CCCI1I
A M. MÊRY, A MARSEILLE.
7 mars 184 G.
Mon cher Méry,
Je serai le 20 à Marseille, arrivant je ne sais à quelle heure, par la malle de Lyon, attendu qu'on a supprimé les voyageurs sur la ligne directe de Marseille.
Les lettres triomphent, mais les lettres taxées. (Latourcl-Taxis vient de Taxe et nom de Tasso-Torquato.)
Je repars le 21 par le paquebot, c'est vous dire que je veux passer avec vous le peu d'heures que j'aurai, sauf une petite conférence avec Lazard.
Aimez bien qui vous aime, et que le mistral s'adoucisse pour votre paletot !
Votre dévoué.
Madame de Girardin me disait à brûle- pourpoint : « Quand viendra-t-^ à Paris? // était le roi de l'esprit. »
CGCIV.
A M. EMILE DE GinAP.DIN, A PARIS.
Paris, 17 mars 1 84G.
Mon cher Emile,
Si quelqu'un devait avoir de la rancune, ce serait moi. Dujarier a interrompu la publication de l'introduction des Paysans, dans l'intérêt purement pécuniaire de la Reine Margot, qui devait être publiée à jour fixe en librairie. Ce temps d'arrêt a été fatal à mes travaux , et mes voyages ont été nécessaires pour rétablir ma santé.
Depuis mon retour, la Presse annonce les Paysans, après cinq autres ouvrages, en dernier; et vous avez fait tomber sur les Paysans une note qui me donne tort aux yeux du public.
Aujourd'hui, je me sens si fatigué de mes travaux, qui ont terminé la première édition de la Comédie humaine, que je prends un mois de vacances pour me rafraîchir la cervelle ; car j'ai la conviction que je ferais peu de chose en voulant forcer la nature.
En somme, les Paysans seront finis cette année; ils peuvent paraître quand la session sera terminée, et, à
mon retour, si cela ne vous convient pas, vous me le direz.
Jamais les Deux Frères1 n'ont souffert de l'interruption plus considérable qui a séparé la première partie du reste.
Vos abonnés sont venus après la Reine Margot, et la situation pour eux eût été la même dans ce temps, comme à présent.
Présentez à madame de Girardin mes hommages affectueux et mes adieux ; car je pars aujourd'hui même pour Rome, et je reviendrai bien chagrin, pour terminer la seule obligation que j'aie, celle d'achever les Paysans.
Mille amitiés.
GCCV.
A MADAME LAURE SURVILLE, A PARIS. De Rome, la ville éternelle, avant mon départ, 1840.
Ma chère Laure,
J'éprouve par avance le plaisir que tu goûteras en pensant que ton frère a mis la main à la plume dans la ville des Césars, des papes et autres ! T'en faire la description, je ne saurais! Relis Lamennais (Affaires de Rome), et tu en sauras presque autant que moi et que lui. J'ai été reçu avec distinction par notre saint-père, et tu diras à ma mère qu'en me prosternant aux pieds du père commun des ûdèles, dont la pantoufle hiérarchique a été baisée par moi, en compagnie d'un podestat d'Avignon (un