ORDRE. — NOVEMBRE
sieur Sanson mette pied à terre , ou celui qu'il enverra , on demeurera d'accord des otages de part et d'autre.
Quand il viendra quelque felouque d'Alger pour reconnaître lesdits vaisseaux, nul capitaine ne parlera ni ne fera parler par ses matelots à ceux d'Alger, mais seront renvoyés à leur chef d'escadre, afin qu'avec le sieur Sanson ils sachent ce qu'ils auront à répondre.
Du jour que les vaisseaux approcheront de la rade, tous les Turcs seront mis à fond «le cale à la chaîne, chacun dans le vaisseau de sou passage, avec défense toute expresse à tous capitaines de les laisser parlera personne, que par l'ordre dudit sieur Sanson, qui est chargé de la part du rai de cette négociation.
Auront grand soin aussi que la nuit ils ne se jettent à la mer pour gagner la terre, et pour cet effet , du jour qu'ils serout à la rade , il y aura toujours une sentinelle qui fera le guet avec lesdits esclaves.
Ledit sieur de Mantiu demeurera à ladite racle jusqu'à ce que le traité dont est chargé ledit sieur Sanson soit exécuté, et durant lequel temps ne laissera entrer aucun vaisseau dans Alger , ains les fera tous mouiller derrière lui, et empêchera pareillement que nul ne sorte pour aller donner avis de lui.
Et quand le temps sera fini, si ledit sieur Sanson n'apporte la satisfaction que sa majesté désire, tous les vaisseaux qui auront été arrêtés seront emmenés en Fiance et tous les Turcs mis à la chaîne avec les autres.
Lot», par l'avis commun, il scia résolu quel mo\en ou tiendra pour les endommager par le feu ou autrement, après avoir fait savoir à tous les chrétiens détenus qu'ils ne désespèrent point et qu'on s'en va quérir toute l'armée, alin de réussirau printemps pour les avoir par force.
Si d'aventure on était chargé de quelque gros temps eu cette rade, après avoir fait savoir à ceux qui seront à terre la nécessité qu'on aurait de lever l'ancre pour revenir au premier beau temps, les vaisseaux se mettront sur les bords ' ou bien se retireront tous ensemble , s'il se peut, au lieu le plus propre pour chercher leur abri, qui>era par eux concerté.
Si , allant et venant, ils rencontrent quelques vaisseaux turcs ou ennemis du roi , ils seront pris et emmenés pour être jugés par son éminence.
Après avoir fait ou failli ledit traité d'Alger, ils prendront la route de Tunis, où les mêmes choses seront observées qu'en Alger, suivant les ordres qu'en a ledit sieur Sanson de sa majesté.
Et si le temps permettait d'aller jusqu'à Tripoli , on ferait un service très-agréable au roi ; et en cas que ce voyage se fît et que les capitaines particuliers employassent quelque temps par-dessus les trois mois de victuailles qu'on leur a données, on promet défaire payer auxdils capitaines, jusqu'au dernier sou , ce qu'ils auront avancé de plus jusqu'au jour de leur retour.
Et pour le regard des chrétiens qui seront retirés de la main des Turcs, la dépense en sera fournie par le sieur Sanson, et les hommes seront séparés sur les divers vaisseaux à proportion de leurs grandeurs et des équipages qu'ils auront.
Et afin que le manque d'argent n'empêche point l'exécution de ce dessein si utile aux pauvres chrétiens et tant agréable à sa majesté, il a été mis à cet effet la somme de dix mille livres ès mains d'un commis du trésorier de la marine, pour être employée à l'achat des vivres qui seront nécessaires et lesquels seront distribués selon le besoin et par état, qui sera arrêté de concert entre tous les capitaines desdits vais-
Et pour éviter la dépense, en cas de traité avec ceux d'Alger, les esclaves qui seront retirés seront mis dans la Pélicorne, te Saint-Michel et l Intendant, ou en plus ou moins de vaisseaux, selon le nombre auquel se trouveront monter lesdits esclaves; lesquels vaisseaux s'en viendront de droite route en ce port ; et le même sera observé en cas qu'en Tunis il se fasse traité et que l'on se résolve d'aller à Tripoli.
Que s'il arrivait que l'on trouvât impossibilité à traiter avec ceux d'Alger, en ce cas les vaisseaux départis pour ces voyages renverront les Turcs aux galères dans un ou deux vaisseaux ci-dessus nommés, et le reste, s'il ne peut repasser en France , comme il sera dit ci-après , on les emploiera à faire la guerre où l'on jugera le plus à propos; et
ORDRE. — NOVEMBRE 1637. 397 pour cet effet l'argent sera employé pour tacher à entretenir les équipages jusqu'à la fin de février.
Que si, après avoir traité avec ceux d'Alger, ceux de Tunis refusaient de traiter j en ce cas on fera autant d'actes d'hostilités contre eux qu'il sera possible, suivant la résolution qui en sera prise sur les lieux par tous les capitaines de l'escadre qui se trouveront, où sera appelé le sieur Sanson pour donner son avis.
Que si le traité d'Alger étant rompu il faisait un temps propre pour passer en ponant, et qu'il se trouvât six capitaines qui voulussent s'en aller ensemble de conserve, il sera donné ordre de s'en aller droit à Belle-Ile pour aller désarmer à Brest; et en ce cas, de l'argent qui a été mis entre les mains du commis, il leur en sera délivré à chacun un mois de victuailles, avec ordre, en s'en allant, de prendre tout ce qu'ils trouveront, soitTurcs, Espagnols ou autres ennemis de cette couronne, pour être jugés par son émiuence.
Que si l'on rencontre dans ces mers quelques vaisseaux ou barques appartenant au grand-duc ou à ses sujets, ils seront amenés dans le port sous le pavillon, selon l'ordre que nous en avons du roi et de son cmiuCuCc*
L'on sera soigneux de faire saluer, par tout ce qui se rencontrera à la mer, le pavillon, et en cas que par malheur (ce que Dieu ne veuille) il arrivât faute du sieur de Mantin, le sieur de Treillebois commandera l'escadre.
F«it a Toulon . le 3' jour de noTembre 16Î7.
Sovrdis, archevêque de Bordeaux.
I /avant-garde de la division envoyée a Alger étant arrivée en vue de cette ville, M. Pion, vice-consul de France en cette résidence, instruisit M. Ferraut, capitaine de vaisseau, de l'eflet produit à Alger par la présence du pavillon français.