‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 186 sur 226 · DEVANT TARRAGONE · texte numérisé non relu

DEVANT TARRAGONE

L'avis que messieurs de la députation et M. d'Argensoti donnèrent qu'il y avait dix-huit galères à Tarragone obligea l'archevêque de Bordeaux de ne poiut descendre à Barcelonne , afin d'employer le temps qui se fût passé en compliments, à tâcher de surprendre les ennemis. Il partit pour cet effet deux heures après y être arrivé avec les galères et que le pavillon du roi eût reçu le salut qui lui est dû par tous les princes de la chrétienté , et arriva à la petite pointe du jour audit Tarragone , où il ne trouva qu'un vaisseau de cinq à six cents tonneaux, mouillé si près du môle, sur lequel il y avait une grande batterie qui était, outre cela, défendue de toute la ville à la portée du mousquet, que n'y ayant rien à faire, il alla donner fond à la rade de Salses, d'où , aussi bien que de la ville , il fut tiré force coups de canon inutilement sans que les galères en tirassent un.

La nuit, une grande barque chargée de blé qui était sur le fort dudit Salses, attaquée parles Caïques des galères commandés par le capitaine Blanc, sous-lieutenant de la capitane, est enlevée et amenée sous l'étendard.

Le 5, les vaisseaux du roi arrivent et mouillent partie devant Tarragone et partie devant Salses, afin d'empêcher le secours de l'une et l'autre place.

La nuit, de petits brigantins catalans qui suivaient l'armée prirent une barque chargée de blé et de moutons qui allait à Tarragone , (rai donna des nouvelles qu'il en venait plusieurs autres de Valence.

Le 6, M. de Lamotte envoyant le sieur de Boissac pour conférer

• Quoique cette relation soit en partie de la maio du secrétaire de M. de Bordeaux

imprimée dans le recueil d'Anberv, on a cru et corrigée par lui , a été envoyée à la cour

la devoir donner en totalité pour la meilleure le ai mai 1641 . intelligence des événements. Cette relation ,

avec l'archevêque de Bordeaux , rencontre quatre cents chevaux sur le sable, qui étaient là pour empêcher la descente de l'armée navale; il les défait.

La nuit, les mêmes Catalans prirent deux barques chargées de poisson et de volailles qui allaient audit Tarragone.

Le 7, les sieurs de Bordeaux et de Lamotte t'abouchent et prennent la résolution de l'attaque de Salses.

La nuit, le sieur de Baume prit une barquette chargée de rafraîchissements, avec plusieurs dépêches pour ceux de Tarragone.

Le 8, l'armée de terre s'approche d'un lieu nommé Vilesca.

Le 9 , à la pointe du jour, le régiment de Provence avec quelque infanterie des Vaisseaux et celle des galères nouvellement prises suites ennemis, furent débarqués; l'artillerie, les plates-formes et toute la suite est mise a terre en même temps.

La place est reconnue par les sieurs de Bordeaux, de Lamotte et d'Espenan; les approches en sont faites à l'instant, les batteries en même temps faites, qui obligent les ennemis, le jour même, à se rendre à l'archevêque de Bordeaux; ledit sieur de Lamotte empêchant le secours qui pouvait venir de la ville , comme l'armée navale faisait celui qui pouvait venir de la mer.

La nuit du 9, le sieur Duquesne prend une barquerolle chargée de fruits, d'herbages et autres rafraîchissements, qui portait nouvelle que les galères d'Espagne étaient aux Alfages avec un grand vaisseau qu'elles déchargeaient et prenaient le blé.

Le 10 , tout ce qui avait été mis à terre est rembarqué.

La nuit, le vaisseau qui était devant Tarragone, où il avait été toujours conservé par quatre vaisseaux de guerre , est attaqué par le commandeur de Cbasteliux, lesdits sieurs Garnier, Duquesne et Daups, lesquels faisaient un si grand feu de leur artillerie dans la ville et camp des ennemis que le baron de Saint-Just , qui remorquait le brûlot , et le .sieur d' Aiguebonne , qui l'escortait , eurent moyen de l'amener h la portée du pistolet, lequel brûlot était commandé par le capitaine Ciret, qui l'aborda et le brûla. Et le sieur Delon, enseigne dudit sieur Garnier, retira le capitaine du brûlot , sans que la ville pût jamais recharger ses

canons après la première salve, tant le feu des vaisseaux était grand. La

quantité d'artillerie ne se connaissait que par les coups qu'il tirait

en brûlant, qui ont été trente de ses ponts, quatre de la chambre des

cauonniers.

