‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 43 sur 226 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ans du sieur Bidaud, résident à Gènes, sur les desseins des Espagnols , pour Taunée 1640. — Élat de Nice et de Villefrancbe , parle baron d'Allemagne. — Idem , par le capitaine Roux , de Saint-Tropez. — Le roi au comte d'Alleu, pour l'engager à vivre en bonne intelligence avec M. de Bordeaux. — Instruction du roi à M. de Bordeaux pour la campagne de 1 b.j 0 . — Le cardinal de Richelieu a M. de Bordeaux . — M. d'ilarcourt à M. de Bordeaux. — M. de Bordeaux a M. le cardinal, sur l'armée navale, et sur le traitement qu'il doit rendre à M. le cardinal de Savoie. — Le roi A M. de Bordeaux , sur la prise de Casai par M. le comte d'Harcourt. — M. le cardinal de Richelieu à M. de Bordeaux, sur la peste qu'on dit être en Provence. — M. le cardinal a M. de Bordeaux , sur M. de Savoie. — M. Bidaud à M. de Bordeaux , sur les affaires d'Italie. — Le roi à M. le prince de Condé , sur les rebelles du Périgord. — Mémoires sur les affaires d'Italie. — M. de Bordeaux à M. le cardinal et a M. de Noyer* sur l'opportunité d'nnc expédition par mer. — H. de Bordeaux se plaint de ce que, sous le prétexte de la peste , dont on exagère les effets , M. le comte d'Alletz retient les troupes desliuées a M. de Bordeaux. — M. le comte d'Harcourt à M. de Bordeaux , sur la nécessité d'une diversion opérée par l'armée navale. — M de Bordeaux au cardinal , sur un secours de troupes pour l'Espagne qu'on embarque à Naplcs, et au passage duquel il va s'opposer. — M. Bidaud, sur les affaires dllalie. — Le roi a H. de Bordeaux, pour l'engager à s'opposer au secours de Naples , et à tenter quelque descente à Majorque et à Minorque, si l'occurrence est convenable. — M. Bidaud à M. de Bordeaux, sur la rcvr.lle de Barcelonne et le passage des galères de Naples. — Mémoires sur les affaires de Naples et d'Italie.

{Janvier — Juillet 1640.)

\a guerre continuait avec l'Espagne et l'Italie; les princes de Savoie avaient fait quelques offres d'accommodement à la

duchesse régente, sans que les hostilités cessassent dans le Piémont. Le nonce du pape avait aussi tâché de négocier une trêve de quelques années entre la France et le Milanais; quoique M. le marquis de Leganez parût disposé à accepter cette suspension d'armes, il faisait de grands préparatifs pour se mettre en campagne avant que les troupes françaises pussent avoir passé les monts. M. le cardinal de" Richelieu agissait de même, augmentait le 'nombre des troupes du roi, tout en négociant apparemment la paix, pensant que le prince Thomas de Savoie ne parlait d'accommodement que pour se rendre les Piémontais favorables, et les soulever contre la duchesse régente sa belle-sœur.

M. le cardinal de Richelieu désira cette année tenter deux attaques importantes contre Nice et Villefranche ; mais les nouveaux différends élevés entre M. le comte d'AHetz et M. de Bordeaux paralysèrent les desseins du premier ministre. Sous le prétexte que la peste ravageait la Provence ( assertion au moins singulièrement exagérée), M. le comte d'Allctz , jaloux des opérations militaires qu'aurait pu tenter M. de Bordeaux , retint les troupes que le cardinal lui avait ordonné d'envoyer dans cette province.

JANVIER 1640. 137 M. Ridaud , résident à Gênes , donne l'avis suivant sur les desseins de l'Espagne et des princes piémontais.

AVIS

REÇU DE M. BIOAl'D , RÉSIDENT A gAnBS, DU 3 JANVIER 1640, QUE LES ESPAGNOLS ATTAQUERONT CASAL AU COMMENCEMENT DE MARS, POUR TIRER LES TROUPES DU ROI DE FRANCE HORS DU PIÉMONT POUR DONNER MOYEN AU PRINCE THOMAS DE S'Y FORTIFIER; QUE LES Tl RCS ARMENT PUISSAMMENT PAR MER, ET QUE NAPLES ET SICILE AURONT BESOIN DE LEURS VAISSEAUX ; QUE LES ESPAGNOLS ET PIÉMONTAIS VOULAIENT SE JOINDRE ET ENTREPRENDRE ENSEMBLE SUR LA CITADELLE DE TURIN.

Je viens tout à cette heure d'arriver de la frontière, où j'ai été pour les affaires de Casai , que les ennemis se disposent d'attaquer au commencement de mars , non pas qu'ils espèrent remporter , mais pour divertir les forces du roi de Piémont, et donner moyen au prince Thomas, qu'ils ne peuvent assister d'hommes , d'y allêrmir ses affaires* J'en ai donné avis à M. de La Tour, afin qu'il se tienne sur ses gardes, et d'un traité qu'un officier français , duquel je n'ai pu savoir le nom, mais bien qu'il se sert des juifs de Casai et Alexandrie pour faire tenir ses lettres, a fait avec le marquis de Leganez. Celui-ci sera faible cette année encore, qu'il se servira de ses garnisons comme il a fait l'année passée , estimant que nous nous avancerons au Piémont , ou à secourir Casai , s'il l'attaque, sans entreprendre autre chose, car les Turcs arment puissamment par mer. Naples et Sicile ont besoin de leurs forces, qui ne sont pas même capables elles seules de se défendre ; et il semble, quoi que Leganez se promette des Bourguignons et Allemands, que la nécessité qu'ils ont de leurs hommes le rend impossible. La valeur de M. le comte d'Harcourt étonne fort les Espagnols et le* Piémontais; ceux-ci étaient assemblés pour entreprendre, à ce qu'on écrit, sur la citadelle de Turin; mais l'arrivée de moudit seigneur en icelle les a dissipés. La négociation de M. le nonce de Turin pour la trêve et l'accommodement de Madame avec les princes est allée en fumée , celle du sieur Faragalle, envoyé parle cardinal Barharini, fera le même;

aussi tous les entremetteurs nous sont trop suspects et trop adhérents d'Espagne pour ne connaître pas que leur dessein de faire la trêve n'est que pour donner temps aux Espagnols de secourir ailleurs, et que celui de raccommodement n'est qu'un prétexte pour pouvoir tromper Madame, et, par des allées et venues, faire de nouvelles intelligences dans les places qui lui restent ; car , quand ils voudraient, ils ne le peuvent faire sans le consentement des Espagnols, qui ne rendront jamais les places qu'ils tiennent en Piémont, que forcés. J'ai eu néanmoins avis certain que Madame continue ses négociations avec M. le cardinal, et qu'un de ses secrétaires s'est abouché fort long-temps avec un gentilhomme dudit cardinal. Dieu veuille que sou altesse ne traite à l'insu du roi, et que les négociations ne lui produisent des malheurs en Savoie !

Le roi voulant tenter une expédition contre Nice et Villefranche, le cardinal fit demander les notions les plus précises sur ces deux places fortes, avant de rédiger les instructions de M. de Bordeaux. Les notes suivantes, dont l'une est de M. le baron d'Allemagne, et l'autre du capitaine Roux de Saint- Tropez , donnent un aperçu topographique et militaire de ces positions.

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