A M. D'BSPEMAN , SUR LES PROJETS DE CATALOGNE
Monsieur ,
Ayant eu commandement du roi de vous mener quelques vaisseaux
et quelques galères un peu plus tard qu'il n'eût été* à souhaiter, la longueur ayant fait dissiper tous nos armements, je prends la plume pour vous donner avis du commandement que j'ai et comme quoi j'ai déjà envoyé commander aux galères de s'apprêter, et au sieur Lequeux , qui a ordre de fournir la subsistance tant des vaisseaux que des galères, de mettre le tout en diligence en état. On me remet à vous pour avoir un lieu sûr où on puisse mener lesdits vaisseaux et galères, tous les matelots assurant que Sailos , que vous avez proposé au roi , n'est pas un lieu capable de cela. On peut mener les galères à Barcelonne, mais les vaisseaux n'y peuvent pas aller; si bien que j'estime qu'il faudrait faire un effort pour avoir Collioure, afin que l'on pût, par mer et par terre, aller attaquer Roses, qui empêcherait absolument le secours qu'on peut
envoyer d'Espgne dans le Roussillon et d'Italie dam la Catalogne. Qnand même on pourrait aller à Sallos, on serait dans une extrémitéoù on ne pourrait pas produire grand effet, d'autant que tout le secours (rai vient d'Italie aurait libre passage , et ce qui partirait de Carthagène , Alicante et autres ports d'Espagne pourrait s'en aller à Ivica, à Poit- Mahon, à Majorque et de là à Roses. Voilà mes petits sentiments, lesquels je soumets aux vôtres, toutefois vous protestant que j'aurai grand' joie de vous pouvoir aller servir, et vous témoigner que je suis, etc.
Dr Monlrflira»rt, ce il d&embrt iftjo.
LETTRE DE M. LE DUC DE PARME
A M. L'ARCHEVÊQUE DR BORDEAUX, POIR DÉSAVOUER LES OUVERTURES FAITES EN SON NOM PAR UN CERTAIN GJUSTIMAM , AU SUJET DE LA GÉNÉRALITÉ DE L ARMÉE NAVALE , PRÉTENDUE PAR LE DUC DE PARME.
Monsieur ,
Par tes lettres que je viens de recevoir de la cour , j'apprends qu'il s'y trouve un certain gentilhomme de Gènes, appelé Gianetin ou Giustiniani , lequel, je ne sais par quel caprice, traite en cour pour me faire avoir la généralité de l'armée navale du roi; et il a bien osé si avant , qu'il en a parlé à sa majesté, et après il l'a dit à mon ministre. J'ai ordonné à mon ministre de ne prêter en aucune façou l'oreille à cette proposition, car, outre que le susdit commandement ne me sied pas bien ni aux intérêts de ma maison, je suis trop votre ami et votre serviteur pour prendre jamais une charge que vous exercée si bien et avec tant d'avantage pour le service du roi ; c'est pourquoi je lui ai commandé qu'en cas qu'on lui fit le moindre motif là-dessus, il déclare ouvertement que je n'accepterai pas ladite charge. Ledit Giustiniani , que je tiens avoir été envoyé en France de l'Espagnol pour espion , ayant fait de semblables voyages auprès de moi quand j'étais dans la guerre ; quoique m'étant après aperçu de la fourberie de ce bâtard , je l'ai écarté et rompu commerce avec lui.
Je vous ai voulu donner part de ceci, aiin que vous sachiez ce qui
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se passe là-dessus , et pour vous donner encore par là une preuve trèsvéritable de mon affection envers vous et envers tout ce qui vous concerne; vous priant de croire qu'elle est telle que j'aurai toujours la même passion pour tous vos intérêts que pour les miens propres, étant de tout mon cœur,
Monsieur, votre serviteur.
A PUiunce . ce 18 décembre i6Jq.
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. L'ARCHEVÉQfK DE BORDEAUX , POUR LE SECOURS DE LA CATALOGNE.
