‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 20 sur 226 · LETTRE DE M. PERRAULT · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. PERRAULT

A M. I/AKCHKVÊQUK DK BORDEAUX.

MojiSEIGfiElTR ,

Je suis bien obligé à votre bonté de l'honneur qu'il vous a plu me faire de vous souvenir de moi , et de me le témoigner par vos lettres.

Je ne saurais vous représenter avec quel contentement son altesse a reçu de vos nouvelles , ni combien elle a été aise d'apprendre votre heureuse arrivée aux côtes du royaume : ce qu'elle vous témoigne par la réponse qu'elle vous fait.

Pour satisfaire, monseigneur, à ce qu'il vous plait de me commander touchant les nouvelles de la cour, vous me permettrez de vous dire que la Ronssière n'est pas encore de retour, mais que par avance il a dépéché un courrier à son altesse, par lequel il lui donne avis que monseigneur le cardinal , après avoir reçu la nouvelle de nos malheurs avec une constance digne de son grand courage, son éminence l'a î-eçu et lui en a parlé dans les termes que l'on pouvait souhaiter • et désirer de sa bonté et justice incomparables , considérant l'intenUon et non pas les événements. Son altesse ne s'en peut assez louer, et publie hautement qu'elle le traite en ce rencontre non seulement comme sou ami et serviteur, mais en frère, et s'est fort obligé à sa faveur pardelà ce qui se peut dire.

■Son éminence a retenu la Ronssière pour le dépécher à loisir, et dans ce temps-là, M. de la Houdinicre est arrivé auprès de son éminence.

LETTRE DE M. PERRAULT. - SEPT. 1638. 7!» Maintenant, son altesse attend avec impatience les ordres que l'on lui doit donner sur tontes choses.

En cet endroit, monseigneur, je suis obligé de vous dire que son altesse sait de bonne part que M. le marquis de Sourdis lui a rendu mille bons offices, et qu'elle en a des ressentiments très-particuliers.

Pour les nouvelles d'ici , monseigneur, qui voudrait vous les mander par le menu , il faudrait un volume , et vous ennuyer de cent choses indignes de votre connaissance. U me suffira de vous dire qu'il ne vient peu ou point de prisonniers qui ne rapportent des choses étranges qu'il» disent avoir apprises des ennemis mêmes. L'on parle aussi du grand combat de M. du Pont de Courlay. '

' Ce combat , un dei plus honorables de nulles ; aprè» quoi ce* galères, avant n i jt lula marine française , eut lieu le i** teptem- à 1* côte de Gènes , ce brave comte ne les bru io"38. pouvant attirer au combat, reprit la route

Le roi considérant comme M. le comte des îles d'IIiére» , et là le marquis de Pontd'Haroonrt Casait ti .-s- utilement servi les Gourlay , général des galène, l'étant venu année* dernières, en la charge de lieutenant- joindre le ai août avec ipiinie galères, le général en son armée nasale, ayant fait de*- comte , jngeant que ces galères si lestes et si cente et porté l'eflroi et la terreur dan* nie bien équipées pourraient encore rencontrer de Sardaigoe, et ensuite lignalc ta prudence, l'ennemi , et allant où ses gros vaisseaux in valeur et courage en U prise des îles de pouvaient aborder, les obligeraient au coni- Saiot-rlonorat et Sainte-Marguerite, con- bat; cela résolu au conseil, elles priient traignant, par la puissance de ses armes, les aussitôt le chemin de Gènes et autre* entes Espagnols d'en sortir, l'établit derechef d'Italie, et n'apprenant rien d'elles, se jeton lieutenant-général en l'armée navale tant plu* avant en mer , où ne rencontrant que le cardinal de Richelieu avait fait as- non pins cr qu'elle» cherchaient, revinrent au «cmblcr en la mer du Levant, et voulut qu'il port de Ville-Franche, où notre général commandât tant aux galère* qu'autre* val*- avant euavis certain que quinze galères d'Ksseaux attaquât l'ennemi la par où il le trou- pagne qui portaient trois mille hommes à verait, fit fondre artillerie si besoin était, et Final , avaient passe près de îMiul-Tro|ie« . put faire tout ce qu'il pourrait s'il y était en et étaient depuis arrivées en Vay , qui est personne. Ayant donc reçu ce pouvoir du proche de Savooe, il fut arrête qu'on le* roi par lettres patentes du 4 mai i638 , il se suivrait et qu'on irait trrre-à-terre pour le* transporta au plus tôt en Provence et se mit joindre au plus lot. Les galère* donc partent en mer , «ans qu'il *e passât rien de remar- le dernier jour d'août à la pointe du jour . qnablejusqu'ao 10 d'août, qu'ayant découvert mais le vent qui était contraire leur déroba vingt-cinq galères espagnole* arrêtée» par le U vnc du Vav jusqu'aux six lieurc» du soir . travers de Saint-Tropci, ville de Provence , auquel temps les galère» d'Espagne sortirent qu'elles avaient, comme l'on croit, volonté pareillement du |iort, et se logèrent entre de piller, il ut tourner droit i elle» avec Savooe et le Vay. Le* troupes se trouvèrent vingt-quatre gros navire* qu'il avait prè* de en jofy toute la nuit , c'est-a-dire sous les soi , et leur donna la chasse près de cent armes , et prêtes de combattre jusque sur la

