ORDRE DU CARDINAL DE RICHELIEU
S0B LE TRAITÉ D'ALGEK.
Le sieur Luquet demande qu'on lui mette enU-e les mains vingt-trois Turcs qui sont à Toulon, plus treize qui sont sur les galères; tous vieilles gens, à ce qu'il dit, et de peu de service, pour donner eu échange de deux cents Français du bastion et quelques autres qu'ils appellent francs, c'est-à-dire qui ont été pris sans combattre, qu'il dit devoir être rendus par ceux d'Alger sur la parole qu'on leur a donnée de rendre les susdits Turcs.
Il est certain que du Coquiel n'a point eu d'ordre de promettre de rendre les Turcs qui sont en France, qu'à condition qu'ils rendissent tous les Français qu'ils détiennent, ce qu'Us n'ont fait ni promis, ledit du Coquiel «'étant contenté de stipuler la reddition de trente-six Turcs pour les Français ci-dessus spécifiés.
Ainsi, il reste entre les mains de ceux d'Alger les Français qui ont été pris en combattant, dont on ne sait pas le nombre; et en France il reste les Turcs qui ont été pris sur les galères d'Espagne.
Il est dit, par l'un des articles du traité qu'a fait du Coquiel , qu'il sera pourvu dans peu de temps à la délivrance des uns et des autres, et que cependant les Français qui sont en Alger se pourront délivrer en payant ce qu'ils ont coûté au chéic, ce que nous croyons être la première (bis qu'ils ont été vendus.
Il est à craindra que si on ne satisfait à ce que du Coquiel a promis, les Turcs ne reprennent le bastion et tous ceux qui y sont.
D'autre part, il est certain que du Coquiel n'a pas suivi ses ordres, et qu'il y a à redire à son traité.
ORDRE. — JANVIER 1641. m
Je prie monsieur de Bordeaux de voir, étant sur les lieux, tous ceux qui sont les plus entendus en ce genre d'affaire, et aviser ce qui se pourra et devra étçe fait , tant pour la délivrance des chrétiens que raffermissement du bastion et la réformalion du traité.
Le quatrième article dudit traite porte que ceux d'Alger ne pourront entrer dans les vaisseaux français pour les visiter, ni battre aucun pour faite confesser s'ils ont des marchandises appartenant aux ennemis de a ux d'Alger, lesquelles ils déclareront sans contrainte et les délivreront en leur pay ant le nolis.
Si on peut ajouter, au lieu des mots soulignés, ceux qui suivent marqués de points, ce sera le meilleur; mais en tout cas, si on n\ met ni les uns ni les autres, on s'en pourra contenter.
Il semble qu'il faudrait ôter les mots soulignés, eu sorte qu'il fût dit absolument que ceux d'Alger n'entreront point dans les vaisseaux français, et ne leur feront aucun déplaisir, sans s'enquérir quelles marchandises ils porteront, la navigation demeurant entièrement libre selon les capitulations que le roi a avec le grand-seigneur.
Depuis le traité de Coquiel il a été écrit une lettre du roi au pacha d'Alger, par laquelle sa majesté lui témoigne avoir été contente d'apprendre la bonne disposition que ceux d'Alger ont à la paix; mais que pour la rendre entière et parfaite, il est nécessaire de rendre les prisonniers qu'on a de part et d'autre , et «l'ajuster certaines choses qui ne sont pas assez éclaircies dans le projet d'article qui a été dressé, ce quelle remet à Coquiel de lui faire entendre.
Il faut savoir à Marseille ce qui a été fait eu suite de cette lettre.
Si on peut réduire les choses à ce point qu'on rende tous les Français pour tous les Turcs qu'on tient , le roi en serait très-content; mais il est à craindre que ceux d' Alger consentiront difficilement à cet échange réciproque, maintenant que du Coquiel a fait un traité qui n'est pas tel qu'il devrait être.