Son éminence estime tant les suites de l'affaire de Catalogne, qu'elle croirait être responsable à l'Etat si elle avait omis la moindre des circonstances qui peuvent servir à la faire succéder heureusement. Or, comme ceux de ce principat font très-grandes instances du secours de mer, l'on juge à propos de faire l'impossible pour leur donner contentement en leur envoyant quelques vaisseaux et galères pour le temps qu'ils les désireront ; pour cet effet, son éminence vous envoie par delà une lettre de M. le Picard pour faire fournir vingt mille écus comptant afin de suppléer au défaut du crédit de M. Lequeux et de M. le bailli de Forbin ,• je l'accompagne d'une des miennes à chacun de ces messieurs pour qu'ils fassent tous leurs efforts de vous servir et le roi en votre personne, aussi bien que son éminence, en ce rencontre. Vous commanderez le nombre de vaisseaux et de galères qu'ils vous demanderont au plus tôt que vous pourrez armer, car à l'impossible personne n'est tenu , et je m'assure que , joignant votre crédit et le pouvoir que vous avez sur tous ceux qui doivent servir en cette occasion , le mi et son éminence en auront contentement. Il est besoin pour cet effet que vous retourniez en Provence le plus tôt qu'il vous sera possible, et que là vous fassiez préparer toutes choses avec la diligence que vous savez bien faire, vous servant de M. le bailli de Forbin ou non dans le voyage, ainsi que vous le jugerez pour le mieux. J'ai parlé de donner
LETTRE DE M. DE NOYERS. — DÉC. 1640. 367
le commandement sous vous à celui que vous me proposez par la vôtre ; mais, bien que l'on fasse beaucoup d'état de sa personne et de sa valeur, on n'estime pas qu'il soit à propos de le faire. Son éminence vous mande une chose très-nécessaire, qui est d'envoyer du lieu où sa dépêche vous trouvera, un courrier à M. d'Espenan et a M. Duplessis-Besançon pour prendre langue de l'état où sont les affaires de Catalogne, et de concerter avec eux et le temps de votre parlement et la route que vous aurez à suivre et le port où vous devez aborder, afin que , agissant de concert avec ceux qui vous désirent , le tout se passe au contentement d'un chacun. Je souhaite le vôtre ainsi que le doit ,
Monsieur, votre, etc.
De Noyers.
De Pari*, la 18 décembre i6$o.
LETTRE DU SIELR DE GALFRIDI
A M. L'ARCHEVÊQUE DB BORDEAUX , SUR LES AFFAIRES DE CATALOGNE
Monseigneur ,
A mon retour de La Ciotat, où son altesse me permit d'aller voir mes parents, après quatorze ans d'absence, j'ai trouvé ici une des vôtres du 27 du mois d'octobre , aux particularités de laquelle je ne réponds point, pree que son altesse m'a dit y avoir satisfait et par une des siennes et par la vive voix de M. du Houssaye; elle vous écrit la ci-jointe, qui n'est autre chose qu'une nouvelle preuve de l'affection avec laquelle elle honore votre personne et votre mérite. Comme elle fait très-grand état de la vôtre , aussi désire-t-elle que vous en fassiez de même de la sienne , en vous servant absolument de tout ce qui dépend de sadite altesse. De Catalogne, depuis le succès de Cadagne, nous n'avons rien de considérable , si ce n'est que , depuis trois jours, il m'est venu gros paquet avec le suscrit en catalan, s'adressant à moi , avec dedans une lettre des conseillers de Barcelonue, qui me donnent part des raisons de leurs mouvements, et ils m'envoient un livre imprimé qui contient un manifeste de leurs résolutions 1 . J'entends qu'on
• Voir plot Ul te* documents relatif, à la rc»olle de CaUlo8ne [année 1641).
a semé par toute l'Italie de semblables paquets, dont la teneur marque grande émotion dans l'esprit de ces messieurs de Catalogne. Son altesse attendra les nouvelles que vous lui laites l'honneur de lui donner làdessus, comme vous lui faites espérer , et cependant je suis infiniment marri qu'ayant été si près de Toulon , je n'aye pu avoir l'honneur de vous voir, et de vous offrir de vive voix mes très-humbles services; mais une lettre de son altesse qui me rappela en toute diligence ne me laissant pas demeurer dans La Ciotat le temps que je croyais, interrompit le dessein que j'avais fait d'aller à Toulon , et m'obligea de me servir d'un vaisseau qui me porta en vingt-quatre heures à Livourne. La mortification que j'ai eue de cela m'a été très-sensible , et le serait encore davantage si je ne croyais d'avoir un jour le bien et l'honneur de vous voir ici , comme vous faites espérer à son altesse ; et c'est pour lors, monseigneur, que vous verrez que je suis de tout mon cœur, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
De Gaufridi. •
A Plaiunce. le 17 dé«mbre 16*0.
.Cette relation détaillée de la navigation des galères pendant la campagne de i64o tend à accuser M. le bailli de Forbin de lenteur et de mauvais vouloir. Il ressort du moins évidemment de ce mémoire, que cet officier-général ayant prolongé de huit jours le congé que lui avait accordé M. de Bordeaux, M. le duc de Ferrandine profita de l'absence des galères pour se rendre d'Espagne en Italie avec son escadre et les renforts qu'il y transportait. Une longue note, de la main de M. de Bordeaux, complète ce document.