AVIS D'ESPAGNE. — JUILLET
valerie à l'hôpital de l'Infant, parce que l'on menace toujours de débarquer des gens. Dieu le garde et vous aussi.
M. de Bordeaux reçut l'avis suivant de M. de Lamotte-IIoudancourt, qui lui mandait que les galères espagnoles étaient en iner pour secourir Tarragone.
LETTRE DE M. DE LAMOTTE-HOUDANCOLIRT a m. l/archevêque de bordeaux.
Monsieur ,
Vous verre/., par la lettre que je viens de recevoir du capitaine Cabanié, que je vous envoie, comme les galères des ennemis sont en mer. J'ai cru vous en devoir donner avis; si j'en apprends quelque chose de plus particulier, je ne manquerai de vous le faire savoir ; je vous prie aussi me donner les nouvelles que vous apprendrez, et de me croire toujours sans réserve,
Monsieur, votre, etc.
Lamotte-Houdancourt.
Au r»n»|i de CnniUntio , ce ai juillet i6J i
LETTRE DE M. D'ARGENSOIN
A H. L1 ARCHB VÈQUE DE BORDEAUX, PAR LAQUELLE IL MANDE QUE LES ENNEMIS N'ONT SAUVÉ QU'UNE GALERE DANS LE MÔLE.
De Barcelonne, le 11 juillet 1641.
Monsieur ,
Je vous envoie la copie d'une lettre qui vient de bon lieu et que j'ai traduite sur l'original que j'ai , parce que je n'avais personne pour écrire en la même langue ; vous y verrez des nouvelles très-certaines de l'état et des desseins des ennemis , même sur notre amiral.
J'écris présentement à ces messieurs qui conduisent les trois galères
fi56 LIVRE V. — CHAP. XII.
de Provence et que j'apprends être demeurées en Agde, afin qu'ils se hâtent de vous venir joindre.
J'ai prié encore ce matin messieurs de la ville de faire en sorte que plusieurs personnes allassent vous joindre avec des barques longues : la difficulté va au paiement, que ces messieurs ne peuvent ou ne veulent faire davantage que les quatre qui sont parties.
Je leur ai proposé que si quelques gens de cette côte y voulaient aller sans paiement, vous leur donneriez tout ce qu'ils prendraient; et sur cette proposition j'en fais chercher. Mandez-moi, s'il vous plaît , si elle vous est agréable; car sans votre volonté vous jugez bien qu'il n'j a rien de fait ; et après je travaillerai sur le sujet qu'il vous plaira de me prescrire en cela et en toute autre chose.
Par une autre lettre que j'ai vue des ennemis , ils n'ont sauvé qu'une galère, qui est le reste; car les sept sont perdues entièrement , et des trois autres ils écrivent qu'ils font ce qu'ils peuvent pour les retenir et pour les faire retourner à l'armée. Cela est écrit avant la dernière chasse que des vaisseaux donnèrent aux galères à Tamarin ; mais il ajoute qu'elles sont aussi toutes trois perdues.
Je presse autant crue je puis l'envoi des poudres et de tout ce que vous demandez, et suis de tout mon cœur ,
Monsieur, votre très-humble cl très-obéissant serviteur,
Argekson.
Vous m'avez fait , peut-être sans y penser, une grande querelle avec M. de Machault; mais rien ne me fâche jamais.
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. I. ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT LES AFFAIRES DE CATALOGNE
Monsieur ,
Je ne doute pas que vous n'ayez fait tout ce qui s'est pu humainement pour empêcher le ravitaillement de Tarragone, et que, s'ils ont eu ce
LETTRE DE M. DE NOYERS. — JUILL. 1641. 657
rafraîchissement, il a été, comme tous mandez, bien mouillé et bien salé de l'eau de la mer. Je crois aussi, nonobstant que l'on en veuille faire doute, que les ennemis y auront perdu les douze galères dont la lettre écrite de YOtrc main assure son éminence, et que, comme vous en avez été plus près qu'aucun , vous ne l'aurez pas mandé que vous ne l'ayez bien su. Je prie Dieu qu'il vous donne toujours des succès de plus en plus favorables, et qu'il donne la conclusion à cette affaire telle que nous la souhaitons ; car en vérité de là dépend la ruine de toute l'Espagne. M. le prince a assuré son éminence qu'il vous avait envoyé le complément des cinquante milliers de poudre , ce qui nous fait espérer que vous n'en manquerez plus. 11 y a long-temps que les trois galères qui vous doivent joindre sont en état de servir, mais elles attendent le vent; cependant vous pourriez mander que l'on vous envoie les brûlots, que j'apprends aussi se préparer, afin que tout aille de convoi. Je suis,
Monsieur , votre , etc.
De Noyers.
Le ravitaillement de Tarragone par l'armée espagnole devenant de plus en plus important à empêcher, M. de Bordeaux reçut les dépêches suivantes à ce sujet.