Le 1 1 , l'avis du bateau pris par le sieur Duquesne fait partir l'armée pour s'en aller aux Alfages, laissant quatre vaisseaux pour la garde de Tarragone. Le soir même elle arrive au travers ; mais, le vent refusant l'entrée aux vaisseaux , les galères y donnent fond pour empêcher que rien n'en sortit.

Le 12, l'amiral y entre avec le vaisseau du sieur de Montmeillan et les galères, où l'on apprend nouvelle que des que les galères de France avaient paru, le duc de Ferrandine, avec dix-huit galères, était parti pour se retirer sous Peniscola.

Le 13, on envoie, à la pointe du jour, le sieur d'Aubigny, gou- " verneur de Montjouy, avec la galère du sieur de Pile , commandée par le sieur de Gravcson, pour reconnaitre le fort avec quelques mousquetaires. Il met pied à terre, et, durant que les ennemis s'amusaient de leur côté, les Caïques ' des galères, qui étaient armés à cet effet, soutenus par lesdites galères, enlevèrent, sous le feu, une grande polaque génoise, chargée de biscuit k Livourne, une autre barque de Gênes, chargée de blé et de riz, une autre vide qui était catalane.

Le jour même, le reste des vaisseaux arrivèrent aux Alfages, et particulièrement celui où est l'artillerie qu'on attendait pour l'attaque du fort. On fait battre ledit fort par les galères , en telle sorte que celui qui le commande le rend le jour même : il en sort un capitaine wallon, un lieutenant espagnol, deux alGers réformés, un catalan et l'autre espagnol , et quarante soldats espagnols naturels. La place est une grande tour carrée de dix à onze toises, bâtie dans la mer, massive jus" ques à trois toises de hauteur, dans laquelle il y a deux voûtes , l'une sur l'autre, dont les murailles qui les soutiennent ont deux toises et demie d'épaisseur , et, aux quatre coins , des chambres de même épaisseur qui flanquent toutes les faces et le pied de la tour. On a trouvé

1 Embarcation* et chaloupe*

dans ladite tour cinq pièces de fonte verte , savoir : deux de 24 , et trois de 6 , de 8 ; poudre , eau, pain et autres munitions plus qu'il n'en fallait pour un mots.

Le 14 , l'armée séjourne pour établir ce qui était nécessaire pour la garnison de ce fort.

Le même jour, un brigantin du commandeur de Chastellux prend une grande barque majorquaine chargée de biscuit, fromage, chairs et dix-sept cent soixante boulets de canon , dont ils ont grand besoin à Tarragone.

Le 15, l'armée séjourne, tant pour la maladie de M. l'archevêque de Bordeaux que pour donner lieu aux miquelets d'exécuter le dessein qu'ils avaient à terre , lequel ne put rien produire pour lors que la prise de deux mille bêtes à cornes et cinq ou six cents moutons ou boucs châtrés le long de la rivière de Tortose.

Le 16, la même maladie continuant , l'armée séjourne, et le même brigantin du commandeur de Chastellux prend une autre barque de Majorque chargée de lard et chairs salées , savon et autres nécessités pour Tarragone.

Le 17, l'armée part, après avoir laissé la garnison nécessaire dans le fort; à la mer, elle a connaissance d'un vaisseau et d'une barque; le commandeur de Chastellux, ledit sieur Garnier et une frégate «ont commandés de donner la chasse. La nuit, ce vaisseau, connaissant que ces vaisseaux étaient demeurés derrière pour lui , il vira à l'autre bord avec sa barque; et, se mettant au vent le plus qu'il pouvait , tâcha même à le gagner à l'amiral.

