ÉTAT DE NICE ', VILLE ET CHATEAU
L'assiette du château de Nice est connue de tous ; il est situé sur une éminence dont la fortification occupe tout le sommet. H est irrégulier; mais toutes les défenses, ou du corps de la place , ou des ravelins détachés, n'excèdent quatre-vingts taises. La partie qui regarde le nord ou tramontane a des dehors qui consistent en un fossé fort étroit et deux demi-lunes aux angles flanqués de deux bastions ; elles
• IVice. Son port no peut contenir que de piers, par 43* 4' 49* N., et par 4' 56' W à pctiti vaUaeanx, Il ml a PO de Saint-Son- l'E. de Pari*.
ÉTAT DE MCE. — JANVIER Hi'.O. 139 sont très-petites, n'ayant pas l'angle Manqué de plus de cinquante degrés. Les bastions ont les angles fort aigus.
Il y a aussi des dehors. Du côté de ponant, un fossé creusé d'une toise dans le rocher et élevé artificiellement de deux, avec son esplanade au dessous du donjon et du ravelin , (pii y est attaché; il y en a un qui s'avance fort vers la ville, où il y a une porte-destinée à retirer les habitants, s'ils étaient forcés dans la ville.
Vers la partie du sud, ou mistral, il y a deux grosses tours. De ce coté, l'éminence est plus escarpée; presqu'au bord de la mer, il y a une fontaine. On assure qu'en cet endroit le rocher est minable.
Vers la partie d'est, ou levant, le rocher est plus droit escarpé qu en aucun autre endroit; le dessus n'est fortifié que d'une simple muraille haute de huit ou dix pieds qui fait partout des angles saillapts. et rentrants, et en quelques endroits de redans. On assure qu'il y a encore de ce côté-là une veine de rocher cpù se peut miner.
La ville est en bas, à l'ouest du château ; elle a quatre portes : celle de V illefranche , qui est défendue par deux boulevards et un ravelin détaché fait depuis peu. il y a un pont-levis à l'entrée de la porte, qui est au milieu d'une fort petite courtine, et une herse, et ensuite une autre porte qui n'est pas vis-à-vis.
A la porte du pont il y a deux ponts-lev is et une herse. La porte est percée toute droite ; il y en a une devant que de venir au pont, où l'on met un corps-dc-garde ; on conserve le pont de pierre pour servir de flanc à tout le côté du torrent qui n'a point d'autre liane , si ce n'est le ravelin qu'on a fait faire devant la porte de la place. Le bastion qui est du côté de la mer ne doit pas être compté pour défense, ne pouvant donner que du canon.
On n'a rien fait à la porte marine que de terrasser les murailles et mettre des barriques pleines de terre où les parapets étaietit rompus.
La garnison de la ville ne consiste tpi'en quatre cents hommes ; mais ils y peuvent mettre dix-huit cents hommes de milice, et six ou sept mille, s'ils étaient attaqués, et ce en vingt -quatre heures ; mais ces gens n'étant pas sous des drapeaux ni en régiments réglés, ne peuvent demeurer trois jours sur pied. Pour défendre le val , ils ne
peuvent faire plus de trois mille hommes , lesquels ne se hasarderont point à cette heure, qu'ils n'ont point de cavalerie. Ils ne peuvent empêcher le dégât à une armée de six mille hommes de pied et mille chevaux. Le comte de Balbian commande au château ; c'est le neveu du grand-maitre ; il est grand-maitre de l'artillerie.
Si on voulait attaquer la ville , il serait aisé de faire les batteries au chemin qui borde la rivière ; il y a des bastides pour les mettre à couvert; le terrain est fort bon pour faire des tranchées, pour remplir des gabions , et force arbres pour les faire. Les batteries ne seraient pas à plus de trois cents pas de la courtine, et la battraient à angle droit. Pour incommoder les habitants, il faudrait pouvoir détourner l'eau à rirapio, et la faire passer derrière la plat» : les habitants seraient .empêchés, le blé qu'ils ont recueilli n'étant pas en farine, et celui qu'ils ont d'ailleurs n'étant ps capable de nourrir tout le peuple qui viendrait sans doute à se retirer ; le château ne les assisterait pas , et cela pourrait produire quelque division.
Il est à remarquer que cette place ne se peut prendre par surprise à cause du château, qui y peut donner secours à toute heure, et que les habitants, sur l'assurance d'une retraite, se battraient de rue en rue, où ils ont déjà quelques retranchements.