‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 70 sur 226 · A M. LE PRINCE · texte numérisé non relu

A M. LE PRINCE

De Sâinte-Marguerile , le t) juillet 164°

Il n'a pas tenu à moi que dès que vous aviez en la pensée d'en voter de la cavalerie en Piémont , que votre altesse ne l'y ait envoyée; et de fait, je l'avais fait marcher vers la frontière à cet effet, mais de l'y envoyer moi sans ordre exprès du roi ou de votre altesse, j'aurais eu peur de n'en être pas avoué. J'ai écrit au sieur de Castellan pour aller faire

LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — JUILL.M640. 207 la conduite, comme vous l'avez ordonné, et m'en vais cependant faire un tour à la mer , où je n'estime pas (pic nous trouvions grands ennemis.

Cette lettre, de M. Bidaud, est relative aux affaires d'Italie.

LETTRE DU SIEUR BIDAUD

A M. L'ARCHEVEQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT L'ARRIVÉE DE NEUF GALÈRES DE L'ESCADRE DE SAPI.ES ES SARDAIGNE , ARMEES D'iKFAKTBRIE , POUR FORTIFIER .FINAL; LE TUMULTE DB BARCELONNE , ET SIX MILLE HOMMES ENVOYÉ» AU COMTE p'HARCOURT ET LE DEPART DU VICOMTE DE TURE>NE AVEC QUATRE MILLE HOMMES.

Monseigneur ,

J'ai reçu au soirl'honneur de vas ordres du3de rémois par M.Duroudray- Montpensicr et une felouque génoise , ensuite desquels tout présentement j'en ai dépêché une autre à tapies et à Livourne avec un confident, sous prétexte d'aller à Messine pour les alfa ire» d'un de nous; lequel me saura écrire et rapporter fidèlement de* lits lieux ce qui s'y passera, et l'état véritable de tout ce que vous désirerez. Cependant je vous dirai , monseigneur , qu'on a eu avis ce matin que neuf galères de l'escadre de Naples en étant parties sous le prétexte d'aller chercher les galions de Biserte , étaient arrivées en Sardaigne armées de très-bonne infanterie , laquelle je doute qu'elles ne viennent débarquer à Final à l'improviste ; ce qu'elles ne tarderont pas de faire si elles ont le dessein. On travaille aux fortifications à Final ; on y a porté de la poudre et du plomb; il se fait quelques tranchées à la marine. On m'a dit aujourd'hui qu'on y avait trois cenLs hommes de renfort ; ce que je ne crois pas , si ce n'est de milice. L'homme que j'ai envoyé là, à son retour, demain au soir ou après-demain matin, me saura assurer de tout ce qui s'y est fait et arrive de nouveau.

Enfin la galère dont je vous ai, monseigneur, écrit ci-dessus , arriva hier matin de la Catalogne avec cent caisses de réaies et six ou sept caisses d'or ; elle confirme tout ce que je vous ai mandé sur le sujet des

tumultes de cette province-là : que les Catalans n'avaient point voulu reconnaître le duc de Cardone envoyé pour nouveau vice-roi , que depuis le carnage de Barcelonne il en était arrivé un autre à Perpignan, où il y avait eu quantité d'habitants et de soldats tué», et enfin que là où les uns ou les autres étaient les plus forts, ils ne se pardonnaient pas.

Je n'ai point d'avis assuré du Piémont depuis le 2 de ce mois, qu'on m'a mandé que les premières troupes des six mille hommes qu'on a envoyés à monseigneur le comte d'Harcourt, étaient arrivées à Brianron, et que cependant M. le vicomte de Turenne partait ce jour-là de Pignerol avec quatre mille fantassins et dix-huit cents chevaux pour conduire au camp un grand convoi «l'argent , de provisions et de munitions. Au soir, On publia ici que mondit sieur de Turenne y était arrivé, et que les ennemis ayant attaqué la circonvallation, avaient été repoussés avec perte considérable. Il en faut attendre la confirmation aussi bien que de cette grande défaite fie Piccolomini , que les Espagnols et les Vénitiens contredisent. Il est très-certain que M. le comte d'Harcourt a ôté l'eau de la Doère aux assiégés , et qu'ils l'ont voulu recou- • vrer , mais en vain et avec grande mortalité des leurs.

Je vous envoie , monseigneur , la réponse de ces seigneurs sur la demande que jaleur ai faite de votre part, suivant le mémoire cijoint, où vous verrez qu'ijs refusent la pratique sous prétexte de la contagion ^ quoique je les aye assuré qu'il n'y en a point au lieu qu'il cote, ni dans aucun de vos vaisseaux , comme ils m'ont dit de bouche qu'ils en étaient avertis. Peut-être que quand ils vous verront plus près d'eux , ils se résoudront à contenter le roi et votre excellence sur ce sujet, dont je doute fort; je n'y oublierai rien de mon côté, et à vous rendre bon compte de toutes choses. Je vous envoie quatre rames de . papier" que vous m'avez ordonnées ; faites-moi , s'il vous plait , la grâce de m'avouer éternellement,

Monseigneur ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

BÎdaud.