Le matin du 18, ce vaisseau se rencontre auprès d'un de ceux de l'armée, fait bonne mine et témoignant être du corps, et par un excès de civilité salue le pavillon de cinq coups de canon. Le sieur de Montmeillan, étonné de cette civilité extraordinaire , envoya sa chaloupe à bord pour le remercier, le suivant de si près avec son vaisseau qu'il l'obligea d'amener et venir à son bord , et à l'instant arriva le capitaine du vaisseau et de la barque au bord de l'amiral , qui se trouvèrent être un vaisseau de Livourne , charge de vin, de lard et chairs salées, et une barque de Sardaigne chargée de vin , lesquels avaient été expo-

diés pour Collioure; mais le malheur voulut qu'il y arrivât le jour même que les galères y furent prises, d'où le bruit du canon le fit retourner à la mer. Il tâcha d'entrer dans Roses , mais il fut averti par une barquerolle, qui en sortit durant un grand coup de vent, qui dit qu'il y avait telle garde devant la place qu'on n'y pouvait entrer. Delà il s'en alla a Majorque, où il eut commandement, à quelque prix que ce fût , de venir à Tarragone, où, étant venu, et ayant trouvé la garde qui l'empêcha d'entrer, il s'en allait aux Alfages pour chercher les galères: le même jour l'armée arriva devant Tarragone.

On a eu avis, par les diverses prises , que les galères d'Espagne ne se tenant pas en sûreté sous Peniscola, s'en étaient allées à Majorque, où ils prétendent faire le rendez-vous général de leur armée , tant de ce qui doit venir de Cadix que de Naples et Sicile.

Le 19, ledit sieur de Chastellux ayant pris un brigantin sortant de Tarragone, qui s'en allait donner avis aux ministres du roi de Castille de la nécessité de la place, on apprend par quelques dépoches que ce courrier avait jetées à la mer, que la nécessité était telle parmi les ennemis qu'ils n'avaient vu de pain il y avait trois jours, et qu'ils étaient réduits à manger un peu de froment broyé avec de l'huile.

M. d'Argenson en félicitant M. de Bordeaux de l'heureux succès des Alfages l'engage à rester toujours devant Tarragone.

A M. l'archevêque de bordeaux.

Monsieur ,

J'ai reçu par votre lettre que m'a rendue M. de Mondon, et par la copie de celle que vous avez remise à M. de Lamotte, la gloire que vous avez acquise à votre voyage des Alfages. J'espère que vous l'aurez

• Alfages, îles située» près l'embouchure au desaous de Tortote, aur la côte d'Espagne, de l'Ebre , qui te jette dan» la Méditerranée elles en sont an S. et au S.-O.

LETTRE DE M. D'ARGENSON. — MAI 1641. 599

aussi toute entière au succès de Tarragone, et que Dieu bénira ce dessein, que je tiens pour moi toujours le plus utile pour ruiner le pouvoir des Castillans de deçà , parce que j'apprends de tous côtés , et de Madrid même, qu'ils ne sont point en état de refaire une autre armée, s'ils perdent celle qui est dans Tarragone. Je sais bien que ceux qui voudraient que l'on fit autre chose, où il y a plusieurs personnes qui voudraient agir et acquérir de la gloire en leur particulier, pesteront peut-être contre nous ; mais je crois qu'en disant et en faisant toujours ce que nous estimerons être le mieux pour le service du roi, Dieu sera pour nous et en favorisera les événements. Au reste, monsieur, je vous remercie de tout mon cœur de la bonne correspondance avec laquelle vous vivez et agissez avec M. de Lamotte, qui s'en loue de telle sorte que je suis obligé de vous le témoigner, étant bien assuré que de sa part il n'oubliera rien aussi à faire de tout ce que vous désirerez pour votre contentement et pour votre gloire. Je vous écris et vous découvre ainsi ma joie sur ce sujet , parce que j'en avais assuré sur ce qu'il vous plut de me dire en passant à la vue de cette ville, et je vous assure que je n'ai point oublié de l'écrire ces jours passés où je l'ai dù , et où je suis certain que l'on en recevra aussi de la joie, qui ne préjndiciera point à ce qui pourrait être de vos intérêts, qui me sont toujours extrêmement chers, comme étant toujours, Monsieur, votre , etc.

ÀBOUMV.

A Barcelonne, ctnmii 164 1.

Je n'ai point nouvelles que ces galères d'Espagne aient fait aucune chose depuis que vos vaisseaux les ont chassées du golfe de Roses, comme vous avez appris.

