A M. DE NOYERS
Monsieur ,
Je suis extrêmement obligé à la bonté de ceux qui sous prétexte de peste , qui n'est en Provence qu'à Arles , Martigues et Lambcsc , quarante lieues loin du lieu où l'armée se devait assembler, m'ont ôté hors l'embarras où mon afl'ecti on" m'eût mis par le désir de servir le roi et son éminence.
J'ai remis les troupes entre les mains de son altesse ; mais il ne pourra pas tirer grand service des régiments de la Couronne et des Vaisseaux, d'autant que leur ayant commandé de se défaire de leur équipage pour s'embarquer, le fonds pour ce faire ayant manqué, comme vous savez ; on est contraint de les faire marcher le long des rivières , il. aa
pour faciliter le port de leur équipage ; les communautés leur fournissent de chevaux pour les personnes des officier».
11 reste à savoir ce qu'il vous plait qu'on fasse de la cavalerie, officiers-majors , artillerie , gardes , prévôts et archers , et de tous les préparatifs faits par vos ordres , et si on congédiera le tout sans leur donner un teston pour se retirer chez eux.
Pour la mer, j'attendrai l'ordre qu'il vous plaira que l'on tienne, ne sachant à quoi employer les vaisseaux , puisque toute l'Espagne est réduite , en levant, à uu seul vaisseau du grand-duc et un anglais frété , comme vous me faites l'honneur de me le mander, qui me fait croire que c'est un grand dommage d'employer tant d'argent inutilement , n'y ayant rien à faire à la mer, et point de troupes pour agir à terre ; car d'espérer qu'ils attrapent les galères ennemies, cela leur est défendu comme à l'infanterie d'attraper la cavalerie.
Pour les galères, outre qu'elles ne sont pas en nombre, n'y en ayant que dix-huit pour combattre quarante-cinq d'Espagne, c'est que M. de Forbin m'écrit, du 7 mai , qu'il n'a encore reçu que vingt mille livres pour sou armement, et le Picard, du 22 mai, qu'il ne peut tirer uu teston de Sabatier.
Pour ce qui est de mettre des troupes sur les vaisseaux, vous m'ordonnerez , s'il vous plaît, la quantité ou quel dessein, aGn de proportionner le nombre à l'entreprise ; car de fortifier nos vaisseaux pour les deux des ennemis, il n'y a pas d'apparence; pour prendre leurs galères, il ne se peut espérer, pour nous empêcher d'en être pris, je ne crois pas qu'ils y songent; et puis il n'y a que le canon qui serve en ce cas, et l'in(hnterie lors se met à fond de cale qui est sous l'eau.
Pour le fouds de leur subsistance, vous vous souviendrez, s'il vous plait, que l'année passée , l'ayant avaucée sur votre parole , j'en ai été remboursé en pistoles légères après le décri , de sorte que , par ordre de son émiuence, j'ai mis cet argent entre les mains de M. Sabatier pour en rewvoir de l>oii argent, vers le mois de septembre. Il y a trentecinq mille livres à cette partie ; pour les vingt-cinq qui restent, ils sout prêts à mettre où et quand il me sera ordouué , mais vous croirez bien que ce n'est pas un fonds de grande importance, le peu que j'avais
de mon petit péculir.m ayant été employé pour lever et faire subsister les gardes que vous m'avez commandé de lever, à faire subsister les officiers particuliers de l'état-major que je mène de France , et achever des préparatifs qui sont dans l'île Sainte-Marguerite, dont j'espérais me rembourser du fonds que vous m'aviez, assuré devoir être à la fin d'avril pour cet efFet en Provence.
Les contestations et les rivalités de pouvoir qui avaient déjà tant nuiauservice du roi, divisèrent de nouveau ses officiers. Sous le prétexte que la peste était en Provence, M. le comte d'Alletz retenait les troupes queM.de Bordeaux devait prendre à son bord, les Espagnols n'ayant plus de vaisseaux ronds à opposer à ceux de la flotte française , tenaient la mer avec leurs galèrcs\ et fuyaient dès qu'ils apercevaient une escadre de vaisseaux, les galères pouvant naviguer pendant le calme, et leur marche étant d'ailleurs beaucoup plus rapide. Quant aux galères de France, elles se trouvaient en si petit nombre (dix-sept) comparé aux forces espagnoles (quarante), qu'on ne pouvait hasarder un combat inégal. M. de Bordeaux se plaignait donc avec assez de justesse des lenteurs ou du mauvais vouloir de M. le comte d Alletz, qui rendait ainsi l'armement naval inutile.
