‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 118 sur 226 · AU SIEUR SANSON · texte numérisé non relu

AU SIEUR SANSON

Du 17 novembre 16Î7, en Alger

Monsieur ,

Ne m'ayant clé permis de vous aller voir, je ne me suis pu empêcher de vous coter ici en homme d'avis, ce qui s'est passé en cette ville depuis

le 19 du présent, qu'ils apprirent votre venue par les deux navires de vos conserves : Y Intendant, capitaine Ferraut, et l'Espérance , capitaine Cazenac, lesquels ont demeuré à la rade six jours. On leur a voulu donner des rafraîchissement-; , ce qu'ils refusèrent, comme n'y ayant aucun ordre. Ensuite les raïs de ces quatre ou cinq corsaires qui étaient prêts à partir, firent dire par un divan qu'ils tinrent le 23 susdit, que lesdits navires entrassent dans le port ou s'en allassent: qui les fit mettre à la voile ; de quoi , depuis se repentirent d'avoir donné un tel ordre, et les corsaires après partirent. Toute cette milice est très-étonnée de la résolution de sa majesté , par l'expédition d'une si belle escadre de navires, et conduite par un si brave chef; grands et petits ne peuvent s'empêcher d'en discourir. Le bâcha et autres principaux ministres m'ont mandé et interrogé sur la venue desdits navires , me demandant ce que je croyais quelle serait votre intention avec si grosses forces. Je m'excusai n'en avoir rien appris , et ne pouvoir sur ce répondre. Toutefois , étant pressé de leur dire ce que j'en pensais , je leur dis librement qu'ils ne se devaient point étonner si sa majesté voulait avoir raison des grands ravages qu'ils avaient faits et continuaient depuis long-temps sur ses sujets, nonobstant tout traité de paix qu'ils eussent avec eux , et qu'il n'y avait à s'émerveiller sinon de ce qu'elle avait tant tardé. Ils me dirent en après, si je croyais que vous voulussiez tous les Français sans argent. J'ai dit que je croyais que vous feriez de plus grandes demandes, mais que cela surtout serait invincible. Et nonobstant qu'ils n'aient voulu démontrer, pir ce discours, <pie ce serait chose difficile, je sais que dans leur intérieur ils ne se croient de moyens, et depuis huit jours qu'ils ont appris votre venue, ils ont tenu entre eux beaucoup de pourparlers, et l'ordre qu'ils doivent tenir pour traiter avec vous. Beaucoup de gens de bien , qui se sont trouvés es dits discours , m'ont assuré qu'ils inclinent à une bonne paix , et à faire restitution de tous les Français, qu'on estime être au nombre de douze cents; savoir : mille de vendus et deux cents non vendus; et qu'il n'y avait que trois personnes en Alger qui en retardaient l'exécution, qui sont le sieur Ameza-Aga , Chigalle, Cheleby el Picsolgni. Le premier en a quelque vingt-cinq , les deux autres quelque

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