Du i3 mai 'i j i , * Rarcelonne

Depuis ma lettre écrite, j'ai reçu des dépêches de M. le prince; je vous envoie celle qu'il m'écrit; elle ne contient au reste que ce qu'il vous avait déjà dit de sa part pour M. le baron de Pailleros; et surtout je vois qu'il désire savoir les troupes que l'on pourra lui envoyer, quelles troupes de notre armée de terre et notre armée navale , saus

troubler les desseins de deçà , tant qu'il y aura espérance de les poursuivre : ce sont les propres termes de la lettre que son altesse m'écrit. Trois galères des ennemis sont demeurées à Roses, si maltraitées par vos vaisseaux qu'elles n'ont pu se remettre à la mer; les autres dixsept, moins maltraitées, se raccommodent à Collioure, ainsi que j'ai appris de quelques mariniers.

Cette lettre de M. le prince de Condé semble accuser M. de Bordeaux du mauvais succès de l'attaque de Tarragone.

LETTRE DE M. LE PRINCE

a m. l'archevêque de bordeaux, touchant les vivres entres

a collioure.

Monsieur ,

M. de Chastellux vous porte toutes nouvelles de la cour. Votre absence à Tarragone, d'ailleurs, est cause de notre malheur, s'il est vrai que vingt-une galères d'Espagne aient porté des vivres pour deux ans à Collioure ; mandez m'en en diligence la vérité" , car je ne l'ai vraie. Pourvu que soyez de retour à Cadequia et que me veuillez assister d'entreprendre le siège que vous savez, dont je vous ai écrit; avisez-y avec MM. de Lamotte et Argenson, et que tôt je le sache, et me crois, Monsieur, votre, etc.

Henry de Bourbon.

N»rbonne , ce 11 mai 1641.

LETTRE DE M. DE NOYERS

A M. L'ARCHEVEQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT LES AFFAIRES DE CATALOGNE

Monsieur ,

Vous savez mieux que personne combien il est difficile de continuer long-temps à fournir des vivres à beaucoup de gens renfermés ; ainsi , Salses étant pris et vous donnant beaucoup de moyens d'empêcher (me

LETTRE DE M. DE NOYERS. — MAI 1641. 601

l'armée ennemie ne reçoive des vivres par mer, et le Cadequia lui fermant la porte du côte dé la terre , n'estimez-vous pas qu'un grand monde ne se trouve bientôt incommodé au pied des murailles de Tarragone? Si fait certainement, et d'autant plus que comme M. de Lamotte leur a fait quitter de bons postes qu'ils occupaient, par la scide épouvante et par la terreur que les armes du roi portent avec elles, le moindre effort que l'on fera contre eux est capable de les porter dedans des résolutions avantageuses au service de notre maître, et leur faire prendre le pirti auquel sont portées souvent des troupes intimidées et ébranlées, comme le doivent être celles-là. Quoi que ce soit, il faut travailler sur ce que les apparences raisonnables nous doivent persuader, et ne perdre pas un moment ni une occasion de chasser les Castillans dans la Castille, son éminence ne doutant pas que vous n'y contribuiez de votre prt tout ce que requerra le service du roi.

L'on n'omet rien du côté de Provence pour avancer le parlement de votre seconde escadre, et j'ai avis que déjà il en est parti quelque nombre de vaisseaux et des flûtes chargées de biscuits pour les galères , dont son éminence vous recommande de prendre le même soin que des vaisseaux, puisque les uns et les autres étant au roi, sous le commandement de son éminence, il est raisonnable de prévenir par devoir et par charité ce qui peut porter préjudice à tous ces deux corps. J'ai tout nouvellement envoyé des recharges à Marseille pour que l'on diligente au possible l'armement des galères que vous avez désirées pour renforcer votre escadre, et ne cesserai qu'elles ne vous aient joint, pour vous mettre toujours d'autant plus en état de servir et d'acquérir à la réputation des armes du roi les avantages que souhaite avec grande

Monsieur, etc.

LETTRE DE M. LE PRINCE

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT LES VIVRES ARRIVÉS

A COLLIOURB.