C'est, monseigneur, sur le même sujet que parla, dans Saint-Jeande-Luz, un cordelier, au même de la Corogne qui retourne de Fontarabie, où il était prisonnier le 1 0 de ce mois , et dit à son retour que les

pointe du jour, qui était le i" tic septembre, que les galères de France firent voile , tirant vers Gènes, pour tâcher de gagner le vent ; « elles d'Espagne, avec même dessein, allaient terre-a-terre à passe-vogue ', et l'on navigua de cette sorte trois heures a coté les uns des autres, jusqu'.- trois milles de la ville de Gènes , les habitants de laquelle occupèrent incontinent ce qu'il y avait de plus éminent , attirés par le bruit et le» apparence* d'une bataille prochaine.

Les deux escadres se trouvèrent en même temps sous le cap d'Aronzino à trois milles l'une de l'autre, puis tirant vers Gènes, elles furent & la portée du mousquet. Le nombre des galères étant égal et toutes disposées de même façon, y ayant sept galères de chaque côté, et le» deux capitancs se tenant au milieu de leurs escadres, il ne fut pas malaisé de s'entre-choisir. Notre général toutefois , appréhendant que l'ennemi , qui naviguait à grand'force, ne se retirât dans le port de Gènes sans combattre , aima mieux partager le vent, et commanda de faire tourner la proue sur eux , et eux sur lui. C'était sur le midi ; ils avaient le levant et le po- >us, comme nous avions La traet le grec " vers eux. Il» »'entret donc si à propos , et s'approchèrent en sorte que ni les uns ni les antres ne firent jouer leur canon qu'après s'être joints et comme attaché» par leurs éperons, après avoir fait charger quelques canons de balles de mousquet , ce qui fit l'abord trèssanglant de part et d'autre.

La capiUnc de France , dite auparavant la GuUarde, où était M. du Pont de Courlay, général de» galère» , qui n'agissait pas moins de la main que de l'esprit, ayant abordé celle de Sicile , ne fit jouer ton canon qu'à la portée de pistolet , mais avec tant d'adresse que du premier coup on démonta ceux de la capi-

tane ennemie, et on en tna les canouniera ; et depuis qne ces deux galères eurent leurs éperons enferrés l'un dans l'autre, le combat dura plus d'une heure et ne finit que par la mort du capitaine don Rodrigucz de Velasqué», lieutenant du marquis dcl Vise, général des galères de Sicile , lequel se présenta six fois l'épée en une main et la large à l'autre avec quatre cents homme* qui étaient *ur cette galère, capitane d'Espagne, le» meilleur* de toute l'escadre , avec résolution d'entrer dan» notre capitane ; mais il fut toujours repoussé avec grande perte de» siens, et enfin de sa vie, que sa mauvaise fortune lui laissa seulement quelque* heure» après le combat , qu'il mourut étant notre Nous y perdîmes aussi deux

