A M. LE CARDINAL DE RICHELIEU, LUI ENVOYANT LA RELATION DE L'ATTAQUE
DE GUÉTARIA '.
De l'amiral, » I* rade (te Gudlnria , ce lî août i638.
Je ne mériterais pas le titre de votre serviteur ni la qualité qu'il voup a plu que je possédasse si j'avais à ma vue laissé former une armée qui m'eût acculé dans la plus méchante rade où jamais vaisseaux aient
" Voir ci-dctsui, pp. Si-SS , Ici réponw* a relte lettre.
mouillé, si je n'y avais remédié comme je fais. J'ai bien peur d'avoir encouru la disgrâce de M. le prince, qui ne voulait point, quelque ordre que j'eusse mis à la garde du canal , que j'en partisse , quoique partie de nos vaisseaux fussent engagés entre deux escadres des ennemis; je crus néanmoins que pour plaire à votre eminence il fallait faire le contraire : ce qui a réussi , comme vous dira la relation.
J'ai gardé le canal , quoique plus difficile que celui de Ré , sans qu'il soit rien entré; j'ai fourni de deux batteries et munitions nécessaires pour les exécuter; j'ai gardé le Passage tant qu'on me l'a voulu permettre , et puis ai mis quatre mille hommes effectifs entre les mains de M. le prince; et si avec cela je crains qu'on ne soit pas satisfait de moi.
Mes maximes sont toutes contraires aux leurs, et l'on veut que j'assiste aux conseils , pour assister de mes suiFrages des délibérations qui sont contraires à mes sentiments. J'ai toujours cru qu'on ne prenait pas les villes avec des bilboquets et des trous de taupes, et néanmoins, il y a quatre semaines que l'on est après. J'ai été d'avis qu'on allât aux ennemis, avant qu'ils fussent assemblés, avec quatre mille hommes de pied de l'armée et cinq cents chevaux , et quatre mille que je donnerais. On lésa laissés assembler, et maintenant ils sont sur leurs hras. Du jour que je suis arrivé j'ai offert de prendre uue attaque avec mes gens, mon artillerie, et faire la dépense des travaux. On ne l'a pas voulu, et au bout de cela on voulait m'empécher d'aller aux ennemis , et me veut-on obliger à tenir tous les vaisseaux à cette rade, où infailliblement ils se perdront si votre émiuence ne m'ordonne de les tirer avant le 8 du mois de septembre. Je l'ai écrit deux fois à votre eminence, je la supplie très-humblement de m'ordonner ce que j'ai à faire. Je crois que huit ou dix petits vaisseaux avec force chaloupes feraient le même effet ; M. le prince se peut charger de ce soin , en lui laissant les vaisseaux sous un bon clief d'escadre ; mais l'année, elle périra infailliblement si elle y demeure.
Après le combat des galions, l'effroi était tel que si j'eusse eu mon infanterie j'eusse pris deux lieues de pays et un poste qui vaut mieux que Fontarabie et Saint-Sébastien ensemble pour la mer.
Cette lie de Saut-Antonio »ur laquelle le» Basques avaient formé dessein, il y a quelque temps , est le meilleur poste que j'aie vu depuis que je suis eu Espagne. C'est une ile relevée qui commande à une excellente rade dont le fond et l'abri de tous mauvais vents sont excellent» , elle commande au port et à la ville cl n'est commandée de rien. Son défaut est de n'avoir point d'eau; mais les citernes et cependant des futailles peuvent subvenir à la nécessité, et du Socoa à Bayonne en quatre heures on y est toujours.
Ils ont fait quelques petits travaux et mis des batteries dessus; mais j'estime qu'on en peut venir facilement à bout.
Si cette proposition agrée à voire émincuce, il faut fonds pour fortifier et munir la place, et j'y logerai douze compagnies des régi- . ments que j'ai, qui fatigueront autant le pays qui- quoi qu'on puisse faire, et rendront Saiut-Sébastieu et le Passage , quand vous ne les reprendriez pas, inutiles.
Pour les autres desseins , la saison est maintenant si avancée qu'il ne s'en peut former aucun de considération ; voir tous les ports jusqu'au cap Finistère, ravager les vaisseaux qui s'y trouveront et tenter quelque surprise, se peut, durant qu'on ferait cet établissement mais il faut pour cela , ordre de reprendre mon infanterie, d'emmener les vaisseaux , à la réserve de huit ou dix des petits, et des fonds pour oommencer le travail, qui ne se doit faire que de maçonnerie, y ayant peu de teire sur cette butte.
Si les escadres de Lisbonne et Dunkerque viennent , je puis répondit" à son éminenec qu'elle y sera servie sans délai et sans peur , n'y ayant jamais eu capitaines qui servent avec tant d'ardeur, de cœur et d'obéissance que font tous ceux qui sont ici.
Si votre bonté voulait écrire un mot au commandeur Desgouttes qui témoignât satisfaction de ses services et agrément des soins du sieur de Caen , et un aux sieurs de Montigny et de Cangé ensemble, qui parlât de ceux qui avaient été au combat, vous redoubleriez leurs soins et leur ardeur, quoiqu'ils l'aient tout entière pour votre service.
Il reste , s'il plait à votre bonté , d'ordonner qu'on envoie sept chaînes d'or avec votre médaille pour les sept capitaines des brûlots
avec sept lettres de capitaines des bateaux entretenus aux gages de cent écus chaque, et quatre cent cinquante livres pour celui qui avait déjà brûlé celui de Sainte-Marguerite , qui est encore l'un de ceux-ci , avec deux mille écus pour la récompense des matelots qui ont servi à cette exécution. C'est un moyen de leur faire faire à l'avenir des coup que toutes les nations du monde ne pourront parer.
Il me reste à vous dire que s'il vous plaît faire la plus belle armée du monde l'année qui vient, il faut que vous ordonniez que, sans remise et par préférence à toute sorte de dépense , l'on envoie les fonds à Brest dont j'ai envoyé les mémoires à M. de Loynes, autrement l'année qui vient l'on sortira aussi tard que celle-ci. 11 faut aussi , ajouter un moulin à poudre à Brest, et deux cents milliers de poudre pareille à celle que le sieur Sabatier vous a donnée en Hollande. Si , avec cela, vous ne battez l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande, pourvu qu'il vous plaise y mettre un autre qui s'entende mieux que moi , je consens qu'on me tranche la tête.
Je suis obligé de dire à votre éminence qu'un des meilleurs hommes, des plus hardis et plus intelligents au métier que j'aie jamais vus, que c'est M. de Bacois.
Le père Gabriel de Nevers, capucin, ayant été fait prisonnier, envoya à M. le cardinal la relation suivante.