‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 10 sur 226 · RÉCIT DE LA LEVEE DU SIEGE DE TONTARAB1E · texte numérisé non relu

RÉCIT DE LA LEVEE DU SIEGE DE TONTARAB1E

L'armée du roi , divisée en quatre quartiers, outre ce qui était aux tranchées , commandés l'un par M. de la Force , l'autre par M. de

Gramme mi , l'autre par M. de la Valette et l'autre par M. de S^aint- Simon , MM. de Gèvres et Espenan blesses en leur lit, le 7 de septembre le quartier de M. de la Force est attaqué, M. le prince y courut et l'archevêque de Bordeaux après lui, là où il vit le retranchement de M. de la Force fait au pied d'une montagne garnie d'infanterie et de canons , et , derrière, quatre escadrons de cavalerie et un bataillon d'infanterie.

Le haut de la montagne, hors la portée du canon, était couvert d'ennemis à pied et à cheval , qui faisaient un grand front , mais qui ne pouvaient pas excéder le nombre de trois mille hommes et deux cents chevaux, et ne pouvaient venir qu'en défilant le long du coteau. U y avait quelque mille hommes qui vinrent commencer l'escarmouche, et ceux d'en haut envoyèrent quelques uns aussi à cette même fin. Lesquels ensemble attaquèrent la main gauche du retranchement, sans ordre ni bataillon; le retranchement fait feu, et notre cavalerie , sortant sur ces gens éparpillés, qu'on croyait qu'ils devaient défaire à l'instant, les ennemis les poussent, et, péle-mêle, entrent dans le retranchement, qui est abandonné des nôtres. M. le prince rallie sa cavalerie , mais inutilement , car elle plia à l'instaut , et se renversant sur un bataillon de la Couronne , qui restait, le mit en déroute. L'archevêque de Bordeaux et la Houdinière firent ce qu'ils purent auprès de toute cette cavalerie et infanterie , mais inutilement , de sorte que les Français et Espignols descendirent pêle-mêle la montagne, jusqu'au quartier du roi, ou l'on croyait trouver en bataille ceux qui y étaient; mais, au contraire, l'effroi ayant déjà saisi , tout le monde se jette à la mer ou se sauve au quartier de M. de la Valette. Six compagnies du régiment de la Couronne et liuit de la Mei lier aie, avec les cent mousquetaires de l'amiral, gardent leurs tranchées jusqu'à ce que les ennemis ayant tout saisi , et même les autres tranchées étant abandonnées , ils furent commandés par M. de Gèvres de se retirer au quartier de Grammont. En cet instant, quatre cents hommes sortent en bataille de la ville par la brèche, si bien qu'étant attaqués de tout côté et obéissant au commandement qui leur était fait , en voulaut gagner ce quartier qui leur était commandé , ils le trouvèrent saisi des ennemis , lesquels en passant ils lail-

lèrent en pièce», et n'y trouvant plus personne, allèrent jusqu'au quartier Je la Valette , où ils trouvèrent toutes les troupe» déjà défilées sans avoir été attaquées. Celui d'Irun fait de même, et ainsi tout soi t de* terres d'Espagne dès le soir.

Durant ce jeu, l'archevêque de Bordeaux pousse jusqu'au quartier du roi; sou cheval, blessé, le porta jusqu'à une chaloupe, où il entra pour aller à son bord, son cheval tombant mort sous lui en y entrant.

Il renooutre M. le prince dans une chaloupé, lequel dès le point du jour s'en retourna , cherchant où étaient les ennemis, par le Socoa.

Quelques officiers de la Couronne et la Mcilleraie-Enghein furent commandés pr l'archevêque de Bordeaux de rallier ceux qu'ils pourraient pour se faire passage du côté du Figuier, où Von le* fit embarquer. Les ennemis ayant déjà saisi la falaise cl même le sable , -cette retraite ne se put faire que l'épée à la main.

Les défauts de ce jour peuvent venir, après la lâcheté des gens de guerre, de trois principes : le premier, que ce seul jour-là, la moitié de la Meilleraie et de la Couronne n'étaient pas en haut, et un bataillon de Tonneins, qui avait accoutumé d'y être, était descendu pour prendre la tête de la tranchée où était la brèche, qui fait soupçonner un peu d'avis.

Le second , qu'il n'y avait aucun soutien du retranchement , qu'un bataillon , par défaut de gens.

Le troisième, que le retranchement était si près du pied de la montagne, qu'il était dominé du coteau.

Les défauts généraux de l'armée sont de n'avoir point retranché le camp en son assiette.

Le second, de s'être amusé à certaine mine dont la galerie était un trou par-dessous le fossé qui emplissait d'eau à tout instant.

Le troisième, de n'avoir pas été aux ennemis quand ils s'assemblaient à deux lieues de nous.

Le quatrième, de n'avoir pas attaqué la brèche du jour qu elle fut faite , qui était si raisonnable que quatre cents hommes en sortirent en bataille le jour de la retraite.

Le cinquième, la crainte que l'on avait que les ennemis fussent avertis de tout ce qui se faisait, comme il y a grande apparence.

Le sixième, le peu d'union entre tant de hauts officiers, qui ne faisaient qu'avoir jalousie les uus des autres, et qui ne faisaient rien du lout que désirer la perte de ses compagnons ; et la joie que M. de la Valette en avait en cette dernière action de M. de la Force, même en présence de la Houdinière, en sont une preuve, pourvu que ce ne soit pis de pis.

A cette lettre, adressée à M. le marquis de Sourdis, était jointe la nota suivante , de la main de M. de Bordeaux.

MENU DB CB QUI B'iST PASSÉ A 1/ AFFAIRE DE FONTARAB1B.

Du jour (pie je suis arrivé à Fontarabie, j'ai demandé une attaque, qui m'a été refusée '. ( M. de la Houdinière témoin et toute l 'armée. )

Du même jour, j'ai fort crié de quoi on ne retranchait point le camp. ( Les mêmes témoins. )

L'on m'a envové au Passage , je m'y suis logé et retranché en sorte tpi'il était difficile de m'en tirer. On m'a commandé d'en sortir, et MM. d'Espenan et la Houdinière me sont venus prier sur l'honneur de ne point contrarier cette résolution, de peur de choquer M. le prince : j'ai obéi. {MM. dEspenan et la Houdinière. )

Quand les troupes ont été arrivées au Passage, j'ai demandé à me loger à un quartier, pour m'y fortifier, qui était sur la mer, pour de là aller en garde où l'on voudrait : l'on me l'a refusé. ( M. do la Houdinière témoin. )

J'ai offert de faire des traverses dans le fossé pour aller à la muraille, au lieu des petits trous qui se faisaient sous terre, qui ont fait perdre six semaines de temps : l'on me l'a refusé. {Le même Ut Houdinière.)

Quand on a mis les troupes sur la montagne, j'ai mené mes ingénieurs, et été d'avis qu'on fit un bon retranchement et de bons forts éloignés de la montagne, afin qu'il y eût espace pour la cavalerie. On a voulu faire autrement. ( Le même- la Houdinière , les ingénieurs du roi, qui sont les sieurs ( harvin et Rose. )

Les passai» «ouligiié» sont a la marge dans l'original.

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