SUR LES GALERES ET L'ÉTAT DE TARRAGONE
Monsieur ,
J'ai reçu ici , à mon retour de Lérida, les lettres qu'il vous a plu de m'écrire, des 4, 12, 14 et 17 de ce mois; sur toutes lesquelles, pour y répondre, je vous supplierai, en premier lieu, de commander que ces Catalans qui sont sur les galères soient traités avec la douceur que vous avez approuvée , en attendant que nous ayons les ordres nécessaires de son éminence pour les délivrer, et d'en écrire s'il vous plait à la cour, comme je ferai aussi à la première occasion.
J'ai été fort réjoui de l'avantage que vous avez eu sur les galères des ennemis, qui n'ont osé demeurer plus long-temps à votre vue. Le dessein qu'ils avaient de jeter des hommes dans Tarragone était pour en tirer pareil nombre, suivant leur ancienne résolutiou, comme j'apprends aussi que l'on l'a su de quelques prisonniers pris au combat de l'armée de terre, qui disent tous la grande nécessité qu'ils ont de vivres dans Tarragone. Ainsi que l'on me l'écrit, ceux d'Aragon se sont assemblés le 15 de ce mois, à Saragossc, pour se résoudre sur la demande de quatre mille hommes de pied et de mille chevaux , que leur font les ministres d'Espagne. J'ai vu à Lérida une personne de
cette province d'Aragon , qui témoigne d'assez bons sentiments; je n'ai rien oublié pour les confirmer et pour empêcher qu'ils ne servent aux Castillans ; mais je ne sais si l'effet en sera comme nous avons à le désirer.
Pour le dessein dont il vous plait de m'écrire , je ne puis vous dire autre chose que ce qui fut trouvé fort considérable au conseil que vous avez tenu avec MM. les capitaines de marine, où était M. de Lamotte ; et comme ce sont choses où il faut des connaissances de la mer bien plus grandes que les miennes, et qui doivent être résolues sur l'occasion présente et bien entendue de l'état des ennemis et de leurs forces à chaque moment, je ne vous eu puis rien écrire de si loin; et quand j'aurais assez de lumière des choses pour le pouvoir faire , je penserais, en le faisant , n'être garant que de mon intention, qui sera toujours entière pour le service du roi et pour votre gloire, que je désire sur toutes choses , et que vous me fassiez l'honneur de croire que je serai toute ma vie, comme je dois, monsieur, votre, etc.
ArGENSOK.
A Barcdonoe , I. 19 juin 164 1
J'ai envoyé votre paquet à monseigneur le prince.
LETTRE DE M. LE PRINCE
a m. l'archevêque de bordeaux, touchant tarragone et colliolre. Monsieur ,
J'envoie ce porteur exprès, tant pour savoir de vos nouvelles que l'état au vrai des affaires dé Tarragone , dont j'attends l'événement avec impatience. J'ai pris Canet, Argelès et la Roque, et tout ce que les ennemis teuaient dans le plat pays , sans rien excepter, fors Collioure, Perpignan, Salses et Elne. J'ai assiégé cette dernière; si, quand nous l'aurons prise , l'affaire de Tarragone était finie, et que vous fussiez de retour au Cadequia, dès le lendemain , vous et moi attaquerions Coliioure, lequel pris, le Roussi lion serait sûr au roi. Dieu me fasse la grâce de vous voir bientôt cette affaire de Tarragone
LETTRE DE M. LE PRINCE. — JUIN 1641. 631 bien finie. Il vous Tient trois galères de Marseille. Et je suis, et de tout mon cœur , monsieur, votre , etc.
Henry de Bourbon.
De Narbcnne , <c 19 juin i6ji.
LETTRE DE M. LE PRINCE
A H. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, DISANT AVOIR ORDRE DU CARDINAL DE RICHELIEU DE LUI DIRE DE DEMEURER DEVANT TARRAGONE.
Monsieur ,
J'ai reçu lettres df M. le cardinal, par lesquelles il m'ordonne de vous mander de ne bouger de Tarragone que l'affaire ne soit laite ou faillie : c'est le sujet de la présente , et vous assure que vous ne pourrez rien faire de plus agréable à M. le cardinal, qui croit que de «•eue affaire dépendent toutes les autres; pour moi, je lui veux obéir et assister M. de Laraotte et vous, en tout et partout, à l'exécution de ce dessein. Je vous supplie de me croire, monsieur , votre , etc.
Henry de Bourbon.
Si vous avez besoin de poudre , mandez-le-moi , je tâcherai à vous en faire envoyer.
Dr Marbnnne , ce n juin 1641.
M. Bidaud donne avis à M. de Bordeaux du départ de la flotte espagnole destinée à ravitailler Tarragone.
LETTRE DE M. BIDAUD
a m. l'archevêque de bordeaux , touchant l'assemblée des vaisseaux
pour tarragonb.