DrGcnei. le 8 juillet ,640.

JUILLET mo.

• • A M. LE COMTE DALLETZ.

J'ai reçu deux dépêches que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire par deux de vos gardes, et à l'instant j'ai dépéché à M. de Castellan , selon que m'a fait l'honneur de m'écrire M. le prince, pour s'en aller conduire les deux régiments que le roi ordonne de passer en Piémont. Je voudrais qu'il eût commandé au reste de faire la même route , et si on avait suivi mon avis, tout y serait allé ensemble dans le commencement. Le retour d'un gentilhomme que j'ai envoyé à la cour nous expliquera plus particulièrement les intentions de sa majesté , et moi je rechercherai toujours les occasions de vous témoigner que je suis , etc.

AU SIEUR BIDAUD A GÊNES , TOUCHANT LE SIEGE DE TURIN , LES GALERES ET LES VAISSEAUX DB NAPLES , ET LA RÉPONSE DE CEUX DE GÈNES, QUI LOI SEMBLE UN PEU SÈCHE.

De U capiUnc, »m Arbeigoe, 1« 10 juillet i&jo.

MONSIBUR ,

J'ai reçu votre dépêche par le retour de la felouque, qui nous apprend les bons succès de Turin, dont j'aurai grande joie d'apprendre les particularités.

Vous nous mandez aussi comme neuf galères de Naples, sous prétexte de courre après celles de Biserte, pourraient bien être prties du côté de la Sardaigne pour se rendre à Final , comme aussi on nous a dit qu'il y avait deux galères de Doria qui étaient allées en Vay pour quérir l'équipage du défunt. Il est bien important de savoir la vérité et le particulier de ces deux avis.

L'on donne aussi avis que les douze vaisseaux qui sont à Naples partent avec de l'infanterie pour Catalogne. Il est bien important de savoir quand ils partent et par où ils passent, si c'est à la côte de la Baril. «7

barie ou de ce côté» Faut aussi savoir ce que fait l'escadre des galères

d'Espagne, -où elle est, et si l'on parle qu'elle vient en ces côtés.

Pour ce qui est de la réponse de messieurs de Gènes, je la trouve un peu sèche, et serai bien aise qu'ils ne prennent pas prétexte d'une peste qui n'est et n'a été en façon du monde à Toulon ni à Marseille, pour nous traiter différemment d'avec les Espagnols. S'ils continuent, nous ferons faire quarantaine à tout ce qui sortira de leur ville. Us nous permettent ce qu'ils ne nous peuvent pas ôter, et nous veulent exclure de la retraite de deux ou trois galères qui seront peut-être séparées de l'escadre , et de quelques vaisseaux particuliers qui auraient besoin d'entrer dans leur port sans autre armement que l'ordinaire. Faites-les parler là-dessus, comme aussi s'ils ne veulent point faire justice de ce que doit Tafeti , lequel ne peut nier sa lettre de change. S'ils ne vous font raison, je serai obligé de permettre aux galères de se la faire suites premières marchandises qu'elles trouveront.

Renvoyez-nous instamment de vos nouvelles , car les instants nous pressent , et si vous n'en avez appris où vous avez envoyé , vous nous ferez grand plaisir.

C'est , monsieur,

Votre très-affectionné,

Soumis.

a m. le grand-duc de toscane - concernant des offres civiles comme allié de la couronne.

Monseigneur ,

Me trouvant près de vos ports avec les années du roi , j'ai été bien aise de renouveler à votre altesse le vœu de mon obéissance, et la supplier, s'il y a quelqu'occasion où je puisse, soit avec les armes du roi, soit de ma personne, lui rendre service, de me faire l'honneur de me commander. J'ai appris avec joie les prises faites par ses galères en levant et leur retour en même lieu, dont j'ai eu d'autant plus de joie

LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — JUILL. 1640. 211 que j'avais de regret de le* voir engagées dans nn corps où je m'assure qu'elles n'étaient qu'avec contrainte.

Je ne demande point à votre altesse comment les vaisseaux et galères du roi sont reçus dans ses ports, sachant comme il a commandé qu'ils le fussent aux autres voyages, et étant trop assuré du zèle et de l'affection que vous avez pour la couronne de France. Si les Espagnols continuaient à garder les dix-huit ports avec leur quinze vaisseaux et leurs galères, je serais obligé de garder leurs côtes des Basques, où l'on dit qu ils ont lait force mal ces jours passés.