Monsieur ,

N'avoir pas été avec l'armée navale à Cadequia tous a ôté la victoire de vingt galères d'Espagne, qui sont arrivées à Collioure avec blés, chairs et argent, et ont tout déchargé et porté à Perpignan et autres places du Roussillon. Elles n'avaient la plus forte pas quarante hommes de guerre, mais à cette heure elles en remènent deux mille sept cents, fies troupes de Roussillon, * Y tant résolues à laisser seulement leurs places garnies de tout, et à ne point tenir la campagne. Elles ont pourtant laissé leur cavalerie : elles sont en triomphe et doivent partir aujourd'hui ; Ferrandine et Doria y étaient en personne. Nous savons tout ceci par le sieur Féraut, capitaine d'un de vos vaisseaux, qu'ils ont pris par composition : ils nous ont renvoyé ici ledit Féraut. Il venait seul de Toulon derrière vos autres vaisseaux, qui à cette heure vous auront joint. Pour moi, ce que je pourrai je le ferai, attendant de vos nouvelles. Résolvez-vous donc avec MM. de Lamotte-IIoudancourt et Argenson, et me mandez vos résolutions dont dépendent les miennes. Les régiments de la Couronne et des Vaisseaux arrivent; c'est à vous , à ce que l'on me mande, à les payer : mandez-moi où est leur argent, en attendant je les ferai vivre le mieux qu'il me sera possible, et suis ,

Monsieur, votre, etc.

Henry de Bourbon.

De Narbonnr, ce il mai iGjt.

MAI 1641. 603 Avis de l'arrivée de neuf vaisseaux de Provence à Dareelonne.

LETTRE DE M. D'ARGENSON

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

Monsieur ,

C'est pour vous douner avis comment ce matin à la pointe du jour neuf vaisseaux des vôtres sont arrivés à trois ou quatre milles d'ici, à la vue de ce port de Barcelonne avec une flûte qui était à Palamos; et sur les deux heures après midi, la vigie ayant signalé des galères du côté de levant, j'en ai aussitôt envoyé avertir vos vaisseaux, qui se sont joints ensemble et appareillé incontinent ; j'ai aussi fait en sorte que l'on tienne ici prêt le plus de barques qu'il se pourra armer , pour aider nos vaisseaux en cas qu'il y ait quelques combats; et maintenant nous découvrons de noire boulevart les galères, que l'on croit être au nombre de douze ou quinze sans vaisseaux. Elles semblent s'approcher de nos vaisseaux, mais à cause du grand brouillard nous ne pouvons encore juger certainement ni de leur nombre ni de leur route, autrement vous auriez ouï quelques coups de canon à la mer sur les trois ou quatre heures, auparavant que nous eussions découvert de nos boulevarts les galères; mais nous ne savons encore ce que c'est: si nous apprenons quelque chose de plus, vous en aurez avis aussitôt, et partout vous connaîtrez que je suis avec une entière affection ,

Monsieur, votre, etc.

Argenson.

A BwcctWNkf, ce »ï mai 16^1 , entre »ept ou huil heures du soir.

LETTRE DE M. DARGENSON

A M. l'archevêque de bordeaux, touchant le salut du pavillon DU ROI, par ceux de barcelonne.

Four n'arrêter point votre courrier ici, je vous dirai seulement que j'ai reçu par lui une lettre de M. de Chavigny, du 15 de ce mois, par laquelle il m'écrit que le roi fait réponse à la lettre que notre ville lui a écrite sur le salut du pavillon, et qu'il vous l'envoie. Mais comme je ne sais si c'est sur leurs difficultés premières ou sur celles qu'ils ont faites depuis, il serait bon de l'ouvrir et de la voir avant que de la donner; vous me l'enverrez donc, s'il vous plait, et me donnerez avis de ce que j'aurai à en faire, quoique je ne pense pas , en tous cas , qu'elle puisse rien gâter. M. le prince m'écrit une lettre où il est fort en peine de Collioure, pree que vos galères d'Espagne y ont été après le combat de vos trois vaisseaux qui les avaient si malmenées, mai» elles ne peuvent y avoir mis tant de désordre aux affaires comme il en prend l'alarme avant que d'en être pleinement informé. Aussitôt que j'aurai dépéché les courriers que je dois envoyer à la cour porter les conditions du traité que ces messieurs ont concerté et qu'ils achèvent aujourd'hui de convenir entre eux , j'irai à l'armée par terre pour servir de met petits avis ainsi qu'il vous plaira; mais je ne puis partir d'ici avant et laisser cette affaire imparfaite en cette conjoncture présente sans la ruiner visiblement. Je suis avec la passion que je dois, etc.

LETTRE DE M. LE PRINCE

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