Monseigneur ,
Je vous ai mandé, par ma dernière , que les galères de Naples se préparaient pour aller joindre les vaisseaux et les autres escadres des galères ennemies en Espagne; j'en viens de recevoir la confirmation ,
et qu'au nombre de vingt bien équipées elles partiraient dès lors que celles qui ont porté l'amiral de Castille en Sicile seraient de retour à Naples. On y ajoute que le dessein des ennemis est de Tenir avec toutes leurs forces de mer à Roses, avec les munitions et provisions nécessaires pour les places du Roussillon; qu'en cas que ledit Roses fût attaqué, ils donneront bataille à votre excellence pour secourir ladite place, qu'ils sont résolus de conserver à quelque prix que ce soit.
Nous n'avons rien que ce soit du Piémont et d'Allemagne. On écrit de nouveau la mort de M. Bannière le 24 du passé ; mais il a eu si bon loisir pendant sa maladie à donner les ordres nécessaires, et établir des chefs pour commander, que cela ne changera point la face des a flaires. On confirme de toutes parts le soulèvement du Brésil , et l'on me mande fie Rome que les ambassadeurs du nouveau roi de Portugal y seront reçus et à Venise aussi , nonobstant les instances des ministres d'Espagne. Je vous supplie de conserver dans l'honneur de vos bonnes grâces ,
Monseigneur, votre, etc.
Bidaud.
A G*n«-«, ce a3 juin ïGji.
M. le prince prie M. l'archevêque de Bordeaux d'envoyer quelqu'un pour conférer avec lui, MM. de Lamotte et d'Argenson , touchant le siège de Tarragone.
LETTRE DE M. LE PRINCE a m. l'archevêque de bordeaux- Monsieur,
Ayant commandement du roi de conférer avec quelqu'un de votre part et de celle de M. de Lamotte, comme aussi avec M. d'Argenson en personne, sur l'affaire de Tarragone, je vous fais la présente pour vous en donner avis, et vous prier d'envoyer sans retardement celui que vous destinerez pour cette conférence à Ceret, où je me trouverai sans faillir le 29 de ce mois. Nous prendrons par ce moyen une bonne
LETTRE DE M. LE PRINCE. — JUIN 1641. 633
résolution, suivant le désir de sa majesté, et en mon particulier je vous témoignerai toujours que je suis,
Monsieur , votre , etc.
De îurboooe , ce »î juin tfifi.
Henry dr Bourbon.
LETTRE DE M. DARGENSON a m. l'archevêque de bordeaux , touchant tarragone. Monsieur,
J'ai donné avis de la retraite des galères ennemies aussitôt que votre lettre du 20 de ce mois m'a été rendue. Je fais aussi avertir Cadequia. Il y a déjà ici une de vos flûtes arrivée. J'ai prié ces messieurs de donner ordre de faire le signal par la côte sur celui que vous ferez faire à Tamarin ; mais de cela il vous en sera envoyé une dépêche particulière pour vous en informer mieux.
J'espère qu'avec l'aide de Dieu tous aurez la gloire entière de Tarragone, et que cette aflaire réussira aux souhaits du roi et de son éminence. Si cela est, comme je m'en confie extrêmement en la bonté de Dieu, voyez quelle matière vous donnez aux historiens. Les Catalans vous comparent à l'archevêque Turpin , dans un livre qu'ils m'ont fait voir et qui sera imprimé en leur langue : c'est un divertissement qui les échauffe au service du roi et qu'il est très-bon de bisser prendre. Je vous assure que vous n'aurez jamais tant d'avantage que vous en souhaite celui qui est de tout son cœur,
votre , etc.
Argenson.
A Btrcelc-Di», >3 juin i6*i.
LETTRE DE M. LAMOTTE-HOUDANCOURT
a m. l'archevêque de bordeaux, touchant les nouvelles qu il a de l'arrivee des espagnols.
Monsieur ,
Je viens d'apprendre tout présentement votre indisposition , qui me met extrêmement en peine et me fait vous envoyer ce garde pour en être plus certain. Je vous souhaite la santé parfaite. Je viens de recevoir nouvelles que les troupes qui étaient du côté de Frague descendent pour venir vers Tortose. J'ai aussi avis que les vaisseaux sont arrivés à Carthagène et qu'ils ont débarqué de la cavalerie, qui s'en vient à Vinara, où le marquis de Lcgariez fait son assemblée; quelqu'effort qu'ils puissent faire , j'espère qu'ils auront peine à réussir.
Je ne mande point de nouvelles de la ville, parce que je crois que vous les recevez comme moi ; je vous dirai seulement , monsieur, que tous les prisonniers et autres qui se viennent rendre, nous assurent que toute leur cavalerie sera périe devant six jours faute de fourrages. Si j'apprends quelque chose de plus particulier, je ne manquerai de vous en donner avis; cependant je vous prie de me croire véritablement,