V. — VERS
Vers d'Alfred de Musset, écrits sous sa dictée par George Sand, en revenant de Chatterton.
Quand vous aurez prouvé, messieurs du journalisme, Que Chatterton eût tort de mourir ignoré, Qu'au théâtre français on l'a défiguré, Quand vous aurez crié sept fois à l'athéisme,
Sept fois au contresens, et sept fois au sophisme, Vous n'aurez pas prouvé que je n'ai pas pleuré, Et si mes pleurs ont tort devant le pédantisme, Savez-vous, moucherons, ce que je vous dirai ?
Je vous dirai : sachez que les larmes humaines, Ressemblent en grandeur aux flots de l'océan ; On n'en fait rien de bon en les analysant ;
Quand vous en puiseriez deux tonnes toutes pleines,
En les faisant sécher, vous n'en aurez demain
Qu'un méchant grain de sel dans le creux de la main.
Vers d'Alfred de Musset, écrits de la mas.n de George Sand.
Porte ta vie ailleurs, ô toi qui fus nia vie.
Verse ailleurs ce trésor que j'avais pour tout bien,
Va chercher d'autres lieux, toi qui fus ma patrie,
Va fleurir au soleil, ô nia belle chérie!
Fais riche un autre amour et souviens-toi du mien.
Laisse mon souvenir te suivre loin de France ; Qu'il parte sur ton cœur, pauvre bouquet fané. Lorsque tu l'as cueilli j'ai connu l'espérance, Je croyais au bonheur, et toute ma souffrance Est de l'avoir perdu sans te l'avoir donné.
10 janvier 185."i.
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