ORDRE DU ROI
AU TRÉSORIER DE PROVENCE DE PAYER LES TROUPES SUIVANT L'ORDONNANCE DE H. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX.
Le roi voulant pourvoir à ce que les troupes de cavalerie et infanterie de son armée de Provence , dont sa majesté a donné le commaudement au sieur archevêque de Bordeaux, général d'icelles, soient ponctuellement payées de leurs montres lorsqu'elles seront dans ladite armée, sa majesté ordonne et enjoint tres-expressément , au trésorier de son pays de Provence , d'apporter ou d'envoyer par un commis le fonds destiné pour le paiement des régiments de Provence et des galères , et des compagnies de gendarmes des sieurs comte d'Alais et comte de Castres, en quelque lieu que lesdits régiments et compagnies de gendarmes puissent être, durant la prochaine campagne, à peine de répondre en son propre et privé nom du préjudice que le service de sa majesté pourrait soulfrir à faute dudit paiement; lequel sa majesté ordonne audit trésorier ou commis de solder suivant les ordonnances particulière:» dudit sieur archevêque de Bordeaux. Moyennant les quittances et les rôles et acquits en bonne forme, ledit trésorier en demeurera bien et valablement déchargé partout où il appartiendra.
LOUIS
Su BLET.
Fait i Sainl-Germein en-Lare, le M ra*r* i6Jo.
Daas cette instruction, le roi donne ses ordres à M. de Bordeaux pour la campagne de i64o.
DONNÉE PAR COMMANDEMENT DO ROI A M. L'ARCHEVEOUE DE BORDEAUX S'EN ALLANT COMMANDER L ARMÉE NAVALE DB 8A MAJESTÉ EN LEVANT, CELLE DE TERRE EN PROVENCE, DDR A NT LA PRÉSENTE ANNÉE 1640.
Écrit i Rurl , le *3 nun 1640.
Comme sa majesté a une entière conOance en la bonne conduite et l'alFection particulière qu'a toujours témoigné M. l'archevêque de Bordeaux pour le bien de son service , et qu'elle ne doute point qu'il ne perdra jamais aucune occasion de lui en faire voir les effets , aussi sadite majesté lui fait-elle donner plutôt la présente instruction pour le faire souvenir de ses intentions que pour lui prescrire ce qu'il aura à faire.
Lorsque ledit sieur archevêque aura mis l'armée navale en état d'aller en mer, et qu'il aura donné les ordres et fait préparer toutes les choses nécessaires à cet elîet, en sorte qu'il ne puisse douter qu'elle ne fasse voile au premier vent, il s'en ira ès lieux où sont les troupes qui doivent servir enPnnence , pour leur donner rendez-vous et disposer leur marche, en sorte qu'elles soicut toutes arrivées en Provence à la fin d'avril.
L'armée navale et celle de terre y étant assemblées, s'il n'apprend que l'accommodement proposé entre sa majesté et M. le cardinal de Savoie soit conclu , son principal soin doit être de découvrir les moyens par lesquels il pourra plus facilement entreprendre sur Villefranche et sur Nice , soit par surprise, soit par siège; pratiquer en ce sujet tout ce qu'il estimera convenable à cette fin.
Que si ledit sieur archevêqueapprend que sa majesté soit accommodée avec ledit sieur cardinal de Savoie, ou si quelque nouvelle fortification , ou l'arrivée d'une armée ennemie autour des places susdites, l'obligent de quitter ses premiers desseins, il verra s'il peut assiéger aveesuccè» Morgues ou Final, et entreprendra l'un ou l'autre, au cas qu'il juge le pouvoir faire.
INSTRUCTION. — MARS 1640. 147
Ou s'il voit lien d'attaquer les places d'Espagne qui sont depuis Civita-Vecchia jusqu'à Gènes, comme Porto-Ercole, Porto-Longone ', ou Orbitella Telamone , Sant-Andrea , ou autres, il le fera , tirant des alliés de sa majesté l'assistance qu'il pourra.
