RELATION. — DÉCEMBRE
barqua sur la capitane , laissant ordre au chevalier de Cangé de le suivre avec les vaisseaux du cote de Yay , et courut toute la cote de Gêne» , et apprit à Porto- Venere que huit vaisseaux ennemis avaient été pris par les nôtres, qui trajectaient des blés et des marchandises pour les ennemis, qui les avaient obligés de retourner à File Sainte-Marguerite, afin d'icelles mettre en lieu et en état de sûreté. L'avis qu'il eut que les ennemis avaient dessein de passer des troupes en Piémont , et les ordres tout exprès du roi, qu'il reçut à Porto-Fino, de s'y opposer ou de faire le voyage de Tunis et d'Alger, en cas qu'il jugeât le premier hors d'apparence ou impossible , lui faisant juger le retardement trop long, le persuadèrent d'aller lui-même pourvoir à la sûreté desdits vaisseaux, afin de se mettre plus tôt en état d'exécuter avec ceux du roi .ces ordres. Le bailli de Forbin ayant eu permission du rai d'arborer un étendard royal 1 , voulut en même temps (quoique déjà nuit) la mettre eu exécution ; mais il différa au lendemain , afin d'en rendre spectateurs les Génois, qui l'avaient été du combat où celui de Sicile fut pris sur la même galère. En arrivant devant cette ville , M. de Bordeaux , accompagné de quelques officiers de son armée , demanda d'y entrer ; la contagion de Provence servit de prétexte au refus qu'on lui fit; ce qui l'obligea d'en partir plus promptement qu'il n'espérait, et voulant les bisser dans quelques soupçons d'un départ si peu attendu , il donna ordre que, toute la nuit, on fît canal* , on eût la proue par ponant, au lieu de l'avoir par labèche 3 et midi ; ce qui fut cause qu on se trouva, au jour, si proche de terre que Porto-Maurice nous salua. Cette navigation déplut à M. de Bordeaux, qui trouva, arrivant aux lies , que tout était prêt pour prendre le premier beau temps ; il fut pourtant contraint d'y faire plus de séjour qu'il ne désirait parce que
' Le gênerai de* galère* avait ordinaire* * H y avait deux aorte* île navigation dm nient »eul le droit de porter cet étendard*. Il galère*; lorsqu'on ne s éloignait pas des *e mettait à lord de* galère*, arboré à ane côte* , on faisait Umemmk , lorsqu'on p relance tnr le coté droit de la poope. Il était nait la haute mer, on fai*a,t canal île dama* blanc semé de fleur* de li» d'or ' Le* maria* du Levant nommaient ta- -vec les arme* du roi au milieu, et franges blclit le vent du sud-ouest, d or. Ce pavillon était plu large que hant.
* Voir phu loi. I. r.PF«rt «r In wl.u i» pHtm
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le bailli de Forbiu lai représenta que les galères ne pouvaient entreprendre un long voyage sans prendre les vivres et les munitions qui leur étaient nécessaires; qu'il avait à Toulon toutes les provisions qu'il leur fallait pour servir le reste de la campagne, et , sur les diffi- * cul tés qu'il lit de les laisser séparer, il lui promit de n'être que deux jours à Toulon , et qu'aucune galère n'aurait congé pour Marseille , de peur que cela ne l'obligeât à un retardement trop grand. Ce fut sous ces conditions qu'il lui permit de les aller munir, et son voyage, qui ne devait pas être plus long de quatre jours , fut de dix entiers , parce qu'il permit à quatre galères d'aller chercher leurs vivres à Marseille, contre son ordre et sa promesse ; et le temps qu'il employa h les attendre , fut celui que le duc de Ferrandine prit pour passer en Italie avec dix-huit galères chargées d'infanterie, et fut encore celui qui donua loisir à l'escadre de ponant de joindre celle de Provence.
La joie que M. de Bordeaux eut de voir toutes les forces de son armée heureusement jointes ne fit qu'augmenter le déplaisir continuel que le passagé de ces galères lui laissait, et jugeant bien qu'elles auraient eu assez de temps pour débarquer leur infanterie, crut qu'elles chercheraient de s'unir avec celles de Naples pour leur faciliter le trajet des troupes. Il part, dans cette créance, avec un vent assez frais, et se rend sur le cap Corse le lendemain , où il avait déjà envoyé mouiller quelques vaisseaux pour être sur le passage des armes d'Espagne, et il fut battu quatre ou cinq jours par un vent de labèche, avec tant de violence qu'il y perdit un brûlot, y laissa quelques ancres, y rompit des câbles, et quelques navires furent forcés de relâcher. Le vent étant calme, il prit la route de Livourne, tant pour y apprendre des nouvelles des ennemis , que pour y radouber ses vaisseaux que la tourmente avait maltraités, et donner temps à ceux qui s'étaient égarés de le joindre. Il apprit sur cette route que le duc de Ferrandine se promenait de Gênes à Porto-Fin , et publiait qu'on ne voulait pas le rencontrer , puisqu'on 1 a liait chercher où il n'était pas; qu'ayant passé en vue de notre armée, il était à présumer qu'on avait voulu ignorer son passage, afin de nous obliger de le suivre. Il résolut donc il l'instant de l'aller rencontrer, et renforcer, à cet effet , les galères
RELATION. — DÉCEMBRE 1640. 361 des meilleurs soldats de ses vaisseaux ; ordonna à six des plus grands et à deux brûlot* de le suivre , et pour le reste de l'armée, continua par son ordre le voyage de Livourne, où elle fut mouiller.