En cette considération , M. de Bordeaux , après avoir écouté Luquet et ceux qui font pour du Coquiel , et consulté tous les gens les plus entendus et désintéressés en cette affaire , il y fera tout ce que la H. 53
raison et la charité requerront, la réputation du roi étant conservée. Je lui déclare en mon particulier que s'il ne tient qu'à donner quelque somme raisonnable d'argent pour aider à retirer, tous nos Français esclaves, j'y donnerai volontiers du mien jusqu'à vingt mille livres.
Je prie donc encore monsieur de Bordeaux d'apporter tout ce qu'il pourra en cette afiàire pour en sortir à l'amiable ; et si ceux d'Alger ne le veulent faire, il faut se résoudre dans l'été qui vient de leur faire faire de force.
Si M. le cardinal de Lyon est à Marseille, monsieur de Bordeaux prendra son avis sur ce sujet.
Le Cardinal de Richelieu.
AVIS
PRIS EN PRÉSENCE DE MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE LYON , TOUCHANT LES TRAITÉS D' ALGER FAITS PAR COOUIBL.
Il a été résolu tout d'une voix que le roi ne pouvait, avec sûreté ni honneur, ratifier le traité fait par le sieur Coquiel , puisqu'il est contraire aux capitulations que le roi a avec le grand-seigneur, et qui met les sujets de sa majesté en état d'être pris et pillés, toujours sous prétexte d'avoir des marchandises des ennemis, ou d'avoir combattu, sans que le roi puisse jamais châtier leur insolence, d'autant que dèslors que l'on touchera au moindre de leurs vaisseaux , ils s'en vengeront toujours sur le bastion, où il y aura toujours trois ou quatre cents hommes et force effets, ce qui leur en redoublera l'envie, si ce n'est qu'ils voulussent absolument faire un traité de rendre généralement de part et d'autre tout ce qu'il y aurait d'esclaves, et donner en France de» otages pour le bastion ; mais parce que ledit Coquiel , sous prétexte de ce traité, a donné des otages dans Alger, remis dans le bastion tous ceux qui ont été délivrés et mis quelques edets dans ledit lieu, il semble que la pitié requiert que l'on fasse quelques petites avances en rendant une partie de ce qu'ils demandent, et uon le tout, afin de pouvoir donner le temps audit Coquiel de faire ses eflorts pour
AVIS. — AVRIL 1641. * 435 faire le traité général conforme à la dignité de sa majesté , ou de retirer les chrétiens et effets qu'il a en ce pays-la , de peur que si l'on ne faisait rien du tout, cette canaille ne se saisit encore une fois de tout ce qui est en ce pays-là, si on ne leur témoigne en quelque sorte vouloir commencer l'exécution de ce qu'ils ont projeté.
Si son éminence commande à son secrétaire d'ajouter ou de diminuer à la résolution qu'il lui a plu de prendre sur le fait d'Alger ce qu'elle ordonnera , il sera à l'instant exécuté , le projet ci - dessus n'étant qu'un mémoire de ce qui fut si disertement et si équitablement prononcé pr son éminence.
F-iil à Aubravnc , ce j6 jrril i6ji
M. de Bordeaux étant retenu sur les côtes de Catalogne, donna le pouvoir suivant à M. de Montmeillan.
Al BACHA DR TUNIS , ENVOYANT US SIEOI DE MONTMEILLAN A LA CÔTE DE BARBARIE AVEC UNR ESCADRE DE VAISSEAUX POUR RENOUVELER LE TR UTÉ.
