‹ Correspondance de Gui Patin. Extraits publiés avec une notice bibliographiqueChapitre 4 sur 36 · AVERTISSEMENT VII · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT VII

sont sortis sept enfants encore viuanls • : deux fils dont je suis l'aîné et un frère qui est en Hollande; les cinq filles sont toutes cinq mariées, et ont eu entre elles tout le bien de la mère lequel, étant partagé en cinq, a suffi pour les marier; mon frère et moi avons eu le bien paternel, qui ne me vaut pas encore, apporté ici, cent écus de rente... Tout le malheur de feu mon père était d'avoir un maître ingrat et avare... Le regret qu'il eut d'avoir quitté Paris fit qu'il pensa, dès que j'étais tout petit, de me faire ici avocat, disant que la campagne était trop malheureuse, qu'il se fallait retirer dans les villes... à cause de quoi il me faisait lire, encore tout petit, les vies de Plularque tout haut et m'apprenait à bien prononcer. A ce dessein, il me mit au collège de Béarnais âgé de neuf ans, puis m'amena à Paris au collège de Boncourt, où je fus deux ans pensionnaire, y faisant mon cour de philosophie. Quelque temps après, la noblesse, pour le récompenser d'une façon qui ne leur coûtât rien, lui voulut donner un bénéfice pour moi, que je refusai tout à plat, protestant absolument que je ne serais jamais prêtre ; béni soit Dieu qui m'a inspiré celte résolution dans un âge encore tcndrel Feu mon père qui reconnaissait en ce refus quelque chose de bon et d'ingénieux, ne s'irrita pas bien fort de mon refus, mais ma mère en demeura outrée contre moi plus de cinq ans, disant que je refusais la récompense des longs services que mon père avait rendus à cette noblesse ; mais il n'en fut autre chose. Dieu m'aida : je fus cinq ans sans la voir ni aller chez nous. Durant ce temps-là j'eus connaissance d'un homme qui me conseilla de me faire médecin à Paris. Pour à quoi parvenir j'étudiai de grand cœur depuis l'an 1612 jusqu'à l'an 1624, que je fus ici reçu, et alors père et mère s'apaisèrent, qui m'assistèrent de ce qu'ils purent pour mes degrés, et avoir des livres. Cinq ans après f épousai une femme de laquelle j'aurai de succession directe vingt mille écus sur père et mère vivant encore, mais fort vieux; puis une collatérale qui est une sœur sans enfants et fort riche. Dieu a béni mon alliance de quatre fils, savoir est de Robert, Charles, Pierrot et François -.

1. Deux autres enfants étaient morts. Dans une lettre datéedu IS décembre 1663. G. Patin parle des « soins extraordinaires • que sonpèreaprisde son éducation « quoique chargé de neuf enfants ».

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