‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 218 sur 226 · POUR LE PATRON BAPTISTE S'EN ALLANT A CARTHAGÈNE · texte numérisé non relu

POUR LE PATRON BAPTISTE S'EN ALLANT A CARTHAGÈNE

Le patron Baptiste partant de l'amiral , mettra le cap à la mer de *orte qu'il puisse passer ving-cinq milles hors des Alfages; de là, s'en ira chercher le cap Martin, ne naviguant que la nuit, de peur d'être vu de la terre.

Se pourra aller rafraichir à l'île Grosse, ou aux îles qui sont sur le cap de Palle, tenant toujours quelques hommes en terre de jour, de peur d'être surpris.

De là , il tâchera à gagner l'Ile qui est devant Carthagène , afin de pouvoir voir, passant devant le port après le soleil couché, quelle quantité de vaisseaux il y a dedans ; après quoi se remettant à la mer, si on lui donne chasse , il faut qu'il s'en aille comme s'il voulait tirer vers

Ivice ; que si personne ne lui donne chasse , il faut la nuit ou à la pointe du jour se saisir de quelque pécheur et l'amener.

Que si d'aventure il avait vu les vaisseaux , et qu'il ait connu quels vaisseaux ce sont et quelle quantité, il s'en reviendra en diligence.

Que si par le chemin, en allant, il rencontrait l'armée, il comptera bien soigneusement les vaisseaux; il verra quels vaisseaux sont, approchant d'eux le plus proche qu'il pourra. Le soir, et après les avoir bien comptés et considérés, s'en reviendra avec la plus grande diligence qu'il pourra , sans s'amuser à quoi que ce soit.

Route du brigantin.

Le brigaulin partant de l'armée prendra la route de Minorque, sans s'amuser à quoi que ce soit , tâchera de gagner Ivice.

De là , il s'en ira droit au cap Martin , et se tenant à une distance raisonnable de la terre, comme si c'était un marchand, fera tout ce qu'il pourra le long de ladite côte, jusqu'à dix milles de Carthagène, pour prendre quelques barques de Carthagène, ou quelques pécheurs par lesquels il puisse savoir l'état du port.

Que si , d'aventure, il ne preuait rien pour la première fois , ou que ceux qu'il eût pris ne lui pussent donner de nouvelles certaines, la nuit, ils vogueront et feront porter les voiles pour retourner d'où ils seront partis le matin, afin de faire le même chemin le jour, contrefaisant les marchands, afin de pouvoir attraper quelqu'uu.

Dès qu'ils auront pris quelqu'un qui leur pourra dire des nouvelles , ils ne s'amuseront point ni à remorquer la barque, ni à prendre ce qui sera dedans; mais prendront seulement ce qu'il y aura de meilleur pour eux , sans s'en trop charger, s'en reviendront par la même route qu'ils seront allés.

Que si, en allant, ils rencontraient les vaisseaux, ils tâcheront à bien les reconnaître, pour voir la quantité, la grandeur et la route qu'ils feront, en approchant le plus près qu'ils pourront, le soir, afin d'avoir la nuit pour se retirer, et reviendront le plus diligemment qu'ils pourront nous en apporter des nouvelles.

LETTRE DE M. DE NOYERS A M. l'archevêque de bordeaux, touchant les affajres de Catalogne.

Monsieur ,

Son éminence vous écrit si amplement sur toutes tes choses qui regardent l'avancement des affaires de Tarragone, et principalement sur ce qui est de l'armée navale , que je ne vous dirai qu'un mot sur chacun des points principaux , de crainte de vous' ennuyer inutilement , l'intention du roi étant qu'on fasse l'impossible pour faire réussir cette glorieuse entreprise le plus protnptement qu'il se pourra. Vous jugerez assez combien il faut que les vaisseaux et les galères y contribuent, afin , s'il y a moyen , de faire périr l'armée des ennemis qui est dans cette place. Vous savez mieux que personne jusqu'en quel temps les vaisseaux et les galères peuvent demeurer en cette côte , après quoi vous aurez, les mêmes ports où les galères d'Espagne ont toujours subsisté pour vous y retirer quand la saison vous y coutr.iiiulra , outre ceux de Barrclonne, Palamos et Cadequia ; ainsi, on n'estime pas qu'il y ail lieu de retarder d'un seul moment la continuation d'un dessein si bien commencé.

