A UN JEUNE AUTEUR DRAMATIQUE
Paris, 5 novembre 1844.
Monsieur,
Sans deux petites indispositions qui se sont suivies, et qui m'ont tenu successivement au lit, je vous eusse répondu plus tôt. J'ai reçu votre essai dramatique et je l'ai lu avec plaisir ; néanmoins vous savez que, si Ton répugne déjà beaucoup à la vérité dramatique de nos histoires, il est presque impossible de montrer à la scène les Romains tels qu'ils étaient et sans les échasses que leur ont adaptées de beaux génies.
Je vous remercie d'autant plus des choses flatteuses que vous voulez bien me dire sur mes travaux, que je ne suis pas accoutumé à ces sortes de gracieusetés. Un travailleur éternel, enseveli dans les difficultés, n'a pas le temps de
vendre un sou d'éloges à chaque passant, pour en recevoir cette masse d'or qu'on nomme la gloire ; mais, quelque occupé que je sois, je suis bien sensible à ces paroles spontanées et parties du cœur, qui sont au moins signées par l'occupation que donne une lettre à écrire ; les noms qui les marquent sont tous à part dans une place de mon cabinet. Vous me permettrez de ne pas accepter de ss magnifiques éloges dans leur entier, mais de vous remercier avec cordialité du sentiment auquel je les dois. Je suis un de ceux qui disent à tous les gens de bonne volonté: « Travaillez! » Nous nous en allons, nous autres, et il faut continuer l'œuvre.
Agréez donc, monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
CGLXX1V.
A MADAME EMILE DE GIP.ARDIN, A PARIS. Paris, décembre 1 « 4 4.
Je suis très-susceptible de vous présenter M. Hetzel, aujourd'hui à trois ou quatre heures. Je profite de cet avis pour mettre à vos pieds un homme fort comme Nicolas Tonsard, et malicieux comme le père Fourchon1, mais bête quand il vous voit, et qui n'est autre que l'un des trois auteurs, selon vous, de la Bilboquckle.
11 est huit heures, jeudi ; je reçois votre lettre d'invitation pour voir Lautour 2. Jugez de mon chagrin ! Hier,
1. Personnages du roman les Paysans, que publiait alors la Presse.