ET AUTRES NOUVELLES
Monsieur,
Bien que je croie que vous savez mieux à la mer ce qui se passe à la mer même que non pas nous , je ne laisse pas de vous dépécher par deux différentes voies pour vous avertir qu'on nous a donné avis de divers côtés que la Hotte des Indes arrive cet été en Espagne ; quelques Hollandais ayant même rapporté, comme je vous ai déjà mandé par autre voie, qu'elle avait paru vers les Açores. Cela étant, je crois que le dessein que vous avez pris d'attaquer les ennemis à la Corogne, s'ils y sont avec leurs vaisseaux , et celui-là , sont les deux meilleurs qui vous puissent occuper cet été ; et à mon avis vous pouvez être assez heureux pour réussir à tous les deux. Je ne crois pas que cette lettre vous trouve que vous n'ayez fait quelque chose à la Corogne, où, par les avis que nous avons , vous aurez indubitablement trouvé les vaisseaux des ennemis dans le port et ceux de Dunkerque chargés des Espagnols qui sont attendus en Flandre. Si , ensuite de quelque bon effet , vous êtes si heureux que de rencontrer la flotte que nous avons avis être
AVIS. — Jl.LN 1639. 111
fort mai accompagnée , votre voyage sera mieux employé qu'à quelqu'autre dessein que vous puissiez faire.
M. le prince est dans le Roussillon avec les forces du roi que vous savez. Son entrée a été fort heureuse , ayant en trois jours emporte Aupoulx , qui est la meilleure place du Roussillon après Perpignan; le port- Saint- Ange , qui fermait le passage entre la mer et l'étang Clcrad , et Ribasaltin, qui tient le passage de la rivière d'Agly , et est maintenant attaché au siège de Salar.
Nous sommes ausiége de Hesdin attachés à deux bastions, et j'espère que la place tombera au pouvoir du roi dans le quatrième juillet au plus tard. *
M. de Feuquières a été battu par Piccolomini devant Thionville , par le défaut de la cavalerie , qui a très-mal fait ; mais la perte des hommes est presque égale. Ensuite du bonheur que Piccolomini a eu en cette occasion , étant allé assiéger Monzon , M. le maréchal de ChAtillon lui a fait lever le siège honteusement, devant lequel a perdu plus de mille à douze cents hommes. C'est tout ce que je puis vous dire, sinon que je suis et serai toujours,
Monsieur,
Votre très-affectionné comme frère à vous rendre service.
Le Cardinal de Richelieu.
D'Abberille, le j$ juio i63g
M. de Bordeaux ayant voulu avoir l'avis de M. le cardinal d<- Richelieu sur le plan de campagne qu'il se proposait de suivre , reçut la dépêche suivante, dans laquelle M. le cardinal l'engageait surtout à tenter quelque entreprise contre la Corogne.