Les lettres suivantes de MM. de Noyers et de Bordeaux sont relatives à ces faits.
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. L ARCHEVEQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT LE CONSEIL TENU A BEAUMOKT ET LE PASSAGE DE L'ARMEE DU ROI EN PROVENCE , ET QUELQUES PAIEMENTS DES GALÈRES.
io juin i*i.}o
Monsieur ,
Je prie Dieu que ce qu'on vous a dit et que vous me faites l'honneur de m'écrire touchant la maladie contagieuse de Provence et de Lan-
guedoc se trouve véritable ; messieurs de Rome, qui ont traversé toutes les villes de Provence sans aucune excepter , se trouveront avoir eu de mauvais avis ; mais il est à désirer d'être souvent trompé de cette sorte.
Pour ce qui est des troupes qui y devaient aller , je ne vois pas que ceux qui auraient eu la pensée d'en décharger la province, en faisant courir un bruit si funeste, y aient fort bien réussi , puisque nous restant encore près de cinq mois de campagne , il y aura bon moyen de leur en faire faire pénitence.
J'ai vu par le résultat du conseil tenu à Beaumont que monseigneur le prince m'a envoyé, que vous l'aviez assuré que les régiments de la Couronne et des Vaisseaux n'étaient pas encore en état de servir le quatrième dessein ; de sorte qu'il me semble que nous avions beaucoup plus de sujet de nous plaindre de leur diligence qu'eux du retardement de la montre, puisqu'ils ne sont pas encore en lieu où ils aient titre de la prétendre.
Si l'on eût persisté dans le dessein de feire passer l'armée en Provence, je n'aurais pas manqué, suivant ma promesse, de prier messieurs les surintendants d'y faire tenir le fonds de la montre à temps et à heure; mais comme ils n'ont pas ignoré ce changement, et que je n'aurais pas eu bonne grâce de leur demander la montre d'une armée qui n'était , je m'assure que vous ne me jugerez non plus blâmable qu'eux de ce retardement, et que vous vous contenterez que je fasse faire maintenant les diligences requises pour que le fonds des régiments que vous embarquez sur vos. vaisseaux soit donné comptant au trésorier qui a charge de faire le paiement de leur montre.
L'ordre pour faire revenir le train et l'équipage de l'artillerie de Provence a été envoyé par M. le grand-maitre il y a plus de quinze jours, et il aura sans doute soin d'eu faire payer les officiers ainsi qu'il est très-juste.
M. le bailli de Forbin, qui vous a mandé que les galères n'avaient touché que vingt mille livres cette année , a écrit aussi à son éminence qu'ils n'avaient pas reçu les deux cent mille livres entiers qui leur devaient avoir été payés comptant; mais, par la même lettre, il l'assure qu'il n'a pas laissé de pourvoir à l'armement et avitaillement des ga-
LETTRE DE M. DE NOYERS. — JUIN 1640. 173 lères qui doivent servir avec les vaisseaux ronds, de sorte qu'il s'assure que vos desseins ne seront en aucune façon retardés pour ce manque de paiement. Ce n'est pas que l'on ait fait par deçà les plaintes de la mauvaise foi de tous ceux sur lesquels lesdites galères sont assignées , et que monseigneur n'en ait souvent écrit à messieurs des finances; mais les instances que nous faisons en fait d'argent n'ont pas toujours, à notre^rand regret , de si prompts effets qu'il serait à désirer pour le servicetlu roi.
C'est tout ce que je vous puis mander pour le présent, avec les assurances de mon très-humble service, et d'être toute ma vie,
Monsieur ,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur.
De BltriDcourt, le 10 juin 1640
LETTRE DE M. DE NOYERS A H. l'archevêque db boedealx.