Félix de Luxembourg , qui commandait la proue , et qui nonobstant ses blessure* se tint ferme sur le coursier , jusqu'à ce que se» forces diminuant, il se fit soutenir par deux Turcs et continua de commander assez avant dans le combat ; l'autre fut le «ieur de Querville, capitaine au régiment de* Galères, qui y fut fort bien , et ne témoigna pas ici moins de résolution qu'il avait moc-

mème galère ,P|e chevalier Thomas de Vilage , le sieur d'Aiguebonne , le baron de Saint-Iver, la Boursardière , Saint-Martin, et le jeune Reliée , écuyer du général, signalèrent leur courage par leurs belle* actions accompagnées de quelques blessures.

Notre rince guerre, sous la charge dn commandeur de même nom, aborda la Boisant , et lui ayant laissé faire sa première décharge , l'emporta après , facilement.

La patrone de France attaqua la Berniques, patrone de Sicile ; mai» sa prise lui fut funeite : le sieur de Montholieu , qui la commandait depuis quarante ans en i -épata

' A tonte» rioM. — • La Inmtuiu , vent da If. ; le grttr, veat d« N.-E. , en langsgt or galères.

IXTTRE DE M. PERRAULT. — SEPTEMBRE 1638. 81 Espagnols lui avaient dit qu'on les avait avertis de donner ce jour-là et de l'endroit où ils devaient donner; et que cet avis leur liait venu de la part de M. de la Valette. Sur cela, ledit sieur de la Valette le

lion de vaillant homme, y avant rte tué d'une mousquetade à la tète , et proche de lai le sieur de la Beynardc, des Félix de B, y reçut une mousquetade qui le issi an bras.

La Cardinale , bien qu'avec (ilusieurs «lifliculle», rut l'honneur de la prise de la patrone réale d'E*|kagne , commandée par don Juan d'Orégliano, lieutenant du général défunt, qui commandait IV* adre après Ini, mais elle | ri dit le «icur de» Boches, son capitaine, le sieur de r'erraporte , neveu du Itailh de Forbin, «on lieutenant, et presque tous.es officier» , aprè» la mort desquels le chevalier de Margallct . qui était volontaire sur cette galère, servit grandement à la conserver, et la remplaça d'homme» par trois fois

La Hiche/iru, plus heureuse, ne perdit «pie son lieutenant, le sieur de Tantcfurt, en la prise de Saint e- Franciuiue .

L i Aif,ueb»nne, avec l'aide de la Gênerais, emporta la Sainte-Marie d'Espagne et perdit le sieur baron de hagarde, autrefois général de» galère», et la galère Gênerait- perdit le sieur d'Arsac, son lieutenant.

La Palbelle était sur le point de remettre la Saint-Ântnine, lorsque le sieur d'Eguilly, qui combattait à son coté avec la Sainte- Claire t fut blessé d'une mousquetade au visage qui Payant obligé de se retirer , la Fatbelle en eut deux sur clic et sur la fin trois , qui la prirent avec un furieux combat , dans lequel le sieur de \ alhelle, non capitaioe général, âgé de soixante-rinq au», gentilhomme de considération dans Marseille , fut tué sur le coursier, se défendant à coups d'epée, «t :lui. les «ieur» de Monicr, d'Arènes, i et quelques autres volontaires de Marseille blessés

La Sc^uiranr , après la blessure mortelle du sieur de Bouc , fils ainé du «ieur Séguirao , premier président de la chambre des comptes à Ai», s'éUnt retirée et l Êperonnc

ayant quitté /flSmni-fièrrr.qu'ellealtaquait, pour aller secourir la Cardinale , causèrent la perte de la Martehale et de ta Sen-ienne, qui, ne pouvant résister a dent, f contraintes de céder au plus fort , avec i gloire néanmoins pour ceux qui le* < mandaient , d'avoir été blessés à i que de se laisser prendre.

La Montre'ale évita d'être prise par ta Sainte-Anne et la Bmttibaude par la Canne, néanmoins ce ne fut pas sans perte de lieaucoup île gens , de part cl «l'autre le sieur de Forrille, cadet du sicurde l'iles, et lesicur du Tronquet, gentilhomme du Comtat , furent tués sur la M.mtteale , et le» cadets de Béoloo et de Mon.tiers sur la BadtibamU.