Que si d'aventure il se trouvait obligé de passer sur les terre* de» alliés de la couronne , comme sur celles de Gènes, de Parme , ou quelques autres , il le pourra (aire , ayant soin qu'il ne s'y commette aucun désordre ni aucun dégât. Cependant il ne le fera pas sans envoyer premièrement en demander la permission , de laquelle il se doit tenir si assuré, que, pour ne perdre pas le temps d'exécuter ses desseins par un trop grand délai, il ne laissera pas de passer outre sans en attendre la réponse.
Quelque résolution qu'il prenne , il donnera si bon ordre à la sûreté de la côte de Provence , que les ennemis n'y puissent rien entreprendre durant que l'armée sera occupée à ces sièges.
Ledit sieur archevêque sachant les avantages que sa majesté a toujours remportés sur les ennemis , lorsque ses armées navales les ont attaqués en mer, l'on estime superflu de lui dire que l'intention de sa majesté est qu'il ne perde aucune occasion de le faire, quelque part où il les rencontre, soit pour les brûler, ou pour leur donner bataille.
Que si après avoir fait ou failli les desseins ci-dessus, le temps et la commodité lui permettaient d'envoyer une brigade dé vaisseaux vers Tunis et Alger, il le pourra faire, traitant avec ceux desdits royaumes selon la teneur des pouvoirs qui lui en ont été donnés ès années 1036 et 1637; le tout pour les obliger à rendre les esclaves chrétiens qu'ils y détiennent et de vivre en paix avec la France.
Et d'autant que sa majesté sait que son service ne se peut faire aver avantage que par la bonne intelligence et correspondance entre ceux qui sont employés, sa majesté recommande très-expressément audit sieur archevêque de vivre de sorte avec M. le comte d'Allete, son lieutenant-
1 Port r.-l. oogone , fortercme qui défend au fond d'un golfe formé par use étroite pé-
un port sur la cote de l'île d'Elbe. ni orale qui se termine à Montargcntal Or-
* Orbiulla , sur la côte S -O. d'Italie , à bitella a nn bon port ; cette ville est par 4j"
dii^ept lieues an N.-O. de Rome; elle est 39' N., et par 9* 99' a l*E. de Paris.
iM LIVRE V. — CHAP. VIII.
généra 1 en Provence , qu'il ait tout sujet de se louer de lui, n'entreprenant, ni donnant aucun ordre dans l'étendue de son gouvernement qui puisse altérer l'union qui doit être entre eux , pour faire réussir toutes choses au contentement de sa majesté.
Si M. le cardinal de Savoie demande à traiter, ledit sieur archevêque le pourra faire, pourvu que le traité se puisse conclure en deux jours, et qu'il se fasse selon les conditions qui en seront envoyées audit sieur archevêque. Bien entendu que ledit sieur archevêque ne se désistera en aucune façon de la continuation de l'entreprise qu'il aura faite sur les places qu'occupe maintenant ledit sieur cardinal, quelque pourparler d'accommodement qu'il puisse y avoir entre eux , parce qu'autrement ledit sieur cardinal ne manquera pas d'en faire naître , pour avoir le temps de recevoir du secours et éluder les desseins dudit sieur archevêque.
Le Cardinal dk Richelieu.
Fait .• Rue) , Ir i3' jo<ir de mars i64<>
M. le cardinal de Richelieu engage M. de Bordeaux à hâter son départ pour la Provence.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
A M. l'archevêque oe bordeaux.
J'ai reçu le paquet que vous m'avez envoyé. Je suis très-aise que vous soyez en état de partir demain, car, à vous dire le vrai, rien ne me fait appréhender un mauvais succès en votre voyage que la crainte que j'ai que vous n'arriviez pas à la fin d'avril en Provence, comme c'est chose absolument nécessaii-e si vous voulez faire quelque chose de bon. Je ne vous exagère point ce que je pense là-dessus; mais vous verrez que rien ne sera plia contraire au bon événement que vous devez vous promettre que manquer d'être prêt assez à temps.
Je savais bien que l'ambassadeur d'Espagne allait à Hyères pour empêcher M. le cardinal de Savoie de s'accommoder avec Madame. Je