‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 62 sur 226 · A M. LE CARDINAL , LUI ENVOYANT LE MÉMOIRE CI-JOINT · texte numérisé non relu

A M. LE CARDINAL , LUI ENVOYANT LE MÉMOIRE CI-JOINT

Écrite de BagnoU, le »$ juin i6$<>

Le bruit de la peste eu Provence , excepté à Arles , est si feux, qu'il n'a fondement du monde que dans l'appréhension de recevoir des troupes et le refus de payer cinquante mille écus de quartier d'hiver, qui

avaient été demandés ; ce qui a été fomenté sur les bontés de M. le comte d'Allctz , qui croit tout ce que lui disent les geus du pays.

J'envoie à votre éminence l'état au vrai de la côte de la mer, qui m'a été rapporté par quatre felouques génoises et napolitaines que nous avons, qui vont et viennent continuellement partout; elles sonl encore en campagne pour nous donner avis du passage de Ferrandine, que nous ne manquerons pas, si nous le pouvons joindre.

Après avoir été à Aix , pour faire rentrer les troupes auxquelles on avait refusé l'entrée, et mis ordre à faire sortir les galères qui avaient reçu partie de leur argent , je suis revenu trouver M. le prince, pour recevoir le régiment de Normandie et ceux qui devaient remplacer ceux que l'on m'ôtait; mais ayant trouvé l'entrée changée , je priai M. de Châlonnais, présent porteur, de vous aller assurer comme il n'y a aucune peste en Provence, que vos vaisseaux et vos galères sont dehors, et que l'alarme est telle à Aix , où il n'y a que quatre cents hommes en garnison ( ayant envoyé trois cents chevaux et douze cents hommes de pied au secours de Turin), que les habitants ont cueilli leur blé tout verd qui se pourrira tout ; lesquels gens de Turin sont presque en état de se révolter, ce qui me ferait espérer qu'une affection jointe à l'heureuse rencontre de Lombard de l'Italie vous pourraient rendre quelques services agréables ; mais le nouveau commandement qui est arrivé au régiment de Normandie de passer en Italie , et le contremandement de l'artillerie, ra'ôtant tout moyen de rien tenter par terre, je supplie très-humblement votre éminence me vouloir bien commander ce que j'ai à faire de l'armée navale, laquelle , si je ne me trompe, n'aura aucun emploi contre les Espagnols, qui ne sortiront point de leurs ports. Si elle voulait qu'on allât charger soixante vaisseaux ronds qui tiennent Oran assiégée par mer, ce serait un moyen de bien garnir vos chiourmes.

J'attendrai à la mer l'honneur de vos commandements, et laisserai entre les mains de MM. de Castellan et Duplessis-Besançon les quatre régiments et dix-huit compagnies de cavalerie qui sont en Provence.

M. de Bordeaux annonce à M. de Noyers qu'il va attendre le passage du duc de Ferrandine pour l'attaquer. De plus, M. de Bordeaux envoie un mémoire de ce que l'on peut tenter dans la Méditerranée.

LETTRE DE M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX a m. db fioyers , sur l'état de la provence et des troupes qui y sont. Monsieur ,

Jusquesà cette beure vous ne m'aviez pas cru dans ce point de sainteté que je fisse des miracles , mais maintenant vous n'en pouvez plus douter, puisque mon arrivée en Provence a vaincu la peste, de sorte que les Martigues, Toulon, Lambesc et force autres lieux qui avaient, à ce qu'on disait, ta peste, ont déclaré qu'ils ne l'avaient plus : ils ont maintenant entrée partout, n'ayant demandé pour ma personne et les troupes que je menais que ces lieux-là , dont je m'assurais que ma présence chasserait le mal comme elle a fait. Ce sont fariboles que vous vivez être mieux reçues souvent que quelque chose de bon.

