MAI
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT LES AFFAIRES DE CATALOGNE
Monsieur ,
11 est bien raisonnable que tous les serviteurs du roi se réjouissent des avantages que vous remportez tous les joui-s sur le» ennemis. Je loue Dieu en mon prliculier et le prie que cette bénédiction continue jusqu'à la paix. Son éminence a trouvé bon que Ton fit encore armer et mettre en état de vous aller joindre trois des meilleures galères de celles qui sont restées au port de Marseille, à la charge que lorsqu'elles vous auront joint vous y retourniez les deux prises qui ne peuvent être en état de servir que par l'alTaiblissement des nôtres, outre que le fonds d'un million, que nous ne pouvons faire augmenter, ne peut suffire à l'entretènement d'un si grand nombre de galères, et l'on estime plus avantageux et plus honorable d'en avoir vingt bonnes renforcées de chiourme que vingt-quatre faibles et qui ne pourront donner la chasse à celles des ennemis, n'étant pas plus fortes d'hommes qu'elles. J'envoie donc présentement les ordres à Marseille afin qu'en toute diligence l'on vous envoie ce renfort.
Monseigneur a trouvé juste que les galères, rentrant de reconnaître ou de quelque pays, eussent à aller rendre compte tout premièrement à celui qui commande en chef les vaisseaux et les galères.
Pour ce qui est du commandement entre les vaisseaux et les galères, comme cela ne fut pas hier bien déterminé, vous trouverez bon que je me remette à ce que son éminence en mandera; si ce n'est que l'ayant vue aujourd'hui , je puisse ajouter un mot à celle-ci.
Son éminence vous mande combien il est difficile d'ajuster un commandement de terre avec celui de la mer, principalement dans les mers d'Espagne, où l'on dit que les changements des vents sont si subits et si fréquents qu'il est besoin qu'un général puisse disposer sa partance à tout moment pour aller selon que la nécessité des affaires et le temps l'y obligent.
L'on estime qu'il est du service de son éminence de distribuer des blés de vos prises aux galères pour les faire convertir en biscuits , et qu'il y a avantage de toutes parts.
Le roi remboursera le prix des blés sur le fonds des galères, l'on a*»ure le prixdesdits blés, qui se pourraient gâter ou périr en mer comme a cuiflé faire le vaisseau qui en a reporté à Toulon; l'on gagne le tespm et le port du biscuit, qu'il faudrait aller faire et quérir en Provence; l'on évite la nécessité d'envoyer de l'argent comptant pour l'achat desrlits biscuits, que Ton paiera ici.
J'espère que bientôt vous et M. de Lamotte, ayant chassé les ennemis de Tarragone', soit par force du côté de la terre, soit par famine en empêchant que l'on ne leur porte de» vivres par mer, vous aurez la liberté d'achever le dessein de Coliioure ■ , et toute autre entreprise que vous estimerez utile au service du roi. Je prie Dieu qu'il y donne le succès que vous y souhaite,
Monsieur, votre, etc.
Dr Noyers.
Dr Rurl, et 0 mai
LETTRE DE M. DE NOYERS
* M. f.AKCHRVROUR DR BORDEAUX , TOUCHANT LES AFFAIRES DE CATALOOE.
Monsieur ,
Envoyez-nous, je vous prie , très-souvent des courriers à ce prix-là , H je vous assure que l'on ne leur plaindra point leur voyage. Prendre ou coulera bas les vaisseaux qui vont ravitailler le Roussillon, c'est en bon français prendre le Roussillon; et j'espère que, Dieu continuant»
• Tarragone, ville de Catalogne, pré» de petit! bâtiments peuvent seulement se mettre
Salscs , dans la Méditerranée, par 4>° W 5o" à l'abri dans son port.
N . et par i" o' 45" à l'O. tic Paris. Il y a • Coliioure, port dans la Méditerranée,
mouillage par six ou sept bras«es au large de tout auprès de Port-Vendres , qui lui reste
U ville, et plus au S. vis-a-vis une petite au S. Coliioure est situé au pied d'une haute
rivière, on trouve sept ou huit brasses. De montagne, par 4?* 5i' Si* et 6* 45' a" à l'E-
de Paris. Il s'y fait peu de commerce.
LETTRE DE M. DE NOYERS. — MAI 1641. 585
bénir les armes du roi et par mer et par terre , l'année ne se passera pas qu'elle ne remette le roi dans son entier domaine du Roussillon , qui sera une excellente clause du contrat de la donation de la Catalogne.
Personne ne doute qu'aussitôt que vous serez avec l'armée navale vers Tarragone et qu'ils verront M. de Lamotte venir à eux de l'autre côte , ils penseront à la retraite ; et ce que mande M. d'Argenson de la difficulté que l'on prévoit à la retraite de leurs canons n'est pas sans fondement , vu que la mer leur étant fermée, le chemin des montagnes est bien rude pour y passer de gros canons avec des misérables mulets.
