‹ Correspondance de H. de Balzac, 1819-1850Chapitre 74 sur 89 · CCCXI/H · texte numérisé non relu

CCCXI/H

A MADAME DE BALZAC, A PARIS

Vierzschovnia, 6 novembre 184 8.

Ma chère mère,

Je t'envoie la somme que je t'avais annoncée. Depuis que je t'ai écrit, j'ai été attaqué si vigoureusement par une espèce de bronchite aiguë, que je suis resté dix jours sans pouvoir ni écrire ni sortir; et cette maladie n'a pas fait de bien au poumon en traitement. Donc, je ne pourrai pas être au jour de l'an à Paris, comme je le croyais; mais ce n'est pas une raison pour que j'oublie tes étrenues et celles de François. Puisque tu es contente de ce garçon, remets-lui de ma part quarante francs. Toi, chère mère, tu prendras cent francs avec lesquels tu te feras le cadeau qui te plaira. En outre, je crois qu'il y a pour vingt ou vingt-cinq francs d'étrennes indispensables, ce qui te rend compte du surplus ajouté à la somme que je devais t'envoyer; d'ailleurs, tu encaisseras le tout et tu m'enverras un arrêté de compte.

Nous avons ici un temps des plus doux, en sorte que le traînage ne pourra pas avoir lieu avant le mois de janvier, et je' ne pourrai partir qu'alors. Dans cette extré-

mité , comme madame Hanska reçoit son fermage vers cette époque et qu'elle veut éteindre la dette faite pour la rue Fortunée , il est probable que je t'enverrai la somme nécessaire, avec des instructions à M. Gavault, pour que cette affaire soit terminée dans les premiers jours de janvier; à cet égard, je t'écrirai en temps et lieu.

J'ai été bien malade avant la bronchite; mais, au moment où je t'écris, il y a un tel mieux dans le cœur et dans le poumon, qu'il faut croire que ces deux maladies successives ont été des crises heureuses pour la grande affection chronique que traite le docteur. Maintenant, il n'y a plus que les mouvements de haut en bas et les mouvements des bras qui déterminent des étouffements. Je puis marcher et même monter sur des collines sans trop de peine. On va reprendre le traitement pour deux mois.

Aussitôt mon arrivée, je terminerai tous les comptes de maison et les reliquats des fournisseurs.

Je te remercie bien d'avoir fini avec Zanella, elle quittera le faubourg où elle n'a rien à faire; mais recommande bien à François (à qui elle voulait jouer les plus mauvais tours) de finir par ne plus avoir aucune relation avec elle; et surtout qu'elle ne mette jamais le pied à la maison ni même à la porte, car elle est trop dangereuse.

Recommande toujours à François la plus grande discrétion avec les personnes du faubourg, car il a bien par là quelques petites accointances.

Vous pouvez, toi et Laure, toujours m'écrire, jusqu'à ce que je vous avertisse de ne plus le faire; car je calculerai l'époque à laquelle la correspondance de Paris devra cesser.

Avant l'hiver, fais prier le couvreur de bien visiter les toits, les gouttières et surtout la terrasse des coupoles et les coupoles elles-mêmes , afin qu'il ne puisse arriver aucun accident par la neige et les pluies.

N'oublie. pas de faire du feu dans toutes les cheminées par les temps humides; n'épargne rien là-dessus et fais régner, au moyen du calorifère, la même température dans toute la maison.

Enfin, ma chère mère, voilà une terrible année terminée! elle a coûté des efforts qu'il est impossible de recommencer. Et n'y a-t-il pas de quoi effrayer en pensant qu'il sera dû encore tant d'argent pour cette maison?

Adieu; soigne -toi bien, attends -toi à me revoir pour la fin de janvier ou au plus tord les premiers jours de février, et fais bien des amitiés de ma part à mes nièces, à ma sœur et à Surville. Je ne sais rien de leurs affaires, j'attends des lettres. Mille tendresses de ton fils soumis et respectueux.

GGCXLIII.

A MADAME LADRE SURVILLE, A PARIS. Vierzschovnia, novembre 1848.

Ma chère sœur,

J'ai renvoyé Zanella, car il m'était impossible de garder une femme qui me coûte des gages et de la nourriture, par le temps qui court; je conserve François, qui est indispensable pour garder la maison.

Mes obligations remplies, il ne me reste pas deux cents

francs, et, après cela, je n'aurai plus de ressources qu'au théâtre, où je prévois que, même avec des chefs-d'œuvre, on ne fera pas de recettes. Dans cette extrémité, puis-je, moyennant une pièce de quarante sous donnée à ta cuisfnière, l'avoir tous les lundis de grand matin? Elle ferait du bœuf à la mode pour huit jours, à moi et à François.

Mes amitiés à tout le monde.

Ce moment d'espérance qu'on a ne me trompe pas : la hausse est faite pour réaliser des bénéfices; je regarde les affaires comme plus mauvaises que jamais, et je ne sais ce que nous deviendrons.

CGCXLIV.

Page 1