delà qui la peust frapper sans nous en faire tort, il
1. Voir p. 13, note 3. Hautin était non seulement tailleur de caractères, mais aussi libraire. En cette dernière qualité, il avait un magasin à Paris.
2. Clenardus (Nie), Instiiutiones in gracam îinguam (1564, in-80). Dans la vente des biens de Plantin, faite le 28 avril 1562, on adjugea 5 rames de la grammaire de Clenardus â Guillaume Sylvius. Mais il y avait en réalité 10 rames comprenant les deux premières feuilles de Touvrage. Le 30 avril 1564, Sylvius céda ces deux feuilles à Plantin qui continua l'impression du livre et l'acheva le 3 août suivant. 11 fut tiré à 2500 exemplaires, dont Sylvius en prit 525 portant son adresse et Materne Cholin 1 50.
seroit bien aussi bon de la faire faire là et l'envoyer incontinent par deçà, comme d'envoyer les poinsons ; mais je crains qu'on ne nous y fist quelque falace ou tromperie. Faictes le tout comme verres pour le mieux.
J'ay receu vos lectres du 22 juin, pour ausquelles respondre, j'estime qu'aurés maintenant receu les miennes d'advertissement, que je vous prie d'user de vostre modestie accoustumée envers Gasscn, tant pour le moins que j'aye parlé ou soyons tous quictes à lui. Mais s'il vous doibt, retirés promptement cela qu'il vous doibt, en attendant par patience que le temps descouvre la vérité de ses faicts à luy-mesmes.
Je vous envoyé encores 6 des cahiers, de mesmes les précédens touchant l'office de la messe *. Je suis joyeux des lettres de naturalité de Giles ', et m'encouragera cela d'envoyer hardiement et fournir la boutique à mon pou-
1. Probablement Petrus ab Opmeer, Officium missic (Antv. Chr. Plantinus impensis Simonis Pauli Delphensis, 1 570). Le 27 février 1 568 Plantin reçut de Simon Pauwels, à bon compte de cette impression la somme de 72 fl. Elle ne fut terminée que le 19 novembre 1569. Simon Pauwels, ou plutôt Fauteur de l'ouvrage, en prit 750 exemplaires et 10 exemplaires sur grand papier.
2. Gilles Beys, natif de Bréda ou des environs de cette ville, entra au service de Plantin au mois de juillet 1564. Le 7 janvier 1567, il se rendit à Paris pour tenir la boutique de Plantin ; le 7 juillet suivant, il s'y était fait naturaliser.Lc 7 octobre 1572, il épousa,dans la même ville, Madeleine Plantin, quatrième fille de son patron. Il géra la librairie parisienne, sous la direction de Pierre Porret, jusqu'au 21 juillet I57S- A partir de cette date jusqu'au 22 août 1577, il en fut le seul gérant. Alors Plantin céda sa boutique à Michel Sonnius. Égide Beys continua le commerce des livres à Paris et y imprima sous son propre nom, à partir de 1577. En 1590, après la mort de son beau-père, il vint s'établir à Anvers où il publia un petit nombre d'ouvrages. En 1594, il habitait de nouveau Paris où il mourut le 19 avril 1595.
voir, qui sera, comme j'espère, assés bon, pourveu que je puisse doresnavant recevoir quelque aide de ladicte boutique, pour subvenir aux payements de nos ouvriers et papiers, dont j'ay maintenant assés et à comandement, encores que j'entende que nos bons amis de par delà ayent faict tant qu'il ne nous en vienne plus de Troye, de peur que je ne continuasse nos entreprises.
Parquoy ne reste que de recevoir argent pour faire de bonnes sortes, car j'ay et s'offrent journellement de bonnes copies pour imprimer par deçà. Je vous ay aussi respondu que je n'ay personne que je peusse de présent envoyer pour soulager Gilles, mais j'espère d'avoir de bref quelques-uns qui pourront y estre propres et lors feray tout devoir. Q.uand aux ouvrages, si ne les pouvés vendre, vous les pouvés renvoier, et j'espère de trouver le moyen de les vendre sans telle perte qu'escrivés avoir voulu donner 50 }fe à Jan Gassen pour les vous vendre. Qiaand à Bougleau, je vous prie aussi de me mander si vous avés retiré mon obligation de luy, je vous ay jà, une autre fois, mandé que les vergettes coustoient, à mon ad vis, 5 fl. 6 patars, car moy mesmes je l'ay desjà oublié. Je pensois que les demandassiés pour faire présents, parquoy n'en ay pas faict compte. Si j'avois à faire d'aix à paquer, j'en commandrois à faire faire à Paris, d'autant qu'il y a des ouvriers mieux qu'ici et que le bois, qui doibt estre noyer ou bon hestre, y est assés fréquent et ne se trouve pas ici aisément. A Dieu soyés. D'Anvers, ce 7 juillet 1367.
Vous voyés par ces feilles que j'ay commencé le livre de Mons"" Grevin \ de si longtemps délaissé, faute de
I . Jacqtues Grevin, Deux livres des Venins, Ensemble les œuvres de
papier, dont grâces à Dieu, j*espère doresnavent avoir assés, pour le moins autant et plus que je n'en pourray payer, si la vente ne me soulage mieux d'un costé ou d'autre, pour continuer les ouvrages que je pourois entreprendre, soyent in-8° ou in-f** commun. Je vous prie faire mes recommandations €t excuses audict S' Grevin, et luy dire que j'espère de continuer à son livre tant qu'il soit achevé, et que je suivray à mon pouvoir ses advis et luy envoyeray des feilles le plus souvent que je pourraj\