‹ Correspondance de Gui Patin. Extraits publiés avec une notice bibliographiqueChapitre 10 sur 36 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Rien, chez Gui Patin, n'inspire la sympathie. Il a des sentiments peu généreux, mesquins, parfois répugnants. Il se plaît à médire et à désespérer. Mécontent de la vie, il n'en voit que les calamités; il ne remarque autour de lui que misère, avarice, vanité, imposture, fourberie. Il reproche à tout le monde, « même au médiocre », de se plonger éperdument dans le luxe, la bombance, le désordre, de courir après l'argent avec un acharnement qui poussera quelques jours les gens à se prendre les uns les autres à la gorge. Il prétend qu'il y aura bientôt conséquence d'être homme de bien, tant est grande la corruption universelle. S'il faut l'en croire, notre espèce ne vaut rien et ne s'amende aucunement, les hommes

1. Il est peut-être imprudent, quand on veut faire lire un écrivain, de commencer non par son éloge, mais par tout le contraire. A dire le mal avant le bien, on risque d'aliéner certains lecteurs, et de les voir fermer le livre dès la première page. Mais les lecteurs mieux avisés, ceux qui réfléchissent, se laisseront-ils décourager ainsi? Ils pressentiront sans doute que l'homme dont on leur parle avec si peu de complaisance, n'est pourtant pas indigne d'attention. Le soin qu'on a de montrer d'abord ce qui est contre lui, leur paraîtra une promesse plus sérieuse que ne le serait quelque apologie banale.

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