Monsieur ,
Vous aurez déjà su que son éminence ayant vu le dortoir de votre belle abbaye de Royaumont en péril , elle me commanda de voir avec le père prieur le remède qu'on y pourrait plus commodément apporter, et à moindre frais; ce que nous jugeâmes ensemble ne pouvoir moins coûter que trois mille livres , lesquelles j'avançai volontiers pour une si bon œuvre , et proposai à son éminence que je tacherais de m'en faire rembourser sur vos gages du conseil des deux dernières années , en m'envoyant vos blancs , dont après le recouvrement fait, je vous ferai rendre le reste , montant à mille livres ; je les attends donc , monsieur, et vous promets d'employer tout mon petit crédit pour vous sortir de cette petite affaire, et de rester toujours, Monsieur,
Votre très-humble et très-affectionne serviteur.
De Noyers.
De Bléraocourt , ce ao juin i6$o.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
A M. L'ARCHEVEQUB de bordeaux.
MONSIEUR
J'ai reçu vos lettres du 3 de ce mois, et vu ce que vous avez^ écrit à M, de Noyers. Il vous fait savoir si particulièrement les intentions du roi sur toutes choses qu'il serait superflu d'y rien ajouter. Aussi me contenterai-je seulement de vous dire que je voudrais de bon cœur que la peste fût aussi peu en effet en Provence qu'elle y est selon votre pensée. Lorsque vous y serez, vous en pourrez juger vous-même. Cependant, afin que vous ne soyez pas destitué des moyens de faire quelque chose de bon en ces quartiers-là, comme vous le proposez, si la peste n'y est point, on vous laisse le régiment de Normandie que vous demandez , sans le faire passer en Italie, comme le roi l'avait résolu , et outre cela on fait état de vous donner autant de régiments qui sont dans la Guienne et le Languedoc que vous en aurez besoin , si vous les pouvez employer utilement.
Le roi a trouvé fort bon la permutation que vous avez faite de votre abbaye avec celle de Sainte-Croix de Bordeaux. Je vous en envoie les expéditions. Assurez-vous de la continuation de mon affection, et que je suis véritablement ,
Monsieur,
Votre très-affectionné comme frère à vous rendre service.
Le Cardinal de Richelieu.
De Merancourt, ce 10 juin i6|o.
JUIN 1640. 175 LETTRE DE M. L'ARCHEVÊQUE DE RORDEAUX
A. M. LE COMTE DALLETZ.
De P«rfi>a,
Monsieur ,
J'ai eu commandement de M. le prince arrivant auprès de lui a Pézénas , de vous dépêcher ce garde pour vous porter un paquet dont il m'a chargé.
Son altesse a été extrêmement étonnée quand elle a trouvé non seulement les troupes, mais aussi les officiers particuliers qui ont ordre d'aller servir en Provence , arrêtés sur le bord de la rivière sans cjue l'on leur ait voulu donner l'entrée de la province où leur charge les appelait. J'ai cru non seulement que ces ordres ne venaient point de vous, mais aussi qu'ils étaient donnés à votre insu, sachant l'aH'ectiou et le zèle que vous avez toujours fait paraître au service du roi, el que la plupart de ces troupes étant ici depuis trois semaines , il est à craindre qu'elles ne se dissipent et ne prennent du mal étant au seul lieu où l'on l'appréhende le plus, et ne retardent par ce moyen le service de sa majesté. C'est pourquoi je vous supplie très-humblement , monsieur, d'y vouloir remédier et de me faire l'honneur de me mander si vous n'avez pas vu un commissaire des guerres que sa majesté vous envoyait pour cet effet, parce que nous n'avons nulles nouvelles depuis trois semaines : j'espère cette grâce de votre bonté , et que vous me croirez , etc. , etc.
A M. LE CARDINAL DE RICHELIEU, LUI ASSURANT QU'IL N'Y A POINT DE PESTE BU PROVENCE, AUX LIEUX OU LES GENS DE GUERRE ONT A FAIRE.
