‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 112 sur 226 · ARTICLES DU TRAITÉ FAIT AVEC ALGER · texte numérisé non relu

ARTICLES DU TRAITÉ FAIT AVEC ALGER

PAR SANSON NAPOLON, LE 4 OCTOBRE 1628, ET LES RAISONS QUI BMPÉCHENT QU'ON NE L'AIT EXÉCUTÉ.

Au nom de Dieu soit-il. L'an mil six cent vingt-huit et le dix-neuvième jour du mois de septembre , et suivant le compte des Musulmans mil trente-huit et le vingtième jour de la lune de mat an , en l'invincible ville d'Alger, le très-puissant et très-glorieux empereur des Musulmans, qui est l'ombre de Dieu sur la face de la terre , nous aurait envoyé les sublimes commandements à la considération de son très-cher et parfait ami l'empereur de France , que Dieu augmente sa gloire et vertu , lequel aurait envoyé en cette invincible milice d'Alger, par le capitaine Sanson Napolon, son aimé, les deux canons que Simon Dancest nous avait enlevés, ensemble nos frères Musulmans qui étaient esclaves dans les galères; lesquels commandements, canons et Musulmans ayant conduits dans ce port d'Alger, nous aurait rendus, en la présence du très-illustre Husseim-bacha, que Dieu augmente ses jours, où étaient aussi assemblés l'aga, chef de la milice, le mufti, le cadi et les défenseurs de la loi , et généralement tous ceux de la milice du grand divan et conseil , où

publiquement avons fait lecture des commandements de très- haut empereur des Musulmans , la substance desquels était ainsi :

Vous autres , mes esclaves de la milice d'Alger, anciennement avez vécu avec les Français comme frères, mais à cause de quelques méchants hommes parmi vous, qui ont commis des actes contre le devoir et la justice, avez réputé lesdits Français comme ennemis; maintenant je veux que tout le passé soit passé , et, sans que vous vous souveniez plus des injures, viviez comme frères et bons amis.

Tous généralement, grands et petits, auraient répondu : Sommes contents et voulons obéir aux commandements de notre empereur, comme étant ses esclaves.

De même aurions (ait lecture des lettres d'amitié de l'empereur de France , la substance desquelles dit ainsi :

« Tout ainsi que l'empereur des Musulmans, mon très-cher et parfait ami , les jours duquel soient félices (heureux), il m'aurait écrit qu'il désire que les sujets, d'une part et d'autre, vivent à l'avenir en bonne paix et amitié, ce que j'ai en plaisir, m

Tout le divan et conseil, grand et petit, ont juré et promis de conserver une bonne paix et amitié, et pour cet effet ils ont déclaré ciaprès ce qui se doit observer '.

Premièrement , que tous les esclaves musulmans, réfugiés de» pays de ses ennemis , abordant dans le pays de France , leur sera donne libre passage pour venir en Alger, et défenses seront faites ù ceux qui gouvernent les villes des confins du royaume de France , et à toutes autres personnes, de ne rendre ni vendre les Musulmans à des ennemis.

' Ce trait*1 est calai fait par Santon Napoloo , lequel ou ne »eut pas tenir , tant a r.»u«e

depuis, que parce qu'U ei( indigne J* roi; et Ion ne le baille que pour faire »oir k ceu» qui

Il est raisonnable que la même liberté soit donnée aux sujets du roi abordant Alger, même sans payer aucun port ni droit.

peut pas tenir, afin de t'en s pourraient alléguer : nais il se faut attacher autant que l'on pourra au projet da traité que l'un baille, i demeurer ferme au] qu'il est porté' par les apostille*.