Il ne se pourrait prendre une meilleure résolution que d'aller à Tarragone, puisque toutes les troupes de mer s'y trouvent engagées. J'espère que vous aurez assez de temps pour Colliourc et Roses ' après que vous aurez chassé les ennemis de Tarragone; et certainement l'on agira avec plus de fermeté et moins d'inquiétude dans le Roussillon, la tète de la Catalogne étant une fois bien assurée : ainsi tout ira au bien du service, et ce retardement se trouvera, Dieu aidant, utile pour le succès. Mon autre dépêche répondant à une partie des autres points des vôtres, il iip me reste qu'à vous assurer que je suis,
Monsieur, votre, etc.
Or Rncl, ce 5 mai tfi^i.
LETTRE DE M. D'ARGENSON A m. l'archevêque de bordeaux, pour des vivres.
MONSIEUR
J'envoie présentement vos lettre» pour M. le prince et pour M. l'archevêque de Narbonne. Il est parti hier une barque chargée de biscuits
• Rose», ville sur la cùte N. da golfe de Hovs en Catalogne, par <a° 10' N., et par o* & i l'E. du méridien de Pari». Le cap de RiMM est tri-*-élevC. Dès l'entrée de la baie de Frejus , jusqu'au cap de Roses, la côte
court an S.-S.-E. environ quatre lieues, et «ont toute» hautes terres entre les deux. Le cap de Roses est fort hant ; de ce cap aui îles Sainte-Marguerite, la cote court anN E. 7 ft. environ cinq lieues.
pour vos galères; j'en ai vu une ce matin que l'on charge de même pour partir ce soir, et comme j'ai témoigné au sieur Glaize le mécontentement que vous aviez de ce qu'il avait laissé passer ce jour de fort bon vent sans vous envoyer des biscuit», il m'a dit que la mer avait été si mauvaise ici qu'il était impossible de les charger. Je vous assure, monsieur, que je n'oublierai aucun soin de ma part pour faire que vous soyea content en tout.
J'ai reçu une joie extrême des heureux commencements de votre voyage de delà. Il parait bien à la contenance du duc de Ferrandine qu'il ne veut non plus de vos civilités en son pays qu'en Italie : j'avais long-temps bien cru que les galères d'Espagne ni celles de Doria ne vous attendraient point aux Alfages. J'ai nouvelles que les galères et vos vaisseaux de Provence étaient sur le pointde partir pour venir de deçà : je m'assure que vous leur envoyez ordre de demeurer à Cadequia , pour le Roussillon, et que vous n'en aurez pas besoin où vous êtes.
M. le marquis de Montpezat m'écrit de la mauvaise humeur du peuple de Cadequia , qui n'a voulu loger que les deux tiers de la garnison, et qui veut prendre des droits sur ce qu'on y apporte pour les gens de guerre , dont j'ai fait écrire aussitôt, par messieurs de la députation , des lettres fort bonnes au sieur Joseph Acosta et aux jurats de Cadequia, afin que toutes choses aillent là au contentement du sieur de Montpezat.
J'ai avis que les ennemis qui étaient à Fraga se sout retirés à Monçon, que le roi de Castille a refusé des armes et des munitions de guerre aux Aragonais, qui lui en avaient demandé, et qu'ils eu ont trouvé dans Saragosse, dont ils disent qu'ils se veulent servir contre les ennemis des Catalans, sans s'expliquer autrement. Je prie Dieu qu'il vous donne autant de gloire et de bonheur que vous en désire celui qui est de tout son cœur,
Monsieur, votre, etc.
Argejtson.
MAI 1641. 587 LETTRE DE M. LE PRINCE
A H. LARCHEVBQUB DE BORDBAUX , TOUCHANT SON ARRIVÉE A TARRAGONR ET LE SIEGE DE COUJOURE.
Monsieur ,
Ayant su votre arrivée à Tarragone, j'en ai ét** très-aise, parce que j'espère que vous arrivé là , en peu de temps nous apprendrons une heureuse issue des a Un ires du roi ; mais d'autre coté, songeant au Roussi lion et au siège de Collioure, qui est ma tâche, ne pouvant l'entreprendre que par votre aide, et que ne soyez de retour au Cadequia ' , je vous écris la présente pour seulement vous supplier de me renvoyer MM. d'Espenan et Reillac , et me mander par eux réponse au mémoire qu'ils vous ont porté. Je vous supplie aussi vous résoudre avec MM. de I^amotte-Houdancourt et d'Argenson :
Quel séjour vous ferez où vous êtes ;
Quand vous serez de retour au Cadequia ;
Et quand ils me renverront partie des troupes qu'ils ont , tant de cheval que de pied, afin que selon cela je prenne mes mesures , vous assurant que je serai tout prêt à entrer en Roussillon avec le peu que j'ai ici de reste, tant de cavalerie qu'infanterie , an 25 de ce mois. Je serai toute ma vie ,
Monsieur , votre, etc.
Henry de Bourbon.
Ce io mai iG)f.
Je vous supplie de donner à MM. d'Espenan et de Reillac uu brigantin pour s'en revenir. J'attendrai vos réponses à Narbonne.
• Cadequia, ou Cadeqnics, au fond d'une sur la côte S. de la baie de ce nom M y a
petite baie, entre la baie Rosa et le cap de mouillage ea dehort de cette baie, et endc-
Creaux. sur la cote orientale d'Kspagnc , dans, ily a quatre brasse*, quatre ou cinq mille* au N.-E. du fort Rota,
LETTRE DE M. DE LAMOTTE-HOUDANCOURT