MoKSEJGNEUI i
Si je vous avais menti une fois je m'estimerais indigne de vivre, et pour cet effet je vous confirme encore ce que je mande à votre éminence qu'il n'y a nulle peste en Provence qu'en trois lieux , que je tous monde à peine de ma tête , lesquels sont quarante lieues loin des
lieux où nous avons à foire; mais il semble que l'on fait tout ce que l'on peut pour nous la faire prendre. Il y a quinze jours que nos troupes sont sur le bord du Rhône sans qu'on les ait voulu laisser entrer en Provence, quoique j'aye envoyé quatre lettres au roi que M. de Noyers m'a renvoyées pour cet effet, que j'ai accompagnées autant des miennes sans que j'aye reçu aucune réponse, ni que pas un de ceux que j'ai envoyés soit revenu , les meqaçant de les arquebuser partout où ils passent , sous prétexte de la peste du Languedoc. Je ne sais pas si c'est comme M. le comte d'Alletz entend que nous ne nous brouillerons point ensemble en m'empéchant d'entrer dans la province , mais je puis assurer votre* éminence que cela coûte déjà quinze cents hommes , qui se sont débandés des troupes, et le risque de prendre la peste, laquelle est sur le bord du Rhôue. J'ai cru que je devais rendre compte à votre éminence de ce commencement qui n'aura rien de facile pour l'exécution du dessein.
Le prétexte que l'on prend maintenant est de ce que M. le grandmaitre de l'artillerie a redemaudé ses officiers, ce qui m'a étonne autant que M. le comte d'Alletz, ne voyant pis ce qu'on pourra faire îles troupes sans artillerie, et demande pour la conduire.
J'ai reçu les brevets de Sainte-Croix , dont je rends grâces trèshumbles à votre éminence , et la supplie très-humblement de croire que je ne serai jamais ingrat des bienfaits que j'ai reçus d'elle.
A M. LE COMTE D'ALLETZ, A SAINT-GILLES , " POUR LE PRIER DE DONNER DE BONS LOGEMENTS AUX TROUPES.
Monsieur ,
Le dépérissement des troupes, la peste qui les talonne de fort près, et le grand nombre de celles que M. le prince pousse devant lui , m'a obligé d'en faire passer les régiments et les compagnies de cavalerie qui sont sur le Rhône il y a dix jours , comme je vous mandai hier , attendant de vos nouvelles, pour les loger aux environs de Tarascon
LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — Jl IN 1fi/»0. 177 jusqu'à ce que nous sussions quel logement il vous plairait leur donner, pour éviter l'entier dépérissement des troupes et le reproche que le roi en pourrait faire.
Je vous envoie la quatrième lettre du roi qui m'a passé par les mains pour vous pour cet cllet : la première, que M. le bailli de Forbin vous a donnée il y a trois mois, la seconde, que vous a portée le commissaire des guerres qui devait recevoir les troupes au passage du Rhône il y a un mois ; la troisième, M. Duplessis de Besançon il y a huit jours , et la quatrième qui est ci-jointe ; toutes lesquelles j'ai pris la liberté d'accompagner d'autant de lettres, par lesquelles je vous rendais compte «les commandements que j'avais du roi , et vous assurer dç mon obéissance. Je ne compte point autant d'autres lettres que M. de Noyers a assuré son éminence vous avoir envoyées et celle qu'elle a pris la peine de vous écrire elle-même, dont sa bonté a voulu m'en donner avis.
Il pssa hier un courrier de M. le prince venant de la cour, qui m'apporta ordre de passer promplemenl avec ses troupes, si bien que je fais toutes les diligences imaginables pour aller voir l'état auquel est l'armée navale, et pour vous assurer de vive voix de la sincérité dans laquelle je suis , etc.
M. d'Harcourt, alors occupé au siège de Turin , regrette les lenteurs qui ont empoché M. de Bordeaux de venir le joindre, car la diversion que l'armée de M. de Bordeaux eût opérée , aurait été d'un grand secours au siège de Turin, en forçant l'ennemi à diviser ses forces.
LETTRE DE M. D'HARCOLRT a m. l'archevêque de bordeaux.
Monsieur ,
Nous sommes malheureux qu'il se soit rencontré tant de diflicultés à votre passage en Provence, sachant bien que vous auriez déjà lait quelque entreprise importante qui eût obligé les ennemis à séparer 11. a3
l'armée qu'ils ont en ces quartiers-ci pour aller tâcher d'arrêter vos progrès, auxquels je m'assure que vous avez déjà donné quelque commencement, vous croyant sur la Méditerranée, suivant ce que l'on nous écrit de ces quartiers-là. Je souhaite avec passion que vous y puissiez avantageusement réussir, et que notre siège, qui occupe presque tous nos ennemis, favorise vos desseins, qui sans doute aideront beaucoup au nôtre. L'armée ennemie est campée à trois milles de nos lignes et se prépare de les venir attaquer , à quoi nous sommes prêts de nous opposer avec beaucoup plus de résolution que de puissance véritablement, ayant, avec un tiers moins de troupes qui seraient nécessaires à notre dessein , à gauler une très-grande circonvallation et nous défendre contre les diverses attaques que les ennemis veulent faire et contre les sorties de ceux de Turin , à quoi vous jugerez bien, monsieur, que nous n'aurons pas peu de peine à réussir. Quoi qu'il en soit, je vous avertirai de tout ce qui se passera en ces quartiers-ci ; faites-moi la faveur de m'avertir aussi de tout ce que vous ferez au vôtre, et me croire toujours,
Monsieur,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur.
