II
Je ferai venir le sieur de Lamct , et j'espère que nous n'oublierons aucune chose qui puisse servir à l'avancement des desseins du roi. Cependant vous me ferez plaisir de dépécher tous les capitaines de marine , afin que nous soyons plus tôt prêt que nos ennemis , et vous assuj-erez que je suis ,
Votre très-affectionné comme frère à vous rendre service,
Le Cardinal de Richelieu.
A Huel. le 17 janticr 1639.
Ensuite du rapport de M. de Bordeaux, le roi donna l'instruction suivante à ce prélat. Il y était expressément recommandé de chercher la flotte espagnole pour la détruire, et de plus, de tenter quelque descente à Bayonna, Cadix, la Corogne Sant-Ander et Fontarabie.
POUR M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , COMMANDANT L* ARMÉE NAVALE DU ROI EN PONANT, LAQUELLE IL N'OUVRIRA QUE LORSQU'IL SERA EN MER.
De Saial-G<!rmain-«ii-LaTt ■ I* iS février 1GÎ9.
Les vaisseaux qui doivent composer l'armée navale du roi sur l'Océan partiront des divers ports où il» sont à présent dès qu'ils seront en état, et se rendront en diligence a la rade de Saint-Martin de Ré, que sa majesté a ordonnée pour servir à assembler ladite armée, afin de prendre le reste des vivres, armes et munitions qui leur pourraient manquer, et faire effort d'y être assez à temps pour que l'armée en corps puisse mettre à la voile et sortir des pertuis dans le mois d'avril au plus tard.
Ladite armée étant assemblée, le sieur archevêque de Bordeaux, auquel sa majesté en a donné le commandement , fera embarquer sur les vaisseaux d'icelle vingt compagnies d'infanterie qu'il tirera du régiment de la Couronne, et plus s'il est besoin, pour faire jusqu'à
INSTRUCTION. — FÉVRIER ÎG30. 91
deux mille hommes effectifs , et après avoir renvoyé le reste des troupes destinées pour s'embarquer sur ladite armée, sous la conduite d'un maréchal-de-camp, en un lieu proche de la mer tel qu'il jugera plus propre à ses desseins, il minera l'armée tout droit à la Corogne eu Galice, pour y chercher celle d'Espagne , afin de la combattre, s'il se peut; et ne l'y trouvant pas, doublera le cap de Finistère pour l'aller chercher dans la baie de Vigo, à Lisbonne ou à Cadix, même au-delà de celui de Saint-Vincent, observant cela d'envoyer toujours au-devant de l'armée quelque patache bonne de voiles pour découvrir à la mer, et apprendre des nouvelles des ennemis.
En quelque lieu qu'il les trouve, soit en corps d'armée, soit par escadres, dans les rades ou dans les ports, il les combattra ou brûlera selou que l'occasion s'en présentera, sans en perdre aucune qui puisse lui donner avantage sur les ennemis , et sans «'arrêter à autre chose jusqu'à ce qu'il les ait entièrement défaits s'il se peut.
Après avoir rangé toute la côte d'Espagne depuis la Corogne jusqu'à Cadix, si l'armée d'Espagne a été combattue, et que Dieu ait eu agréable d'en donner au roi un bon succès, ou qu'il ne s'en soit rencontré aucune à la mer ni dans les ports, ledit sieur archevêque ramènera celle de sa majesté vers la France, en sorte toutefois que, rangeant les eûtes d'Espagne , il puisse faire des descentes aux lieux qu'il jugera à propos pour piller et brûler, afin de nuire et endommager les ennemis en tout ce qui lui sera possible, mettant pour cet ellet en terre tel nombre de gens qu'il aura besoin, soit desdites vingt compagnies de la Couronne , soit des équipages particuliers des vaisseaux.
En faisant ce retour, il fera reconnaître Rayonna, et tâchera de l'emporter par le pétard; et eu cas que la place se puisse conserver contre les ennemis, il y mettra telle garnison qu'il jugera à propos , dégarnissant même, en cas de besoin , une partie des vaisseaux pour servir à ce dessein , lesquels il pourra renvoyer en diligeucc au lieu où il aura donné le rendez-vous au reste de ses troupes pour embanmer autant de gens cru'il aurait été obligé d'en débanpier audit lieu ; mais ce dessein ne sera par lui entrepris qu'à condition de pouvoir conserver la place , et non autrement.
Au défaut de Bayonna, il viendra à la Corogne tenter le même dessein avec les mêmes précautions.
Et, en cas qu'il ne se pùt rien faire en l'un ou l'autre lieu, il suivra la cùtejusqu'àSant-Ander, où faisant mouiller l'armée dans la grande baie, il enverra une escadre de vaisseaux, brûlots et chaloupes dans le retour du port pour reconnaître s'il y aurait quelques vaisseaux des ennemis, afin que, soutenu du reste de l'armée du roi, on les pùt combattre ; sinon tenter, avec le canon , pétards et échelles , en mettant à terre le plus d'infanterie qui se pourrait tirer desdits vaisseaux , la prise de la ville, auquel cas il ne faudrait rien oublier ; et si le dessein succédant ou trouvait lieu de la fortifier ou partie d'icelle, ou quelque éminence proche d'où l'on pùt dominer la ville et le port pour y tenir les vaisseaux du roi en sûreté , il faudrait absolument s'attacher à l'exécution de ce dessein toutes choses cessantes, mais aussi prendre bien garde que les ennemis ne se puissent pas fortifier de l'autre côté pour rendre le port inutile, cette place ne pouvant valoir qu'en tant qu'il commandera le port, et cela ne se pouvant faire, il suffira de la piller et brûler entièrement.
Après cette exécution , ledit sieur archevêque enverra une patache à Saint-Jean-de-Luz ou à Bayonne pour recevoir les commandements du roi et les exécuter.
S'il n'y en reçoit aucuns, et qu'il apprenne que l'armée de sa majesté qui doit entrer dans le Roussillon y fût si bien attachée qu'elle eût attiré en cet endroit toutes les forces qui sont dans la Biscaye et la Navarre, en sorte qu'on trouvât Fontarabie dégarnie et affaiblie de gens , ou du moins hors d'espérance d'être secourue devant qu'on en eût fait la circonvallation ; en ce cas, ledit sieur archevêque faisant un corps des troupes de recrues qu'il aurait laissées , et de celles de cavalerie et infanterie que sa majesté tiendra pour cet effet sur la frontière, même en dégarnissant une partie des vaisseaux, dont il ne tiendra à la côte de Fontarabie que ce qui sera nécessaire pour être maître du canal , envoyant le reste d'iceux à la mer pour empêcher que les ennemis n'en puissent assembler des leurs un nombre suffisant pour traverser ses desseins, et se diligentera de bloquer cette place, et fera