Je suis ici avec les galères seulement , ayant divisé les vaisseaux en deux escadres , l'une sur la Corse et Sardaigne '.

Je désirerais, avec grande passion , que vos galères eussent formé quelques desseins contre ces ennemis de Dieu et des chrétiens, ou s'ils ont besoin de notre assistance , j'aurais autant de joie que j'ai de passion de vous témoigner que je suis,

Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Cette lettre, de M. Bîdaud, est relative aux affaires d'Italie.

LETTRE DU SIEUR BIDAUD

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

Monseigneur ,

Depuis que j'ai eu l'honneur de vous écrire, avant-hier au soir, nous n'avons rien eu, du Piémont, d'assuré; ce qui fait croire qu'il ne s'y est rien passé d'avantageux pour les ennemis; et, quant aux galères de Naples, je ne doute plus que celles qui sont en Sardaigne n'aient ordre de venir débarquer leur infanterie à Final , et que le reste de l'escadre, avec celle de Sicile et les vaisseaux et barques qui portent aussi de l'infanterie et cavalerie, ne soieut prêts à partir pour ledit Final, si

Ce paaaage e*t raturé dam l'autographe de M. de Soordii.

déjà ils ne sont en chemin , parce que ce matin il a passé une chaloupe du prince de Morgues qui les va avertir, en toute diligence , de l'arrivée de votre éminence aux iles de Sainte-Marguerite.

Je vous enverrai , monseigneur, environ quatre-vingts soldats qui ont été faits prisonniers, en divers endroits, par les ennemis, que j'ai gardés ici huit jours pour attendre l'occasion des patrons Jehan Cruvil lier de Marseille, de Raymond Bousignes, François Ardisson et Claude Collet des Martigues. Ces trois derniers vous en portent quarante-deux ; mais ledit Cruvillier, qui commande une polacre, n'a voulu embarquer ceux qui lui étaient destinés, en payant et en leur donnant des vivres , comme je fais aux autres, quoique suivant l'ordonnance expresse que le roi en a fait, et que j'ai procuré à la cour pour conserver à sa majesté tous les ans, à peu de frais , plus de deux mille soldats débandés ou prisonniers qui passent ici, et que je défraie sans qu'on m'en ait donné un sou jusques à présent , les envoyant tantôt aux iles , tantôt autre part. Il y a quelques autres patrons qui ont déjà fait même refus , et enfin tous feront le même, si l'on n'en châtie quelqu'un pour exemple et pour éviter le préjudice qu'en recevra le service du roi ; car, si je n'ai les moyens d'embarquer lesdits soldats, ils seront contraints de servir les ennemis dans leurs troupes ou dans leurs galères pour ne périr pas entièrement; ce qui m'oblige, monseigneur, à vous supplier, sachant que ledit Cruvillier, qui va de conserve avec ses barques, tombera entre vos mains, de le châtier selon son démérite; et comme il est pitron de polacre, cela obligera tous les autresà rendre l'obéissance qu'ils doivent aux ordonnances de sa majesté.

M. Jean Justinian écrira à votre éminence les plaintes qu'on fait ici contre certaius brigautins et chaloupes qui volent le long de cette côte ; même ont volé un courrier du roi. Us en eussentfait tout autant à M. Dueoudrav-Montpensier, s'il ne les eût menacés «le vous en donner avis; e» comme moudit sieur et moi savons qu'ils ne sont point du corps de votre armée, nous assurons ces messieurs que c'est contre l'intention durai et la vôtre, que vous les châtierez rigoureusement quand vous saurez leurs noms. Je suis bien marri que je n'aie pu acquitter la lettre de change que M. Luquet a donnée sur moi à mondit sieur Ducoudray.

LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — JUILLET 1640. 213

Il faut qu'il m'ait cru mieux pourvu d'argent que je ne suis; car j'estime qu'il doit savoir que je ne fais aucun trafic ni alla ires particulières avec qui que ce soit , non plus qu'avec lui. Je vous supplie de conserver dans l'honneur de vos bonnes grâces et de votre protection ,

Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Bidald.

J'ai promis à ces trois patrons qu'on leur donnera chacun ilnit dncatons pour le port desdits soldats. Demain j'enverrai à voire éminenec le reste par un patron d'Agdc. Nous avons ici le père Asplanati , venu nouvellement de la cour avec quelques ordre* du roi. J'aurai rhouueur de vous entretenir du sujet de son voyage.

LETTRE DU SIEUR BIDAUD

A M. L ARCHBVÊQUE DE BORDEAUX.