D'Harcourt.
Au t*mp derint Turin , ce iG juin 1640.
M. d'Argenson presse aussi M. de Bordeaux d'opérer une diversion, afin d'obliger le marquis de Leganez à quitter le Piémont.
LETTRE DE M. D'ARGENSON
A M. V ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
Monsieur ,
Si vous êtes en état d'agir de votre côté présentement et promptement, vous avez la plus belle occasion de servir le roi utilement qui se rencontrera jamais ; car nous tenons ici le marquis de Leganez occupé
LETTRE DE M. D'ARGENSON. — JUIN |G40. ,?9 avec tout ce qui lui reste de forces dans l'état de Milan, d'où il a tiré même toutes les garnisons, et le cardinal Trivulce avec les milices et quelque cavalerie n'ose abandonner la frontière du Montferrat à cause des courses de notre garnison de Casai ; tellement que vous serez sans aucuns ennemis qui puissent empêcher vos etiorts de delà , et si le marquis de Leganez abandonne ici , il quitte Turin et le prince Thomas , qui se mettront à la raison par force ou autrement aussitôt qu'ils le verront parti. Faites donc, s'il vous plaît, tout ce que vous pourrez, ez-nous de vos nouvelles, et croyez que je suis toujours comme je avec cette ancienne et véritable
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
D'Aigenson.
Si vous savez qui a ordre de nous faire venir promptement les six mille hommes de Guienne qui ont ordre de nous venir joindre , je vous supplie de les faire hâter avec toute la diligence possible.
: Turin, le .7 jafa i&fo.
M. de Bordeaux se plaint de nouveau du mauvais vouloir de M. le comte d'Alletz.
A M. DE NOYERS, DE CE QUE L'ON NE VEUT PAS LAISSER ENTRER LES TROUPES BN PROVENCE DEPUIS TROIS SEMAINES.
AS.int-GiUei,l«i7juini6io.
Monsieur ,
J'ai reçu votre dépêche et les brevets que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, dont je vous rends grâces très-humbles. Je m'achemine sur le Rhône, pour faire passer les régiments de la Couronne et des Vaisseaux, et ceux de Saint-Simon et marquis de Busso, qu'il y a je ne sais combien de temps qu'ils y sont parmi la peste, sans que
M. le comte d'Alletz lésait voulu laisser passer, quelque empressement que l'on lui ait fait voir. Je vous envoie la copie d'une lettre qu'il a écrite au lieutenant-colonel des Vaisseaux et la copie de la quatrième que je lui ai envoyée saus aucune réponse. Si vous ne mettez ordre à cette procédure, je prévois non seulement l'inexécution de tout ce qu'on pourrait projeter , mais le dépérissement de toutes les troupes.
Je pars pour l'aller trouver à Aix , d'où je vous rendrai compte de tout , tant de terre que de la mer , par un courrier exprès ; mais si vous prétendez que je fasse quelque chose, il faudrait renvoyer Labarre et son équipage ; car sans chevaux il est absolument impossible de rien entreprendre.
Je vous envoie les deux blancs que vous m'avez ordonné pour me rembourser de mille écus que vous avez donnés à Royaumont, desquels, si vous ne pouvez être payé sitôt que M. de Bull ion , je vous rembourserai au premier ordre , vous étant parfaitement obligé d'avoir voulu faire cette avance pour moi. Ce n'est pas que ce soit une escroquerie du prieur, lequel , par le contrat que nous avons fait ensemble , s'est obligé d'entretenir tous les bâtiments que j'ai fait rétablir avant que leur donner, à la réserve du dortoir, pour lequel il y a quatre ans que je donnai mille livres , à quoi nous étions convenus, avec le bois nécessaire, dont j'ai quittance; mais je crois qu'ils se sont joué dè l'argent et puis vous ont surpris : c'est un tour de moine dont il se faut garder de tous les côtés. Je vous supplie seulement d'envoyer leur quittance à mes gens à Paris, de peur qu'ils ne mangent encore une fois cet argent.
