‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 144 sur 226 · ET VAISSEAUX RONDS, EN L'OCEAN. — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

ET VAISSEAUX RONDS, EN L'OCEAN. — DÉCEMBRE

En toutes les armées navales des vaisseaux ronds ou navires , trois oui dignité, rang et qualité :

L'amiral , vice-amiral , et contre-amiral ; les autres prennent leurs

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lieux et postes de navigation et combat, selon l'ancienneté des capitaines, grandeurs des navires, ou la volonté et ordre des généraux ou lieutenants-généraux, si, comme c'est le plus ordinaire, le grand-amiral n'y a pourvu, auquel cas le général ne peut altérer ses commandements.

Ces trois vaisseaux sont distingués , remarqués et reconnus par la diversité des lieux où ils portent leurs pavillons , étendards ou bandières, terme assez familier en la Méditerranée.

L'amiral porleson pavillon ou étendard au haut de son mat principal, appelé autrement arbre de maître, et par-dessus ses troisièmes voiles.

Le vice-amiral le porte sur le second mât vers la proue, appelé le trinquet, ou arbre de trinquet, par-dessus ses voiles.

Le contre-amiral le porte en son arbre de mesane ' par-dessus sa deuxième voile, lequel est plus proche de la poupe (pie tous les autres, et au-dessus du tillac et pont de corde. •

Les autres vaisseaux généralement portent leur pavillon à poupe en une haste* plantée prochedu relief du saint ou de la ligure qui donne le nom au navire.

Et tous portent leur pavillon si religieusement ès dits lieux que jamais ils ne les en ôtent : par exemple le vice-amiral se séparant par occasion ou fortune de temps de son amiral avec des autres navires de l'armée, ne bougera son pavillon de l'arbre du trinquet , et néanmoins commandera aux autres, et ainsi chacun des vaisseaux qui le portent à la poupe; et se commandent les uns aux autres selon l'ordre général de l'armée , donné avant que se mettre à la voile.

Le lieu le plus avantageux et honorable en la navigation, est d'être sur le vent, c'est-à-dire recueillir le premier le vent, considérable en ce que celui qui a gagné le vent sur un autre vaisseau peut , quand bon lui semble, fondre et voler sur l'autre, qui ne peut remonter contre celui qui a le vent gagné ; de façon que le vent venant du nord, l'amiral naviguant sera toujours le plus proche du nord , et les autres après selon leur ordre; et cela semble encore plus raisonnable parce que les amiraux étant d'ordinaire gros navires, ont besoin d'avoir plus de vent

ORDRE DES SALUTS. — DÉCEMBRE 1G40. 447 <|iie les autres pour naviguer, qu'étant sur le vent, le pavillon est eu lieu d'assurance et en état défaire la loi aux auti-es. Ces maximes m'ont semblé nécessaires à notre traité des salut*.

Sans doute toutes les citadelles, châteaux-forts et villes d'un monarque duquel est l'armée, doivent les premiers le salut à l'amiral, et cela est hors de difficultés.

Pour les vice-amiraux, il faut distinguer des citadelles, forts, châteaux et villes de deux classes, les mies royales , les autres du royaume seulement : les royales refusent le salut au vice-amiral que les autres lui accordent. Ainsi pouvons-nous dire du contre-amiral , à l'égard des citadelles, châteaux, forts et villes du royaume, qui exige d'elles le salut. Cela est fort arbitraire et dépend de l'ordre et volontédu grand-amiral.

Il n'y a poiut de difficulté aussi, que si nous étions en paix avec l'Espagne , (pie l'amiral du roi allant sous les forteresses de sa majesté catholique, elles ne lui dussent le salut; néanmoins ceux qui commandent ne doivent s'exposer à ce hasard ni aller dans les havres qu'ils ne soient assurés d'y recevoir honneur et contentement , si la nécessité ne les violente à le faire.

L'ordinaire des saluts des citadelles , forteresses , châteaux et villes, est de tirer quelques boites ou manteleU , et en dernier lieu quelques coups de canon avec la balle, c'est plus d'honneur que sans balle, mais se pratique fort peu.

Les vaisseaux répondent toujours en nombre impair 1 , 3, 5 , 7, 9. Lorsque l'amiral passe sept, il faut que ce soit pour un grand' extraordinaire, ou pour quelque grand personnage; car passant ce nombre, les trois batteries ont coutume de tirer, et tout le vaisseau salue ou tire.

Les amiraux des rois qui ne se cèdent les uns aux autres, ne s'entresaluent pas même en temps de paix et bonne intelligence , et ceux qui commandent évitent avec prudence telles rencontres.

Ia: vice-amiral d'une desdites couronnes, rencontrant un amiral de l'autre, est obligé de le saluer, si le vice-amiral tire trois coups , l'amiral d'un coup, et s'il en tire cinq, aussi s'il en tire sept ou plus, l'amiral lui en doit trois.

Si un vaisseau particulier d'une couronne armée en guerre salue

l'amiral d'une autre couronne , il ne lui répond qu'un coup , hors que s'il en tirait plus de sept, car alors il ne serait obligé à trois, mais à faire quelque civilité particulière au capitaine.

Le vice-amiral courant trouver son amiral, on ne salue guère à coups de canon ; s'il le fait, l'amiral ne répondra que d'un coup, et à plus forte raison le même s'observe à l'égard des autres vaisseaux inférieurs ou moindres.

Mais avant que passer outre en cette matière , il est à propos de savoir en quoi consiste le devoir d'un vaisseau envers l'autre son supérieur ; comme que ce soit , il consiste au salut. Le salut se fait en deux façons : l'une tirant le canon, l'autre, qui est plus considérée, amenant ou abaissant la voile des gages 1 bas et jusques sur la gage * ; et si le vaisseau a pavillon , le mettant bas tout-à-fait jusqu'à ce qu'il soit hors de la vue du vaisseau qu'il a salué.

De vaisseau particulier à vaisseau particulier, le plus fort fait la loi et se fait saluer. Le sieur de Manty , vaillant et entendu homme de mer , eut ce malheur. Gardant la côte, il se rencontra dans la Manche sous le vent d'une remberge anglaise 1 , laquelle se prévalant de son avantage et allant sur lui , l'obligea à abattre son pavillon , saluer et amener ses voiles. En ce cas, le plus fort et celui qui a le vent fait la loi; niais la plus vraie façon de se garantir de ces inconvénients est lorsqu'on se trouve en cette aire, de ne porter point le pavillon et faire son chemin comme un vaisseau battu du mauvais temps , ou de l'orage.

Par maximes générales, les vaisseaux de marchandises doivent les devoirs susdits aux vaisseaux de guerre , et outre ce, soufFrir la visite des vaisseaux particuliers, et laisser voir s'il y a des marchandises de contrebande. Le lieutenant et pilote du vaisseau font cette visite, et cependant le capitaine ou quelques officiers du vaisseau visité demeurent dans le bord du vaisseau de guerre.

De vaisseau de guerre à vaisseau de guerre , il n'y a point de visite , mais celui qui a rendu les devoirs et saluts est obligé d'envoyer sa patente au vaisseau de guerre pour voir si elle est bonne.

• Hunier. ' Vaisseau de guerre

' U huoe.

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