C'est vous, monsieur, qui avez mis la peste partout en ordonnant qu'on levât cinquante mille écus pour le quartier d'hiver, ce qu'on n'a pas fait; qu'on donnera à Casenac pour mettre son régiment sur pied, ce qu'on a aussi peu envie de faire , et envoyant des troupes ici, qu'on ne voulait point recevoir, les ayant laissées trois semaines campées sur le bord du Rhône au milieu des pestes de Nîmes , Arles et Beaucaire, sans subsistances, ce qui les a bien minées; mais mon incrédulité , mieux fondée que celle de saint Thomas, leur a fait connaître que je ne croyais pas si à léger que M. le comte d'Alletz. Du reste, cette vérité m'a été confirmée par le premier président pour les environs d'Aix, par le bailli de Forbin de Marseille, par Lequeux pour les environs de Toulon, • de Fréjus et Sainte-Marguerite, et par de Castellan pour les environs d'Antibes, etpar un commissaire nommé Millet, qui est à son éminence, que j'ai envoyé dans toutes les villes qu'on disait les plus malades. Il y a bien une peste plus fâcheuse pour le régiment de la Cha-

LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — Jl IN 1040. 180 pelle, contre lequel les habitants de Fréjus et de Draguignan ont fait sédition et ont tué force chevau-légers, et un capitaine nommé Desmortiers fort blessé, que Ton croit qu'il en mourra.

Voilà le véritable état de la province, sur lequel vous fonderez telles résolutions qu'il vous plaira, que je tacherai d'exécuter avec gratuit" obéissance. Si vous commandez qu'on entreprenne quelque chose, vous aurez soin tle l'artillerie et munition de guerre, dont il n'y a pas un grain ni un outil, et moins de chevaux ; à l'argent pour les troupes, pour les officiel*, les travaux et l'hôpital. S'il n'y a rien à faire, nous irons chercher notre bonne fortune par mer.

Vous ordonnerez aussi, s'il vous plait, si le comte de Tonnerre demeurera en Italie avec les troupes qu'il emmène, et, en ce cas, enverrez ordre pour qu'il y soit reçu en serv ice, ou bien s'il reviendra ; ce qui doit dépeixlre, comme j'estime, de ce que vous nous commanderez : vous vous souviendrez aussi qu'il n'y a point d'intendant de justice.

Je serai en mer dans six jours, attendant le passage de Ferrandine avec vingt galères, une escadre de froment et vos commandements.

Les galères, au nombre de dix-huit, sont en bon état; les vaisseaux de cette escadre de même, et vos magasins à Antibes sont munis de blé, avoine et fournis encore mieux.

Tout ce qui défaut à la cavalerie, c'est qu'il n'y a point presque d'olficiers.

Dans le régiment de Saint-Simon, il n'y a point de capitaine, le lieutenant de Saint-Simon même n'y étant pas.

Dans le régiment tle Blois, le mestre-de-camp n'y est pas encore; mais on dit qu'il vient. Pecarar u'j est point, et sa compagnie fort mauvaise.

Le régiment de l'assy, le mestre-de-camp et tous les officiers y sont, et l'on m'a assuré que les compagnies sont bonnes. Il manque la sixième compagnie, pour laquelle nous ne pouvons tirer l'argent de ces enfers, et la tienne qui est encore au pays.

Depuis cette lettre écrite, étant revenu auprès de M. le prince pour recevoir Normandie et les régiments qui devaient remplacer ceux qu Otl m'ôtait, comme sou éminence me le mandait, j'ai trouvé un ordre ren-

voyant les premiers, et par conséquent me mettant hors d'état de rien faire. J'ai prié le sieur de Châlonnats, présent porteur, d'aller savoir ce que j'avais à faire des quatre régiments qui sont en Provence, et des dix-huit cornettes de cavalerie qui les devanceront bientôt, et comme aussi de savoir ce que j'ai à faire avec l'armée navale, ne voyant point d'ennemis à la mer. Si l'on veut que j'aille à Naples, en Sicile et à Oran, que les Maures tiennent assiégée avec soixante vaisseaux par mer, quoique l'action fût à l'avantage des Espagnols , elle serait bien glorieuse pour le roi de préférer le bien de sa religion à celui de son État.

J'attendrai l'honneur de son commandement, et cependant fasse Dieu (jue tout prospère partout comme je le désire, et que je sois le seul inutile au service du roi cette année. C'est, etc.

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