Très-illustre seigneur ,
Ayant eu ordre du roi de m'en aller à Tunis pour savoir de vous si vous désirez demeurer dans les formes du traité de paix fait avec le grand-seigneur, en rendant tous les sujets de sa majesté qui sont détenus à Tunis, comme sadite majesté tous fera rendre ceux de Tunis qui sont en France, et me trouvant occupé en ce^te côte contre les Espagnols , j'envoie le sieur de Montmeillan a«ec une escadre attendant que j'y arrive pour traiter avec tous. Vous ajouterez, s'il vous plaît, créance à tout ce qu'il vous proposera, vous promettant que je ferai exécuter en France le traité qu'il aura fait avec vous; et pour plus grande assurance de vous rendre les Musulmans de Tunis et «les lieux dépendants pour les Français que vous renverrez , ledit sieur de Montmeillan a ordre de nous de vous laisser des persounes de con-
dition pour otage, en cas que vous le desiriez. Et me remettant à lui de vous faire savoir plus amplement l'intention de sa majesté , je ne ferai celle-ci plus longue que pour vous assurer que je suis ,
Mon très-illustre seigneur , votre , etc. LETTRE DU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII,
1U DEY DE TUNIS, ENVOYANT POUR FAIRE UN BON TRAITÉ DE PAIX ET ALLIANCE ENTRE LA FRANCE ET LEDIT TUNIS ET DEMANDER LES
prisonniers français qui ont ete pris au préjudice du traité fait entre le roi de france et le grand-seigneur.
Illustre seigneur,
Ayant été informé par le sieur Lequeux des bonnes volontés que vous avez témoignées depuis la mort de Murat-Dey votre prédécesseur, nous avons bien voulu envoyer vers ledit Tunis le sieur archevêque de Bordeaux , notre lieutenant-général en nos armées navales et de terre , ou tel autre de sa part qu'il avisera, lesquels avoir témoigné de notre part notre ressentiment, vous proposeront quelques articles pour traiter avec vous une bonne correspondance , et vous demanderont, pour cet effet, suivant l'ordre que nous leur eu avons donné, tous nos sujets détenus audit Tunis au préjudice des capitulations que nous avons avec notre très-cher et parfait ami le grand-seigueur , et de la bonne intelligence qui passe entre nous, nos empires et sujets. Notredit lieutenant-général, ou celui qu'il commettra de sa part, a ordre d'envoyer en échange tous les Turcs qui sont dans nos galères ; moyennant quoi , ils se comporteront à l'égard de ceux de Tunis comme les autres sujets de notr» très-cher et parfait ami le grand-seigneur. A ejuoi nous assurant que vous ne trouverez point de difficulté , nous ne ferons point cette lettre plus longue, que pour souhaiter que vous viviez longuement.
LOUIS
Bouth ILLIER.
Donne n Chantilly, Ir S avril iGji.
avril m\.
Ml
A CELUI Ql'l COHMAKDE A TUNIS.
Très— illustre sbigneur,
Ayant reçu commandement du roi de faire voile avec son armée vers votre ville de Tunis , pour renouveler les anciens traites de paix faits et si long-temps gardés , observés par ses prédécesseurs et les grands-seigneurs , deys et chefs de votre milice , retirer tous ses sujets que l'on tient au préjudice des traités , mais étant obligé de demeurer sur les côtes d'Espagne avec la plus grande part des vaisseaux de sa majesté pour empêcher les secours que le roi d'Espagne prépare, j'ai donné commission au sieur de Montmeillan de vous aller trouver pour le renouvellement et exécution dudit traité , ayant le même pouvoir d'agir auprès de vous que si j'y étais en personne ; promettant de ratifier et de faire ratifier au roi mon maître tout ce qu'il fera avec vous; si néanmoins vous estimiez que ma présence y fût tellement nécessaire qu'il ne s'y pût rien conclure sans moi, je ne manquerai pas, au premier avis que j'en aurai, de m'y rendre aussitôt avec tout le reslc de l'armée; mais je m'assure que vous n'apporterez aucune difficulté en une affaire si juste et si nécessaire à la tranquillité de votre Etat, et si désavantageuse à nos ennemis communs, qui fondaient une partie de leurs desseins sur notre mésintelligence passée ; c'est pourquoi je ne ferai point cette lettre plus longue , que pour vous assurer que je