Lorsque les' navires d'Alger avec le» U M faut consentir, pour quelque rai- Français se rencontreront , s'élant recon- ull que ce soit, que l'on entre dans les nus, se donneront des nouvelles récipro- vaisseaux, cela étant contraire à la capiques comme vrais et bons amis , sans que tu|ation du grand-seigneur, qui veut que . eux d'Alger puissent aller dans les na- ennemis même puissent naviguer et vires ou barques françaises pour y premlre trafiquer sous la bannière de France ; et de aucune chose que ce soit , ni changer voiles pl„, ( », | Turcs entraient dans un s aisneuves pour vieilles , sartis, cibles, ca- ,eau charge de bonne robe', ils tueraient nons, ni aucune munition de guerre ni tout ou le mèneraient à Salé, Tetuan ou autre chose, ni moin* pourront-ils menacer ailleurs ; mais pour mieux faire il faut, ni battre les patrons, écrivains, garçons, comme les Vénitiens, qu'ils ne puissent du navire ou barque , pour leur

faire dire chose contre la vérité.

Si lesdits navires ou barques française» Cet article ne peut cire aduu» , pour sont chargés de marchandise» de compte quelque raison que ce soit, pour les eauso des ennemis du grand-seigneur , après contenues en l'apostille ci-dessus, qu'ils en seront bieu éclaircis , soit par manifeste ou rapport desdits patrons , . écrivains ou mariniers , tels vaisseaux ou barque* seront conduits en Alger, où leur sera payé les nolis, et après s'en retourneront où bon leur semblera; auxquels sera enjoint de ne celer telle* marchandises desdit* ennemis , de crainte de ne perdre le crédit à son nolis.

Tou* les Français qui se trouveront dans II faut lâcher à y ajouter qu'il* ne poulie* navires de guerre des ennemis d'Alger, ront être tenus esclave* et qui seront mariés et habitués au pays desdits ennemis, étant pris dans tels na-

Ayant les navires français reconnu et || iaut encore ôlcr cet article, parc parlementé avec les navires d'Alger, après que l'on fera toujours accroire aux en être éclairci , tels navires français vou- chands qu'ils auront tiré les lanl combattre et commençant les pre— », étant pris, serout esclave*, ainsi Fuona-roba, marchandise de pris

LMyilizeo

■|u\ si porté par les capitulations «lu grandseigneur.

Ne pourront ceux d'Alger prendre au- Si d'aventure quelque Turc prétendait cuus garçons pour les faire renier par force, que quelque jeune garçon ou quelque autre, tailler' ni leur faire aucune menace en par crainte ou par quelque autre raison, fai-on quelconque; que si quelque Fran- eût fait semblant de renier sa foi , ce que «;ais ne voulait renier volontairement , il le roi ne peut croire , celui qui l'aura pris sera conduit devant le divan , et déclarera n'en sera pas cru , mais sera mené an franchement sa conscience, quelle loi il divan en présence du consul des Français, veut tenir, sans aucune contrainte. là où il lera sa déclaration librement ; et

en cas qu'il se trouve que «(uelque Turc l'ait menacé ou battu pour ce faire, il en sera chiltié , et ledit chrétien mis entre les mains du consul pour être renvoyé en France par la première barque.

Et en cas qu'il y eût quelques raïs ' «le na- Cet article ne doit pas être de la sorte, vires ou barques d'Alger qui, rencontrant pour les raisons portées h l'apostille du quelques navires ou barques françaises , ne second article , et l'on ne doit , pour quelvoulant croire la parole et témoignage du que raison ni sous aucun prétexte , leur capitaine et écrivain français que les fa- souffrir qu'ils visitent les vaisseaux des rultés de tels navires ou barques appar- marchands, tiennent auxdits Français , et qu'on les voulut conduire en Alger, étant arrivés, seront lesdils capitaines et écrivains interrogés dans le divan avec paroles remplies d'amitié et de douceur, sans leur faire aucune menace; et s'ils persistent que ces facultés appartiennent aux Français , seront relilchés , et tels rais seront châlit;s arbitrairement.

