‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 54 sur 226 · LETTRE DE M. LE COMTE D'IIARCOURT · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE COMTE D'IIARCOURT

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

Monsieur,

La bataille de Casai, où il a plu à Dieu de favoriser les armes du roi , ayant mis l'armée des ennemis en tel état que le marquis de Legaucz a eu peine jusqucs à présent de la rassembler telle qu'elle était avant le combat; néanmoins les Espagnols font des ellbrts si extraordinaires pour se fortifier, qu'il espère venir bientôt jeter un secours dans Turin que je tiens bloqué, et où, jusques ici, toutes choses ont lieureusemen l succédé, grâces à Dieu; et nous sommes bien résolus de ne laisser pis bien aisément secourir cette place, à quoi si les ennemis ne peuvent réussir, ils entreprendront sans doute sur quelqu'une de celles que le roi tient par deçà; mais si vous les occupez bientôt du côté de la mer, comme nous l'espérons, il est à croire que la jalousie que vous leur donnera les obligeant à se séparer, il leur sera difficile d'empêcher vos efforts ni les nôtres , et que nous pourrons utilement nous prévaloir de cette conjoncture. Sur quoi je vous supplie de me faire part de vos pensées, et croire que vous nous trouverez très-disposés à faire, de notre côté, tout ce qui sera nécessaire pour le bien des affaires du roi , pour la satisfaction de son érainence, et à vous témoigner, en votre particulier, que je suis, etc.

MAI 4640. m M. le cardinal de Richelieu enjoint à M. de Bordeaux de ne s'engageren rien envers M. le cardinal de Savoie, et de répondre qu'il s'en référera toujours aux ordres du roi.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

MoMLEDR ,

Je n'ai pas grande instruction à vous donner sur le sujet de M. le cardinal de Savoie, puisque je n'ai autre chose à tous dire sinon que, s'il vous fait quelque proposition , vous n'avez autre réponse à lui faire , au cas que vous les jugiez raisonnables, (pie vous les ferez savoir au roi , sans vous désister en aucune façon de tout ce que vous estimerez pouvoir faire réussir par la force.

Je ne saurais vous dire le déplaisir que nous apporte la peste de Provence , parce qu'elle interrompt les projets que nous avions faits en ces côtés-là ; mais il faut se soumettre à tout ce qu'il plaît à Dieu de nous envoyer.

Je suis , monsieur,

Votre affectionné comme frère à vous rendre service.

Le Cardinal de Richelieu.

D.- Soiwoo» , le »3 m»i i64<i.

M. Bidaud continue de tenir M. de Bordeaux au courant des affaires d'Italie, et lui signale les progrès de la révolte en Catalogne.

LETTRE DU SIEUR RIDAUD

A M. L ARCHEVEQUB DE BORDEAUX.

Monseigneur ,

Je ne me donne point l'honneur de vous rendre compte particulièrement de l'état des affaires d'Italie et des ennemis, puisque j'en ai u. 21

pleiuemeut informé M. de Raiidonvilliers pour le faire , qui ma été envoyé exprès par M. le commandeur de Guitault, qui l'a jugé personne assez prudente et secrète, comme il l'est véritablement, pour lui être confiées choses de si grande importance. Si , lorsque vous serez à la mer, vous m'ordonnez , monseigneur, de me rendre auprès de vous pour vous rendre compte plus exact de toutes choses , je le ferai incontinent; peut-être que vous jugerez qu'il ne sera pas inutile au service du roi , et je crois que vous trouverez à propos de me commander que je demande la pratique de cette république, qui a banni le Languedoc et la Provence à cause de la maladie contagieuse , afin que l'armée qut* vous commandez, mouillant dans leurs ports et havres, le refus de lui donner pratique n'apportât quelques inconvénients et nouveau sujet de mécontentement à sa majesté.

M. le marquis de Leganez esta Quierset Moutcarlier avec le reste de ses forces et milices pour secourir Turin, en ôtant les vivres à M. le comte d'Harcourt. Il n'est pas à se repentir de s'être engagé si avant , maintenant qu'il reconnaît, contre son opinion, que son éminence est résolue de le combattre, et que s'il est défait encore cette fois, il a joué non seulement ses acquisitions du Piémont, mais encore le Milanais.

Les tumultes augmentent eu Catalogne : huit ou dix mille hommes s'y sont assemblés sous des personnes de considération, et on a tué le commissaire qui avait été établi pour s'opposer auxdites séditions, et le capitaine des gardes du marquis Spinola , don Francisco de Melos , a aussi de la peine à apaiser les Siciliens , qui l'ont tenu assiégé huit jours dans son plais.

Le sieur Giovan-Battista Bertololto, génois , m'a envoyé ici un patron du même pays, nommé Ambroise Lion, pour retirer du service des ennemis le capitaine Carriola (homme fort pratique des ports et anses desdits ennemis ) , et l'envoyer à votre éminence. Je l'ai disposé à cela , et il partira lorsque vous me l'ordonnerez, avec deux autres officiers qui dépendent de lui. Ledit patron Lion s'en retourne en Provence; je lui ai ordonné de passera Final, Morgues, Villefranche et Nice, pour \ous rendre compte de l'état des aûàires eu ce» lieux -là.

Il vient d'arriver une galère de Naples qui assure que sept île son

LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — MAI 1640. 163

escadre et deux de Malte embarquaient de l'infanterie pour Final, où elles seront du» peu de jours, et les autres attendront celles de Sicile pour faire le même voyage avec quelques vaisseaux marchands el polacres. Toutes lesdites galères sont très-mal armées de chiourmes et de mariniers , et n'ont point eu jusqu'à présent de soldatesque pour leur défense, et celle qu'ils portent est sans autre arme que l'épée. M. du Coudray-Montpensier est ici eu quarantaine ; il vous écrit par ledit sieur Randonvilliers : je le servirai comme je dois, je vous supplie de le croire, et d'honorer de vos bonnes grâces et de vos commandements ,

Monseigneur , votre très-humble , etc

Bidaud.

Gtan, 3i mai .640.

Le roi engage M. le prince de Condé à opérer au plus tôt sa jonctiou avec M. le comte d'Harcourt , et à sévir contre les révoltés du Périgord.

LETTRE DU ROI

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