On a été d'autant plus étonné de voir que vous mandez qu'on n'a point pourvu à la subsistance des galères depuis qu'elles sont en Catalogne , que ce porteur a confessé à son éminence qu'en passant à Barcelonne, il y a trouvé le commis de M. Picard avec de l'argent , qui est tout ce dont vous avez besoin ; d'ailleurs, que ledit sieur Picard a assuré son éminence d'avoir renvoyé en Provence tous les fonds desdites galères, afin qu'elles reçoivent de ces quartiers-là tout le secours qui leur sera nécessaire , et sur sa téte qu'elles ne manqueraient de rien ; cela n'empêche pas que, pour une double précaution, son éminence ne soit résolue de vous faire envoyer de nouveau tout ce qu'il faudra pour leur subsistance, si, comme je vous le dis, elles ne l'ont déjà reçu, aussitôt que vous lui aurez adressé l'état de ce qu'il faut pour cela. Cependant elle vous prie de faire trouver, pour de l'argent, auxii. 84

dites galère^, des sarties , des ancres et les autres choses dont elles pourront avoir besoin, n'y ayant rien qu'il ne faille faire pour conduire à bonne tin l'important dessein où vous et M. de Lamotte êtes attachés, et certainement sa majesté ne pardonnerait jamais à quiconque manquerait de faire tout ce qu'il est possible en une telle occasion.

Son émmence trouve bon que vous fassiez subsister les trois galères prises sur les ennemis, pour lesquelles il n'est fait fonds dans l'état du roi , sur les deniers qui proviendront de la vente des prises , et le même pour les vaisseaux que vous avez , afin qu'ils ne manquent de rien en cas qu'ils demeurent plus long temps en Catalogne que celui pour lequel ils ont des victuailles. Son éminenoe ayant fait remplacer les cinquante milliers de poudre que M. le prince lui a mandé vous avoir envoyés , a été bien surprise d'apprendre , par vos dépêches , que vous n'en ayez reçu que vingt milliers ; elle lui en écrit sa pensée , et le prie en même temps que si , nonobstant cette quantité, vous en aviez encore besoin de davantage, il vous en fournisse vingt-cinq milliers de plus, outre lesdits cinquante milliers. M. Lequeux aura fait partir, au premier bon vent , les deux brûlots que vous lui avez demandés , avec lesquels vous aurez reçu des ancres et des câbles.

Les trois galères qui doivent aller vous joindre sont depuis quelque temps à Agde , attendant toujours le vent.

Enfin , monsieur, on n'épargne chose quelconque pour vous mettre en état d'achever cette œuvre glorieusement , et vous devez être assuré qu'il n'y sera rien omis de tout ce qui dépendra des soins et de la diligence,

Monsieur, de votre , etc.

De Noyers.

A Molière». M 3 août ififi.

M. le cardinal de Richelieu presse M. l'archevêque de Bordeaux de continuer le siège et le blocus de Tarragone.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

Or MrM.ro, M | wWM iH'ti

Monsieur ,

Le succès de l'entreprise de Tarragone est de telle conséquence pour mettre les aiTairesdes Espagnols en état qu'ils soient contraints de consentir à une paix raisonnable, à laquelle jusqu'à présent ils n'ont pu se résoudre, que le roi désire et veut que les vaisseaux et ses galères fassent l'impossible pour contribuer au dessein pris de faire périr l'armée d'Espagne dans Tarragone.

Étant sur les lieux comme vous êtes, vous devez savoir jusqu'en quel temps les vaisseaux et les galères peuvent demeurer eu cette cote; mais puisque les galères d'Espagne y subsistent bien et que vous avez les mêmes ports qu'ils avaient pour vous y retirer quand la saison vous y contraindra, et en outre ceux de Barcelonne, Palamos et Cadequia, je ne vois pas qu'il y ait lieu de laisser imparfait un dessein si bien commencé, et dont on doit espérer un bon succès avec un peu de patience.

