‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 143 sur 226 · DE CF. QUI S EST PASSE A TUNIS A LA MORT D ISSOI F-DEV · texte numérisé non relu

DE CF. QUI S EST PASSE A TUNIS A LA MORT D ISSOI F-DEV

Itisouf-Dey étant demeuré malade de fièvres à quatre-vingts ans environ , fièvres malignes dont il est mort depuis, Stamurat s'aboucha avec Osta-Mamy-Ferrarey, renégat tout-puissant , et lui dit qu'il fallait que l'un d'eux se fit roi, et mettre la main à l'œuvre pour cet ellet sans retardement. Ledit Osta-Mamy feignit de trouver impossibilité à la chose; et ayant vu entrer dans le département de Issouf-Dey ledit Stamurat, établit des gardes aux portes qui l'empêchèrent d'en plus sortir; cepembuit , avec trois cents renégats bien armés, il se rendit maître du palais dudit Issouf-Dey , et envoya chercher tous les grands qui pouvaient prétendre à la royauté, jusqu'au nombre de quatre-vingt-dix , les désarma et envoya en une chambre sous bonne garde, puis fit venir Stamurat, lui dit qu'il avait en sa puissance ceux qui pouvaient résister à son établissement et les lui fit voir; après , ils firent assembler un grand nombre de renégats pour se saisir de la citadelle. On tira aux billets pour savoir qui ferait l'entreprise; le sort de la tentée échut à deux de Marseille et un d'Antibes, qui la nuit se coulèrent vers la porte, à l'ouTerture de laquelle, le matin, ils saisirent le capitaine qui la fit ouvrir, tirèrent un coup de pistolet pour signal à Stamurat, qui était proche, de s'avancer : ce qu'il fit, et se reudit maitre. Après, il se fit prêter serment de fidélité par tous les grands, chassa ceux qui lui étaient suspecte, et fit publier une loi pr laquelle il est défendu de plus établir a l'avenir des Turcs à la royauté, mais seulement des renégats , augmentant par ce moyen l'envie à tous chrétiens de renoncer à leur foi et se joindre à sou parti. Depuis, ledit Stamurat a fait son séjour dans ladite citadelle, et n'en a jamais sorti que ledit Osta-Mamy n'y soit resté pour commander, ledit Stamurat ne pouvant encore s'assurer contre les renégats d'Andalousie, qui sont au nombre de plus de trois mille, qui ont un roi qui défère audit Stamurat, mais qui lui est suspect, et dont on croit qu'il se défera en peu de temps. Le sieur Steel de cette ville, qui m'a fait rapport de ce que dessus, était à Tunis il y avait long-temps, libre, lors de la mort d'Issouf-Dey ; et comme il

avait part à l'affection de Stamurat, il assure qu'il a en grande vénération sur tous les hommes le roi de France , qu'il estime le plus généreux prince de la terre et parle de ses actions avec éloges. Il parle aussi avec grand respect de son éminence ; et toutes les fois qu'il arrive quelques heureux succès contre nos ennemis, il en témoigne joie , et envoie chercher d'un Français le portrait de son éminence, qu'il considère avec admiration qu'un homme fasse tant de merveilles: ce qu'il fit après la bataille de Leucate , et plus particulièrement après la nouvelle de l'attaque et prise des îles, dont il tient le plan dans sa chambre. Ledit sieur Steel m'affirme qu'aussitôt que ledit Stamurat eut avis que les vaisseaux du roi allaient en ses mers, il envoya ordre au capitaine qui commande dans la Goulette de les saluer de tout le canon s'il les découvrait, et de les assister de tout s'ils approchaient avec besoins; il fit de plus commandement à la douane de tenir prêts neuf bœufs, viugO-quatre moutons et mille pains de la grandeur des nôtres de Gonnesse, avec d'autres rafraîchissements, qui furent mis à part pour chacun des vaisseaux du roi, et fit publier permission à tous les Français de s'embarquer pour aller auxdits vaisseaux dès qu'ils les pourraient voir. Depuis, ayant su qu'en la prise faite par M. de Chastelux il y avait quatre Turcs de Tunis, il a écrit à MM. les consuls de cette ville de les lui renvoyer, et donner charge audit sieur Steel d'en prendre un soin particulier, n'ayant cependant voulu permettre à Tunis qu'il s'y fit achat d'aucun Français, quoique ceux d'Alger y eussent mené leurs meilleurs esclaves. En étant donc averti, j'ai pris occasion d'écrire audit Stamurat, et lui ai témoigné la joie que j'avais et que sa majesté et éminence auront de son heureux établissement à la place d'Issouf-Dey, de l'occasion particulière de lui complaire en faisant mettre en liberté et bien traiter ceux de Tunis qui sont à Toulon pour les lui renvoyer aussitôt que j'en aurais reçu l'ordre de son éminence, je serais assuré s'il voudrait rendre les Français et renouveler le traité fait par sa majesté avec Issouf-Dey. J'ai aussi écrit à Osta-Mamy-Ferrarey pour lui témoigner la reconnaissance qu'ont tous les honnêtes gens de la justice et faveur qu'il départ aux Français, Le priant de continuer à favoriser les défenses faites par Stamurat d'acheter a Tunis les Français qui y ont été et seront menés par ceux d'Alger, l'assurant de la gratitude

• if sa majesté et de son éminence. J'ai remis ces lettres en mains dudit sieur Steel , qui leur écrit de sa part, et donnerai ordre à Toulon de faire tirer de la chaîne les Turcs dudit Slamurat, qui sont : Marné, Atafly, Allayn, Mouznos et son fils, et ferais de même du schérif s'il n'était mort. Cependant j'attendrai les ordres de son émineuce sur ce sujet.

Mais la saison s'avançant , et les négociations traînant en longueur, M. de Montmcillan fut obligé de remettre à la voile sans rien conclure encore cette année.

Le rapport suivant, envoyé à M. le cardinal de Richelieu à la lin de l'année i64opar M. le commandeur de Virville, de l'ordre de Malte, capitaine de galère, offre les détails les plus circonstanciés et Je* plus étendus sur l'ordredes saluts, signaux et commandement d'attaque ou démarche, relatifs aux vaisseaux ronds et aux galères, dans l'Océan et dans la Méditerranée. Un grand nombre de faits historiques sont cités à l'appui des différentes assertions contenues dans ce mémoire, qui présente ainsi un tableau très-complet des usages et de la manœuvre de la navigation de ce temps-là. Ce grand travail servit plus tard à baser l'ordonnance de 1688 sur les saluts. En songeant d'ailleurs que les causes ou les prétextes d'un grand nombre de guerres maritimes ont été des refus ou des exigences de saluts , on appréciera l'importance de ce document , auquel les questions de préséance soulevées en i64« par les Barccllonais pendant la révolte de Catalogne, donnent encore un nouvel intérêt.

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