dus fûmes à quatre milles de Porto-Fino , M. de Bordeaux i à du Plessis daller reconnaître le port , et prendre langue de quelques barques qu'on y avait vu entrer. Dès là , on commença à faire les bastions et les retranchements', de même façon que si les ennemis eussent été à trois milles près de nous. Nous approchâmes en cet état de Gènes, où le fanal qu'on avait allumé fut éteint aussitôt qu'ils nous eurent aperçus; nous passâmes depuis la minuit jusques au jour à l'embouchure du port, vers Saint-Pierre, et sur le jour, nous vînmes au lazaret , où nos soldats , qui avaient été toute la nuit sous les armes , firent quelques décharges. Après quoi , on se retira sous les vaisseaux, qui avaient mouillé à un mille près. MM. Ducoudray, Baumes, Saint-Etienne et Chaillone furent reconnaître les ennemis dans le port; ils rapportèrent qu'ils étaient en posture de recevoir du mal , et d'en faire fort peu ; sur cela , M. de Bordeaux écrit au duc de Ferrandine par un trompette, le conjure de se tirer du port, où il offre de faire entrer ses vaisseaux , pour lui ôter tout sujet de crainte. Le duc refuse la lettre, répond qu'il a exécuté ses ordres, et qu'il n'est pas en état d'accepter son défi. On fait diverses propositions de le brûler la-dedans , de l'attaquer de force ou bien par surprise :
' Lorsqu'une galère se préparait au com- derait aller en glacis ver» la poupe, en sorte
bat on formait fur le pont un premier rç- que ceux qui étaient derrière puisent décou-
trancheinenr Ter» la proue ; il devait être vrir dans les conille* *" pour pouvoir tirer
auei fort pour empêcher que le canon de sur l'ennemi , s'il s'en était rendu maître;
l'ennemi ne prolongeât la galère de long en pour cet cfTet, on élevait une banquette der-
long; on élevait ce bastion avec des ba- rière le retranchement, trois pieds plus bas
tavelles ou traverses de bois «nr le qua- que le dessus du bastion, afin d'élever ce ui
trième banc de la prone ; on le remplissait de qui étaient destinés à le défendre ,- on laissait
gumet, gumettes *, lovées en rond. Ce de chaque côté de ce retranchement sur le
baation du coté de la proue était revêtu de coursier un espace assex large pour servir de
paillettes; sa hauteur ne derait pas surpasser communication entre la proue et la poupe, celle du plan de la rambade " , le
* Cordigt Jm giltm.
••■ lUmb.<U, sort* <J« l'ittM <J« la gâter».
il. 46
3G2 LIVRE V. — CHAF. IX.
aux deux premières on trouve de. grandes difficultés qu'on aurait pu surmonter, si celle de rompre avec cette république ne s'y fût pas rencontrée; pour l'autre, quelque instance qu'on fît d'y vouloir entrer comme ami , quelque menace qu'on leur fit d'user de violence et de le traiter comme ennemi , et enfin quelque prétexte qu'on apportai pour colorer cette entrée , elle ne fut accordée qu'à condition de désarmer , ainsi qu'avaient fait les Espagnols; et ne firent des oiFres plus raisonnables que celle» de donner un de leurs palais à M. de Bordeaux pour y être un jour, et qu'ils recevraient à grand honneur après de le régaler dans leur ville. On contesta durant deux jours cette entrée, pendant lesquels la faction de Doria n'oublia rien de ce qui put servir à aliéner de la France les affections de ce peuple. Les gardes de terre firent grand nombre de feux ; on envoya sur cela des ordres aux galères pour aller prendre un cap ' des vaisseaux pour les remorquer la nuit en cas de besoin. Cet ordre fut aussitôt changé que donné; aussi n'était-il pas nécessaire. Bidaud, consul de Gênes , ayant eu avis que l'armée de Naples était partie , qu'elle avait dessein de passer par Piombino, il en fit part à M. de Bordeaux, l'assurant qu'il pourrait la rencontrer à l'embouchure dudit canal. Cette nouvelle, jointe au peu de satisfaction qu'il recevait des mauvais procédés de cette république , le firent résoudre de se remettre à la mer, où, le lendemain, un gentilhomme envoyé de leur part le vint complimenter, et tacha, par toutes les soumissions imaginables, à lui faire perdre les sentiments d'aigreur où il était.
Le même jour, qui pouvait être le 13 août, il apprit par une chaloupe que le commandeur de Montigny lui avait dépêchée , qu'il s'était mis à la mer sur l'avis qu'il avait eu du passage des galères de Naples; le 15 , il le rencontra, et sut qu'elles étaient passées; ce qui lui fut confirmé par une felouque de Gênes , (rai dit qu'elles 'étaient arrivées le jour après son départ , ayant désarboré pour n'être découvertes du terrain ; et l'assura encore que les vaisseaux étaient certainement partis de Naples, et qu'il pourrait les rencontrer. Il fut telle-
' Câble se disait cap en terme de oarigMion de galère.