LETTRE DE M. DE LAMOTTE-HOUDANCOURT
A M. L'ARCHEVEQUE DE BORDEAUX
Monsieur ,
J'ai eu grande joie d'apprendre que votre santé s'augmente, vous la souhaitant telle que vous la pouvez désirer. Pour des nouvelles, je fus hier au col de Balagucr pour visiter les postes et donner ordre à les défendre ; je n'appris aucune chose, sinon qu'il est arrivé à Tortose six ou sept mille hommes de pied, tous liés et garrottés. Le marquis de Leganez y est, et j'ai pris prétexte de lui envoyer un trompette, pour il. 83
658 LIVRE V. — CHAP. Xll.
essayer à découvrir quelque chose : les galères ne sont plus aux A I fages, elles sont toutes allées à Carthagènc; vous pouvez par là juger de leurs desseins. Quant à ce qui est des forçats , si j'avais su votre intention, je n en aurais point laissé passer; maintenant j arrêterai tous , ceux qui se présenteront , pour vous les envoyer comme vous le désirez. Les nouvelles que nous apprenons de la ville sont à peu près conformes au contenu de la lettre que vous avez fait voir à M. d'Aubigny ; leurs misères sont tous les jours plus grandes. Je leur fais, à toutes heures , pousser leurs gardes et prendre quantité de bétail jusque sur leurs contrescarpes, en sorte qu'ils ne tiennent plus quoi que ce soit. Si j'apprends quelque chose de nouveau , je ne manquerai de vous le faire savoir , et serai toujours sans réserve, Monseigneur , votre , etc.
LaMOTTE-HoU DANCOURT.
Au camp de OmiUotin , rc 16 juillet i6Ji.
Un secours d'hommes et de vivres étant entré dans Tarragone, malgré les efforts de la croisière de M. de Bordeaux , qui coula et prit quelques unes des galères espagnoles , M. d'Argenson lui écrivit la lettre suivante.
LETTRE DE M. D'ARGENSON
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
De Barerlonne , ce i-] juillet i6$t.
Monsieur ,
Les deux lettres qu'il vous a plu de m' écrire des 23 et 24 de ce mois m'ont été rendues, et aussitôt j'ai vu messieurs les conseillers, dont le quatrième, qui a le soin de ces choses, m'a promis que toutes les gumes 1 qui sont en Jeur pouvoir vous seront délivrées; mais comme elles sont engagées à quelques marchands à qui h ville doit d'autres choses, il faudra les payer. Il m'a promis en faire de sorte que le prix en sera le plus médiocre et le meilleur qu'il pourra. Ce sont gum<* pour ces
' Cordage», pour les galère» et le* viijsejux.
LETTRE DE H. D'ARGENSON. — JUILL. 1641. tir»9
vaisseaux que les Castillans avaient faits pour s'approcher de Narbonne , et non pour galères ; mais on croil pourtant qu'elles seront bonnes. Le sieur de Vitré, qui les verra ce matin, vous en écrira plus particulièrement comme de tontes les autres choses dont je me remets à ses soins de vous rendre compte.
Je ue sais si je puis faire une ordonnance générale, comme il vous plait de m'écrire, contre ceux qui seront pris portant des vivres dans Tarragone; mais je sais bien qu'elle est de justice, et que je l'ai vu pratiquer dans la rigueur que je vous ai écrit , pour la Rochelle et autres lieux; j'y penserai un peu, et si je trouve le pouvoir, je l'enverrai aussitôt.
Il ne se peut rien ajouter à la garde qu'il vous plait de m'écrire que vous faites faire, et aussi j'espère bientôt que vous aurez la gloire complète de toutes vos peines ; car j'ai appris du même lieu d'où me sont venus les avis précédents que Botero a écrit à Madrid que « les galères d'Espagne étant entrées avec cinq brigantins, douze entrèrent dans le môle avec les brigantins, pour laisser les secours des vivres et l'infanterie; les autres ne pureut approcher, ni rien débarquer, parce que les vaisseaux français tiraient tant de coups de canon qu'elles furent contraintes de sortir, et les gens mêmes de la place, qui étaient sur le môle , obligés d'abandonner. Quatre ou cinq vaisseaux français prirent aussi feu, et, tant à cause des baljfsylu canon que du feu, il y a sept galères perdues , et la Reale d'Espagne ayant reçu trois coups île canon , s'échappa avec vingt-huit autres.
« Il y a dans ce môle quatre galères dont l'une n'a reçu aucun mal ; mais les autres trois sont du tout perdues. On fait néanmoins ce que l'on peut pour les renvoyer avec l'armée. Il s'est noyé beaucoupde gens ; la galère de Saint-Philippe a été prise. J'aurai des vivres jusque vers la mi-août. Je n'ai pas cent cinquante barils de poudre; la mèche se donne par mesure. J'avertis de tout, afin qu'en cas qu'il n'y ait pas lieu de me secourir sitôt , on avise comme il faudra rendre cette place, où il y a dedans des personnes de la réputation que l'on sait, et qui se mangeront plutôt les uns les autres que de le faire sans ordre. » Ce sont les propres termes de l'avis que j'ai eu depuis la dernière que je
vous ai envoyée. J'écris tout cela à M. de Noyers par le premier courrier, qui est, à mon avis, une relation de votre glorieuse action bien vérifiée, puisqu'elle vient même des ennemis, qui en ont senti le mal et les etlets. Je vous donnerai avis de tout ce que j'apprendrai qui le méritera, et par toutes mes actions vous reconnaîtrez que je suis, de tout mon cœur,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
D'Argenson.
M. de la Vallée annonce à M. l'archevêque de Bordeaux . que quelques barques de rafraîchissements sont entrées dans Tarragone , et lui donne avis que le marquis de Leganez a promis à Tarragone qu'ils seraient secourus dans huit jours par mer et par terre.