JUIN 1640. Ibl M. de Bordeaux prévient les consuls de Tarascon du prochain passage des troupes.
AUX CONSULS DE TARASCON, POUR FAIRE il: Ml: L'ETAPE PRETE A DES TROUPES QUE M. LE PRLNCE E.WOIE.
Ce 17 juin.
Messieurs ,
Je me réjouis que vous receviez les ordres qui vous viennent de la part du roi au bout d'un bâton , et que ceux qui les portent soient six heures devant vos portes sans les vouloir laisser entrer. Je vous les renvoie encore, afin que vous m'envoyiez au bout d'une perche l'inventaire de ce que vous a laissé le sieur de Labarre , et pour vous donner av i» qu'il passe deux ou trois régiments et huit ou dix compagnies de chevau-légers , le Rhône , par ordre de M. le prince , pour s'en aller vers votre ville, attendant la route que M. le comte d'Alletz leur enseignera, afin que vous prépariez l'étape pour leur donner, afin d'éviter le désordre que cela pourrait faire aux environs de votre ville.
M. Bidaud annonce à M. de Bordeaux qu'il vient d'apprendre que les habitants de Barcelonne se sont révoltes, ont tué le vit eroi et la garnison espagnole, et quon peut tirer parti de cette rébellion pour le service du roi.
LETTRE DU SIEUR BIDAID
A M. l'archevêque de BORDEAUX.
Deux heures après le départde M. Ducoudray-Montpensier, m'arriva une felouque de Barcelonne qui a apporté avis qu'on y a tué le vice-roi et tous les Castillans et Italiens de la garnison , qu'on poursuit la sol-
182 LIVRE V. — CHAP. VHI.
datesque qui est dans le pays plat , et traite-t-on de même ceux qui tombent entre les mains de ce peuple entièrement révolté ; qu'on a saisi trois cents caisses de réaies qu'une galère du duc Doria devait apporter ici pour la guerre d'Italie, et que ladite galère à grande peine s'est sauvée après avoir reçu deux canonnades. On l'attend d'heure à autre, et si elle apporte quelque chose de plus particulier , je vous en rendre • compte et de ce que deviendront les galères dudit duc avec leurs Allemands, et si le marquis de Leganez aura ordre d'y envoyer des forces , à quoi il s'opposera autant qu'il lui sera possible. Je ne crois pas que les partisans génois lui avancent plus l'argent qu'il leur demandait sur lesdites caisses de réaies qui ont été saisies, qu'ils ne voient un fonds bien clair et assuré. Je vous supplie d'honorer de vos bonnes grâces et de votre protection,
Monseigneur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
BlDAL'D.
A G*ne», c« 19 juin i6}o
M. Bidaud envoie à M. de Bordeaux un mémoire sur les tentatives qui pouvaient être faites dans la Méditerranée.
LETTRE DU SIEUR BIDAUD
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
Monseigneur ,
M. Ducoudray-Montpensier et moi, nous avons eu quelques pensées qu'il vous communiquera , sur lesquelles vous prendrez les résolutions que vous jugerez à propos pour le service du roi. Il est très-bien informé de toutes choses sur ce qu'il proposera à votre éminence , et pour moi, à ce que j'en ai pu reconnaître, je crois qu'il n'y a rien de plus sensible ni réussible (sic) ni de plus avantageux aux armes de sa majesté. Mondit sieur mène quant et soi le capitaine Carriolo, qui a servi longtemps les ennemis de capitaine de vaisseau et lieutenant de galères ; il
LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — JUIN 1G40. 183
est pratique de leurs ports, havres, armements de mer, des routes qu'ils tiennent, et promet de servir avec grande affection et fidélité , et ceux qu'il conduit avec lui. Je ne vous importune point des nouvelles de par deçà , dont mondit sieur Ducoudray vous informera ponctuellement et de la passion que j'ai , monseigneur , de vous servir ; je vous supplie l'agréer et de m'avouer , Monseigneur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
Bidahd.
Dt Géoe», le 17 juin ifijo.
MÉMOIRE