Tous ceux qui seront natifs des pays Cet article est bon. ennemis du grand-seigneur , mariés et habitués en Frauoe , ne pourront être faits esclaves , comme aussi rencontrant quelques Français passagers sur les navires «les ennemis, ne pourront être esclaves, pourvu qu'ils soient sujets de l'empereur de France.

' Circoncire.— ' Ca|>«taiiiev

Et d'autant que «eux delà milite d'AI- Au lieu de tel article , il ne faut que per qui seront raïs et capitaine» de navires mettre deux mots , savoir : Que nul autre et galères de guerre , ne contreviendront qu un originaire d'Alger ne pourra être jamais à ce traite dr paix , ains bien pour- fait raïs, et qu'il sera obligé encore de rail être quelqu'un de mauvaise vie, donner caution devant que partit du mal comme Mores etTagarins , voulant armer, qu'il pourrait faire à la mer pourront rencontrer quelques navires ou Et pour plus grande sûreté il taudrait barques françaises et les conduire à Sale obliger, si l'on peut , ceux d'Alger à tenir ou autre» lieux des ennemis des Français , un ou deux hommes de condition à Marée qui serait un grand ptéjudice à l'iulé- seille , comme on en tiendra un clic/ eux. grité de cette paix et donner du blâme à ••eux d'Alger; et par conséquent, de l'intérêt de cette échelle , à cette fin de pourvoir a tel» inconvénients et être bien assuré , il «era établi un tre—bon ordre à cette lin que tous ceux qui partiront d'Alger soient assurés qu'ils y retourneront, défendant aussi qu'aucun étranger ne soit fait rais des galères et navires.

Et généralement tou», d'une part et d'autre , promettant et non» obligeant par

en point tous et chacun les articles des impériales capitulations d'entre nos deux monarques , que Dieu augmeutc leur gloiie et vertu ; suivant lesquelles personne ne pourra entrer dans la maisou du consul des Français sans bachi et officiât du divan , ni aucun de la milice , pour quelque occasion ni sujet que ce soit ; que ■ i quelqu'un prétend quelque demande audit consul .

sera appelé en tout honneur avec un chiaoux du divan par devant l'aga , chef dudit divan, où sera observée la justice, a cette fin que ledit consul français vive en paix , tranquillité et toute sorte d'honneur et respect.

Et en cas qu'il y eût quelque mauvaise personne, tant île la part d'Alger que de la France, qui commit quelque action capable de con-

:W8 LIVRE V. — CIIAP. X.

trevenir aux articles du présent traité au préjudice des commandements et capitulations impériales, et qu'il cherchât quelque occasion pour pouvoir préjudicier à cette paix , n'y aura point de sujet capable de ce faire ; mais tels personnages seront punis de mort , et tous ceux qui contreviendront en aucun de ces présents articles , ils auront la tete tranchée. Et pour l'observation de tout ce qui est contenu aux présents articles, en la présencedu très-illustre Husseim, bâcha de Mosse, à présent nga , chef de la milice, des seigneurs muftis , cadis , défenseurs de la foi, de tous les juges et anciens et de tous ceux qui continuellement prient le très-haut Dieu , et généralement en présence de tous ceux du divan et conseilde l'invincible milice d'Alger, grands et petits, d'un commun accord et consentement, à la gloire et honneur des empereurs, et suivant ses sacrés commandements et capitulations impériales, avons fait et promis cette paix, et donné parole avec serment et promesse de lu maintenir et garder de point en point, ayant fait des présents articles plusieurs copies semblables, scellées et signées de tous les susdits nommés, l'une desquelles copies sera gardée dans la châsse du sacré trésor du divan , et les autres a l'empereur de France et aux lieux où besoin sera de les faire observer. Fait l'an et jour ci-dessus. De la traduction de Salomon Cassin, interprète du roi en Alger, le \ octobre 1628.

Tie traite suivant, modifié par M. de Bordeaux selon les instructions de M. le cardinal de Richelieu, devait être présente aux Algériens.

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