La autres en forât de même à coups de canon et de mousquet , tires a brùle-pourpoint , tant la uiélcc fut furieuse et les galères proche».

Mais enfin la victoire se déclara pour nous, et les ennemis voyant leur rapilane prise et l'étendard de France arboré à la place de celui d'F.spagne, fuirent en désordre vers Gènes, nous ayant, en i ei ompense de trois des nôtres , ta falbelte , la Maréchale et la Servienne, laissé six des leurs, à savoir la rapilane de Sicile, qui conduisait l'escadre, la palrone réale d'Espagne , la patrouc de Sicile, la Banane . la Sainte- Franci (que . ta Samte-Marie, et huit cents prisonniers , entre lesquels étaient don Juan-Baptiste Stamudio , veedor des galères de Sicile ; don Alouio Montalue , capitaine de la Sainte- Franchijue . Suarez , capitaine « de Sicile, huit capitaines d'iufanterie, i lieutenants et six alfiers.

La nuit suivante il se leva un si mauvais temps que peu s'en fallut qu'il ne causât a jierte de nos galères ; et cette même nuit , [Éperonnt, qui remorquait la patrone réale d'Espagne, l'ayant laisse aller sous la conduite d'un sous-lieutenant, un sergent et

ût arrêter prisonnier par ses

mais à l'heure même M. de Machault le fit relâcher et en donua avis à son altesse.

Hier elle reçut une dépêche de M. de Noyers expédiée avant la nouvelle du malheur, laquelle contenait, entre autres choses, le déchiffrement des lettres du gouverneur de Fontarabie, que vous vîtes, monseigneur, à l'armée. Cela redoubla beaucoup ses douleurs; car elles marquaient des extrémités incroyables où étaient réduits ceux de la ville , des protestations et menaces contre l'amiral, et enfin un désespoir entier de salut. Entre autres choses, ils marquent qu'ils ont été rontraints , faute de plomb et d'étain, de prendre les grilles de l'église et les rompre en petits quartiers pour tirer.

Ce que j'ai eu I honneur de vous mander, monseigneur, touchant la hrèche est très-véritable, et encore s'en trouve-t-il beaucoup davantage ; car les ennemis confessent qu'elle fut abandonnée et tout le bastion, après que la mine eut joué, plus de deux heures, par les Espagnols qui y étaient en garde, et ne put-on jamais y faire venir que quelques Irlandais, qui s'y faisaient conduire à coup de bâtons et d'épées, faisaient leur décharge et puis fuyaient. Ceux de la ville ne se peuvent imaginer comme quoi ils ont été sauvés, et durant cinq jours entiers que l'ouverture a été faite, ils n'attendaient qu'un assaut pour capituler, n'ayant pas en tout deux cent ciuquante hommes pour se défendre.

C'est trop vous entretenir, monseigneur, sur une si triste matière, tout ce que l'on peut désirer, et que les gens de bien demandent tout haut par deçà, est que le fond en soit connu, et qu'il y soit pourvu selon ce qu'elle importe et que le sujet Iç mérite. J'en prie Dieu de tout mon cœur, et qu'il vous conserve, monseigneur, en toute prospé-

quelques soldats, ceux d'Araize, village sur Le général des galères revint a Marseille

la côte de Gène», où le temps l'obligea de le 1 3 d'octobre , où le» galère* d'Espagne

prendre |w.rt , la donnèrent aux Espagnol», furent amenée» en état de captive», avec leur»

Dan» ce combat, le» forçat» même» y de- bannière», guidon» et étendard» traînant»,

vinrent bon» et affectionné» soldat* . aucun» qui depui» furent porté» solennellement à

desquels ayant demandé de» armes, aidèrent Notrc-Dame-la-Majour. No» galères, durant

à la victoire. Fji considération de quoi , au cette entrée, étaient extraordinairrment |>a-

mois de novembre on donna la liberté à six rée».

de ebaque galère.

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