‹ Correspondance de H. de Balzac, 1819-1850Chapitre 73 sur 89 · A M. LAURENT-JAN, A PARIS · texte numérisé non relu

A M. LAURENT-JAN, A PARIS

Vierzschovnia, 1848.

Mon cher Laurent,

Si le Théâtre-Français refuse Mercadet, tu peux offrir la pièce, avec toutes les précautions d'usage, à Frederick Lemaître. Je jouis ici d'une tranquillité qui m'a permis de travailler ; aussi recevras-tu, cet hiver, plusieurs scénarios qui pourront occuper tes loisirs, car je veux ta collaboration. Tu auras bientôt le Roi des Mendiants. Je voudrais bien savoir ce que devient notre pauvre France, que les républicains tiennent au lit, il me semble. Je suis trop patriote pour ne pas penser à la profonde misère qui doit étreindre chacun, les artistes et les gens de lettres surtout ! Quel gouffre que celui du Paris actuel ! Il a englouti L..., H... et bien d'autres sans doute. Et toi, mon ami, que deviens-tu ? La République te permet-elle encore de déjeuner au café Cardinal et de dîner chez Vachette?

Nous avons ici un homme qui travaille le fer d'une manière merveilleuse ; si tu voulais m'envoyer le dessin d'une coupe, si riche qu'elle soit, il saurait l'exécuter, soit en fer, soit en argent. C'est un Benvenuto Cellini poussé en pleine Ukraine, comme un champignon. Si tu pouvais enfin joindre à ce dessin quelques bonnes gravures qui se vendent souvent pour peu de chose et faire une petite collection d'ornements, je te rembourserais ces frais avec

plaisir ; je te dirais comment tu peux me les faire parvenir, et nous aurions aidé ainsi un digne et grand artisie en lui donnant des modèles.

Mille amitiés, malgré ton laconisme. Tout à toi de cœur.

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