Je ne sais comme vous pouvez dire qu'on n'a point pourvu à la subsistance des galères depuis le temps que vous les avez en Catalogne, vu que le porteur de la présente dépêche m'a confessé lui-même qu'en passant à Barcelonne il y a trouvé le commis du sieur Picard avec de l'argent, qui est ce que vous demandez.

Outre cela, ledit sieur Picard a envoyé du côté de Provence les fonds nécessaires à ce que les galères reçoivent de ces quartiers-là tout le secours qu'elles en doivent attendre. Il m'est impossible de croire qu'ayant fait mettre entre les mains dudit sieur Picard tous les fonds nécessaires pour les galères, et m'ayant promis sur sa tête qu'elles ne

manqueraient de rien , il me voulût manquer de parole. En un mot, ce que vous me manderez être nécessaire pour leur subsistance sur le pied de oe qu'elles doivent dépenser, je le ferai envoyer aussitôt , si déjà on ne l'a fait. Cependant je vous prie de faire trouver auxdites galères pour leur argent des sarties, des ancres et autres choses dont elles pourraient avoir besoin pendant qu'elles demeureront à la mer. Le dessein auquel vous et M. de Lamotte êtes embarqués est de telle considération qu'il n'y a rien qu'il ne faille faire pour le conduire à bonne fin , et vous pouvez faire voir cette lettre à tous ceux qui sont sous votre charge , que le roi ne pardonnerait jamais à quiconque manquerait à faire tout ce qui est possible en une telle occasion.

Pour ce qui est de l'entretien des trois galères prises sur les ennemis, dont il n'y a point de fonds dans l'état du roi, je vous prie de continuer à les faire subsister sur le fonds des prises qui ont été faites, consentant très-volontiers que ce qui en reviendra y soit employé.

Je vous prie de faire le même pour ce qui est des vaisseaux que vous avez, en sorte que si le dessein de Tarragone vous arrête plus long temps en la côte de Catalogne que celui pour lequel ils ont des victuailles, il y en ait d'autres prêtes à Bareelonne qui leur donnent moyen de subsister tant que le service du roi le requerra.

Je suis si étonné de ce que vous me mandez que M. le prince ne vous a envoyé que vingt milliers de poudre, que j'ai grand sujet de me plaindre de lui ou de vous en cet article : de lui, s'il est vrai qu'il ne vous ait envoyé que ce que vous me mandez; de vous, si M. le prince a satisfait aux lettres qu'il m'a écrites, lesquelles portent en termes exprès qu'il vous a envoyé cinquante milliers de poudre. Je vous ai déjà mandé que j'en ai fait payer cinquante milliers au sieur Fay, qui fait les fournitures de France , pour les faire aller de Lyon à Arles et de là en Languedoc, en considération de quoi M. le prince m'a mandé qu'il n'a point craint d'avancer ce qu'il vous a envoyé, parce qu'il voyait son remplacement assuré. Maintenant j'écris à mondit sieur le prince que si, outre les cinquante milliers qu'il vous a envoyés sur l'assurance de son remplacement, il arrive qu'avec le temps vous en eussiez

LETTRE DU CARD. DE RICHELIEU. — AOUT 1641. 669 besoin de davantage, il vous en fournisse encore vingt-cinq milliers.

M. Lequeux me mande qu'il y a long-temps qu'il a fait préparer les deux brûlots que vous lui aviez demandés, et qu'il attendait toujours ceux que vous lui aviez écrit les devoir aller quérir de votre part. Depuis il mande qu'ayant reçu ordre de vous les envoyer, sans attendre ceux que vous lui aviez premièrement mandé les devoir aller prendre, qu'il les ferait partir au premier bon vent avec des ancres et des câbles.

Je suis aussi très-assuré qu'il y a plus d'un mois que les trois galères qui doivent vous aller joindre sont à Agde pour attendre le vent.

