MÉMOIRE POUR ALGER
Dès que l'on aura pssé le cap Matifoux, et qu'on aura entré dans la baie d'Alger, on mouillera deçà ou delà la rivière , ainsi qu'on le ju-
OCTOBRE 1640. Argent le plus à propos , et on enverra une chaloupe avec la bandière blanche, proche de terre, pour demander le sieur Coquiel et le consul des Français , afin de savoir d'eux en quel état est le traité qu'il a commencé par ordre du roi , afin de se conformer à icelui le plus qu'on pourra.
On lui demandera avoir communication des ordres que M. Bouthillier m'a mandé lui avoir baillés pour ce traité.
Que si on voyait que les Turcs ne voulussent rien faire, ou, comme ils ont coutume , ils voulussent faire un traité plein d'artifice ou de surprise , après avoir averti ledit Coquiel de se retirer, on tâchera à entreprendre sur les vaisseaux qui sont dans le port.
Que si lesdits d'Alger veulent traiter pour le bastion ', il faut, le plus qu'on pourra , s'attacher aux termes du traité dont nous avons baillé copie.
Que s'ils s'opiniâtraient à quelque article qui ne fût pas essentiel, il faudrait s'accommoder du mieux qu'on pourrait ; mais quoi que l'on fasse, il faut ravoir tous les chrétiens, en quelle forme et manière qu'ils aient été pris.
Pendant qu'ils seront à la rade, ils ne laisseront entrer ni sortir aucun vaisseau , jusques à ce que le traité soit fait ; et en cas qu'il ne se fit de traité et qu'ils eussent arrêté quelques vaisseaux , ils les emmèneront en France pour être jugés, et feront de même des vaisseaux turcs qu'ils pourront rencontrer à la
' A six millet de Itone , ver» l'orient . court : l'une au nord où tout les magasin»
entre les royaumes d'Alger et de Tunis , le de blé et de marchandises , et plusieurs
cap ISègre et le cap de Roses, il y a un fort chambres où demeurent ceux qui ont l'in-
qu'on appelle le bastion de France , il y avait tendance du fort ; l'autre, qui est beaucoup
autrefois à trois milles de ce fort un édifice plus spacieuse , est située près d'uu rivage
qui portait le même nom , bâti l'an t56o par sablonneux , où abordent les barques qui pè-
deux marchands de Marseille , du consente- chent le corail. Il y a prés de cette cour une
ment du grand -seigneur, pour servir de ma- chapelle où les Français font leurs dévotions ,
gatins et de retraite a ceux qui péchaient et un cimetière a coté. Entre la chapelle et
le corail, ce qui y faisait fleurir le commerce les jardins , il y a un hôpital pour les ma-
pour les grains , la cire et les chevaux, qu'ils lades, et entre deux cours vers le midi , un
transportaient et qu'ils achetaient à meilleur grand bâtiment qu'on appelait le twlinn
prix que dans l'île de Tabara, où les Turcs les Relation universelle de t Afrique. Ucsdix
davantage. Ce fort a deux t. Il
AU BOI D'ALGER, ENVOYANT LE SIEUR DE MONTICNY , VICE-AMIRAL, AVEC UNE PARTIE DE L'ARMÉE NAVALE POUR FAIRE UN BON TRAITÉ DE PAIX
entre le roi de france et celui d' alger qui commande la milice , et retirer tous les esclaves ou bien romprb absolument.
Illustre seigneur,
Les intentions du roi mon maître ayant toujours été d'établir une bonne correspondance avec la ville d'Alger, y ayant pour cet effet envoyé en 1628, le sieur Sanson Napollon, et depuis quelques autres personnes de considération ; mais ne s'étant point trouvé lieu d'affermir avec vous et les seigneurs et chefs de la milice d'Alger une paix de longue durée, sa majesté désirant en venir présentement à quelque effet , et savoir comment elle doit user à l'avenir avec vous , m'avait ordonné de faire voile avec toute son armée navale, d'aller mouiller à la rade d'Alger, et de n'en point lever l'ancre que ledit traité de paix ne fût fait ou failli ; mais ayant été obligé de demeurer sur les côtes d'Italie pour m'opposcr aux grands secours que le roi d'Espagne veut faire passer de Naples et Sicile , pour la délivrance de la ville de Turin, capitale de Piémont, puissamment assiégée par sadite majesté , j'ai donné le même pouvoir que j'avais au sieur commandeur de Montigny, vice-amiral, et commission d'aller mouiller à votre rade avec une partie de ladite armée , pour traiter avec vous , et en vertu du traité retirer tous les esclaves français ; vous promettant de ratifier et faire ratifier pr sa majesté tout ce qu'il fera avec vous. Si néanmoins vous estimiez que ma présence fût entièrement nécessaire pour la conclusion dudit traité, je ne manquerai pas au premier avis que j'en aurai de m'y rendre incontinent avec tout le reste de l'armée ; mais je vous crois avec tous ceux qui ont pouvoir dans votre conseil , si désireux de votre tranquillité, que vous ne voudriez pas eu reculer rétablissement par la perte de l'occasion qui s'en offre présentement à vous, laquelle je m'assure que vous embrasserez ; et sur cette assurance, je suis , Illustre seigneur, Sourdis , archevêque de Bordeaux.
A borJ de l'amiral. A !■ rade Je Porto-Veccbio , le i3 octobre 1640.
LETTRE DE IL L'ARCH. DE BORD. — OCT. 1G40. V29 Dans le cas où le traite d'Alger ne serait pas conclu, M. de Montigny devait se rendre à Tunis pour entamer une pareille négociation.