Je vous assure qu'il ne s'omet aucune diligence pour vous donner moyen de parachever l'œuvre auquel vous et M. de Lamotte travaillez, et que je n'en désire pas moins la perfection que s'il y allait de ma propre vie. Vous le croirez, s'il vous plait, et que je suis,

Monsieur ,

Votre très-atieclionné comme frère à vous rendre service.

Le Cardinal de Richelieu.

Les officiers des galères voulant s'en aller de devant Tarragone, M. de Bordeaux instruisit M. le prince de Condé de ce désir presque insurrectionnel ; M. le prince répondit à ce sujet les lettres suivantes.

LETTRE DE M. LE PRINCE

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

J'ai reçu votre lettre du 30 juillet , par laquelle j'ai appris ce que me mandez des remontrances de messieui-s des galères qui s'en veulent aller de Tarragone : sur quoi je vous dirai en premier lieu que je n'ai garde d'approuver cette résolution , car je n'ai nul pouvoir sur eux ; vous êtes leur général et n'avez nul par-dessus vous , et néanmoins, en tant qu'en moi est , par la présente , je 1cm- défends de partir de

là où ils sont , qu'avec la permission de M. le cardinal , votre commandement, et approbation par écrit de MM. de Lamotte et d'Argenson, telle étant la volonté de M. le cardinal.

Quant à ce que me mandez qu'êtes allé là par mon commandement , «'il vous plaît de bien relire mes lettres , vous n'en trouverez pas une de celle-là ; bien vous ai-je conseillé d'aller et faire tout ce que MM. de Lamotte-Houdancourt et d'Argenson désireraient de vous. Or, ils ont ardemment voulu et désiré qu'allassiez à Tarragone, et ont tort, s'ils le désavouent; car j'en ai leurs lettres bien signées d'eux, par où ils m'expliquent clairement le besoin qu'ils avaient de vous et de l'armée navale. Pour le surplus de ce dont il vous plait m'écrire , je le remets à la première, et serai à jamais,

Monsieur, votre , etc.

Henrt de RoiRBOK.

Dr Uucate , ce g août

LETTRE DE M. LE PRINCE

A M. L'ARCHEVEQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT LES GALÈRES. QUI DEMEURERONT DEVANT TARRAGONE ET LES POUDRES QU'IL LUI A ENVOYEES.

Monsieur ,

Lorsque je vous dépêchai mon courrier sur les difficultés des galères, je me doutais bien des volontés de M. le cardinal, qui sont qu'elles ne bougent d'où elles sont que l'airaire de Tarragone ne soit finie. Il faut obéir quoi qu'il arrive.

Au reste, depuis qu'avez reçu mes cinquante milliers de poudres, je n'ai eu nulle nouvelle de celles que M. le cardinal m'a promises poulies remplacer, et néanmoins, mondit sieur le cardinal m'écrit que quand j'aurai reçu lesdits cinquante milliers de remplacement , que je vous en envoie eucore vingt-cinq milliers si vous le désirez et me mandez en avoir besoin : ce que je vous offre, et l'ordonnerai au sieur Coudreau de vous les envoyer dès qu'il les aura reçus, à votre première demande. Je vous supplie donc procurer que si ledit sieur Cou-

LETTRE DE M. LE PRINCE. — AOUT 1641. 671 dreau n'est encore parti pour me revenir trouver, qu'il se hâte, car il faut nécessairement qu'il vienne, n'espérant pas pour cette année la contracte de l' Aragon , ainsi que vous me l'écrivez, non plus que vous,, et me contentant de celle de Tarragone, et d'y faire périr l'armée ennemie, et sauver la votre de mer et celle de M. de Lamottede terre : ce que j'espère du bonheur du roi : Dieu le veuille ; et me croyez, Monsieur, votre, etc.

Henry de Bourbon.

Dr Véunxt, cr 1$ «oftl i6ft.

LETTRE DE M. DE LA MOTTE -HOUD A NCOL RT

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDE Ali X , SUR L'BNVOI DE QUELQUES HOMMES POUR LES VAISSEAUX DE FRANCE, POUR S'OPPOSER AU SECOURS DE TARRAGONE.

Monsieur ,

Je vous envoie deux lettres que je viens de recevoir, par où vous verrez comme il y a apparence que M. de Saint-Just n'avait pas bien reconnu les vaisseaux, aussi n'en mai>dait-il rien d'assuré. Pour les hommes que vous demandez , j'en aurais déjà promis trois cents aux galères, que je ferais tenir tout prêts à la Maison-Blanche en cas d'alarmes; et pour les cent cinquante que vous désirez pour votre vaisseau , si je ne suis point attaqué , je vous donnerai non seulement ce nombre-là , mais ce que vous désirerez de l'armée. Il faut donc que je voie la contenance des ennemis; cependant, monsieur, tenez-vous pour assuré que je ferai , en ce rencontre , toutes les choses qui seront en mon pouvoir pour vous faire connaître que je suis ,

Monsieur, votre, etc.

Lamotte-Houdancourt.

Au cunpdc OntUnlia. M l6<r*«ft

M. d'Argenson donne à M. de Bordeaux les avis les plus circonstanciés sur le dessein des ennemis sur Tarragone.

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

Monsieur ,

Nous avons reçu tout présentement une lettre des conseillers de Barcelonne du 17 de ce mois, où ils écrivent au conseiller qui est ici, que le patron d'une barque arrivée de Majorque rapporte que l'on avait chargé à Majorque quatre barques de toutes sortes de vivres pour aller, avec l'armée navale des ennemis, donner secours à Tarragone , et ces messieurs nous prient de vous en donner avis.

Par lettre de Madrid du même que les précédentes , dont je vous ai fait part plusieurs fois, j'apprends, du premier jour de ce mois, que ceux qui sont chargés de donner secours par mer à Tarragone ont proposé un expédient d'attaquer des deux côtés notre armée navale, séparant leurs vaisseaux et galères également , et de hasarder cependant cinq petits vaisseaux chargés de biscuit et autres victuailles, pour les faire entrer dans Tarragone pendant le combat ; et que, pour ce faire, il leur était nécessaire d'attendre un vent frais, et que, pour l'attaque de terre , ils voyaient beaucoup de difficultés à surmonter ; mais l'ordre de la cour a été qu'ils lissent ce qui leur avait été commandé. La même lettre de Madrid porte que, le jour précédent, don Francisco de Rozas et Sandoval étaient partis pour aller à Séville, sur l'avis que l'Andalousie se révoltait, et qu'il y avait avis que l'armée de Portugal et de Hollande, avec quelques vaisseaux français, au nombre, en tout, de soixante-quatre et dix mille hommes, étaient sous Cadix, que l'on voyait assiéger, et qu'ils écrivirent à Leganez et à Ferrandine qu'ils exécutassent promptement les ordres donnés pour le secours à Tarragone, et qu'incontinent après, ils s'en allassent de ce côté-là, embarquant toute l'infanterie. Je prie Dieu que vous ayez une heureuse

LETTRE DE M. D'ARGENSON. — AOUT 1641. 673

victoire, et autant de gloire que tous en désire celui qui est de tout son cœur,

Monsieur, votre, etc.

Argemson.

An camp de CouUnlio, le tg août i6{i.

Monsieur, je vous envoyais cette lettre quand M. de Mondon est arrivé. M. de Lamotte vous envoie des canonnière.

M. d'Argenson écrit à M. l'archevêque de Bordeaux, touchant des lettres interceptées sur les ennemis, qui dévoilent les desseins des Espagnols sur Barcelonne.

LETTRE DE M. D'ARGENSON

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

Monsieur ,

Nous avons reçu présentement, par les courriers du conseiller de Barcelonne qui est au camp, des originaux des lettres dont nous vous envoyons les copies ; tout cela a été pris dans une felouque qui venait de Vineros , et que deux barques longues de Barcelonne ont prise ; vous y verrez au long tous les desseins et ordres des ennemis bien expliqués par les lettres du roi de Castille. Les originaux desdites lettres sont envoyés par nous à monseigneur le prince , par un courrier qui ira à M. le vicomte d'Arpajon , auquel nous en donnons aussi avis. Je prie Dieu qu'il vous conserve en santé parmi tant de peines , et vous assure que je suis de très-bon cœur,

Monsieur, votre, etc.

Argenson.

A Barceloooe , ce 17 aoûl 1641.

M. de Bordeaux ayant abandonné le point de croisière de Cadequia, M. d'Argenson lui écrivit à ce sujet, pour lui exposer que la retraite de la flotte laissait les côtes entièrement dégarnies.

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT L'ENVOI DE M. DE BRÉZË EN MER AVEC L'ARMÉE DE PONANT , ET DE CE QUE M. L'ARCHEVEQUE DE BORDEAUX N'A PU DEMEURER A CADEQUIA , ET QU'IL DEVAIT ENVOYER L'INFANTERIE A M. DE LAMOTTE.

De Rjrcelonne, le 3o août i64<

Monsieur ,

Aussitôt que vos lettres du 25 de ce mois me furent rendues, j'écrivis à M. de Lamotte ce qu'elles contenaient, et priai le sieur de Cabagnos , qui était ici , de s'en retourner pour retirer le sieur de Vinsargues de la tour des Alfages, et envoyai l'original de votre lettre au sieur de Vinsargues, pour lui faire voir votre intention sur son sujet.

C'est un très-grand malheur, à mon avis, que vous n'ayez point demeuré à Cadequia ou à quelque autre lieu de cette côte, qui demeure extrêmement abandonnée par votre retraite, dont je crois, néanmoins, que vous aurez de très-bonnes raisons. J'ai reçu ce matin des lettres de la cour , qui m'apprennent que M . le marquis de Brezé a eu ordre de passer en cette mer avec l'armée navale de ponant; c'est pourquoi il me semble que vous devez vous radouber et vous ravitailler au plus tôt pour revenir, et prendre tous les soins qui vous seront possibles afin d'apprendre où il sera pour vous joindre en quelque rendez-vous. Si j'apprends de ses nouvelles , je ne manquerai point de vous en informer par tous les moyens que j'en aurai; car, de quelque sorte que ce soit, il ne faut pas , s'il est possible, laisser les ennemis maîtres de cette côte de la mer ; et s'ils se retirent et séparent, comme nous apprenons par des dépêches du roi d'Espagne interceptées et dont nous vous avons transmis copie , que les vaisseaux de Naples et ceux qu'ils ont loués des marchands ont ordre de se retirer après qu'ils auront

LETTRE DE M. D'ARGENSON. — AOUT 1641. 675 fait, s'ils le peuvent, ce qui leur est ordonné en Roussillon , je crois qu'aussitôt vous devez revenir; car de laisser cette côte sans vaisseaux et sans galères, c'est nuire, à mon avis , au service du roi , pour lequel je vois ces peuples plus échauffés que jamais, bien que les partisans d'Espagne s'efforcent, autant qu'ils le peuvent, de les décourager et de leur donner crainte en rehaussant la puissance de Castille. Le commis de M. Picard a voulu s'en retourner vous trouver avec son argent. Je crois que vous ne devez point, à mon sentiment, entrer votre armée dans le port de Toulon , de crainte de perdre vos gens. Je n'écris ceci que par une chaleur de zèle, car vous savez bien mieux' ce que vous avez à faire que je ne puis vous le dire. M. de Lamotte demande fort son infanterie, qui lui fait grande faute; c'est pourquoi je vous supplie de nous la renvoyer le plus tôt qu'il vous sera possible, comme il vous plaît me le faire espérer parvos lettres dernières. J'assisterai en ce que je pourrai le sieur de Vitré , qui s'en va à Cadequia , qui me met en plus grande peine que tout. Le sieur de Salez, qui est de retour, paiera le blé que vous lui avez lait délivrer.

Je suis de très-bon cœur,

Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Arcbnson.

La flotte française ayant été battue par la flotte espagnole , M. de Bordeaux envoya la relation suivante de cette défaite, qui plus tard causa sa disgrâce.

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