Depuis que j'ai eu l'honneur de vous écrire au soir par les barques qui vous portent des soldats, nous n'avons rien eu de nouveau des galères de Naples qui sont en Sardaigne, ni de celles qui sont restées à Naples avec les vaisseaux et barques qui doivent porter l'infanterie , sinon qu'on dit toujours qu'on n'attendait que l'escadre de Sicile pour partir ; mais je ne puis vous dire encore si ce sera pour Catalogne ou pour le Milanais ; on croit néanmoins que ce sera pour ce dernier , du moins la cavalerie, puisqu'on a demandé passage au pape, qui l'a

On ne parle point que l'escadre des galères d'Espagne vienne par deçà, elle a assez d'occupation en Catalogne, à porter de l'infanterie pour faire cesser les tumultes , et je ne sais point qu'il soit allé aucune galère du duc Doria en Sardaigne pour apporter l'équipage du défunt

J'ai fait voir a ces seigneurs ce que votre éminence me

214 LIVRE IV. — CHAP. YlH.

la réponse qu'il» ont faite touchant la pratique qu'on leur a demandée pour l'armée que vous commandez, et la plainte que vous faites qu'aucun lieu delà république n'a salué l'étendard. Ils se sont excusés de ce dernier sur l'ignorance des paysans ; et pour la pratique , il ne faut rien espérer autre que ce que vous avez vu par leur réponse, ni même ajouter foi à ce que vous a pu écrire sur ce sujet M. Justinian, auquel il est défendu et à d'autres aussi de s'ingérer plus en ce qui concerne les affaires de la France et des Français.

J'ai écrit à votre éminence, par ma précédente, d'un père Asplanati, théatin , que le roi envoyait en Italie pour son service. On l'a conduit avant au soir, du lazaret dans les prisons, sous prétexte que c'est l'ordre des Théatins qui le fait arrêter, à qui on a fait prendre les lettres de sa majesté, et ses instructions, qu'on a ouvertes sous prétexte de les parfumer. Et comme je suis assuré qu'il n'y a rien qui touche à cette république , mais seulement le Milanais, dont je vous informerai bien amplement lorsque j'aurai l'honneur de vous voir, j'ai demandé sa liberté au sénat et restitution de ses papiers; sur quoi j'attends leur réponse : cependant voilà un grand affront au roi , et un grand malheur pour ceux qui avaient entrepris cette négociation.

J'espere, monseigneur, que votre lettre opérera pour l'argent que doit le sieur Tafeti.

J'ai bien eu avis qu'il se prépare à Naples une grande révolte , sur ce qu'on envoie par force les hommes mariés à la guerre , et qu'on avait résolu à Milan , dans un conseil , de ne plus fournir ni hommes ni argent au marquis de Leganez pour faire la guerre en Piémont.

Quant à Final, il y a seulement deux cents hommes dans le château, et autres deux cents qui sont dans le bourg ou château de la marine, où ils ont fait deux tranchées du côté de ponant : l'une de cent cinquante pas de long, et l'autre de vingt-cinq pas en forme de demi-lune, et un peu plus haut que la ceinture, avec un fossé couvert attaché à ladite tranchée. Il y a trois maisons du côté de ponant, à deux cent cinquante pas desdites tranchées, remplies de sable et de fascines , sur chacune desquelles on a mis deux pièces de canon , et on fait trois corps-dc-garde , savoir : un dans le bourg de la marine , qui est d'une compagnie d'Es-

LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — JUILLET 1640. 215 pagnois, et les autres deux aux tranchées de milice, de cent cinquante hommes chacun. Quant au bourg de terre ferme, il ne s'y fait aucune garde de jour et de nuit. Une compagnie de milice garde une tranchée qu'ils ont faite à la porte de ponant, de la même longueur et forme que les autres, et on change de trois en trois jours les compagnies de milice. On eut avis hier que notre cavalerie avait couru jusques sous Verceil, et emmené tout le bétail de ladite ville, qui paissait dans les prés. Quatre compagnies de cavalerie ennemie, dont celle du marquis de Leganez en est une, ayant voulu reconnaître la circonvallation, tout a été tué, hors deux cavaliers qu'on a menés prisonniers à M. le comte d'Harcourt , et on espère d'heure à autre la reddition de la place. Je von? supplie de m'avouer toujours ,

Monseigneur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Bidaid.

A G£nrs , ce n juillet i6}n.

LETTRE DU SffiUR BIDAUD a m. l'archevêque oe bordeaux.

J'ai reçu à quatorze heures l'honneur de vos oidres du 12, que j'observerai ponctuellement, et veillerai autant qu'il me sera possible anx barques et munitions qu'on doit envoyer à Nice pour en donner avis à votre éminence et à M. de Cangé.

Je n'ai pu obtenir aucune satisfaction sur le sujet du Théatin, ces messieurs «'excusant de ne se pouvoir mêler d'une affaire qui touche l'Église , quoique cela ne soit point; je suis averti de bon lieu que les Théatins n'ont pas donné leur nom, et que le sénat l'a fait arrêter son?) des soupçons que les mauvais Génois, partisans d'Espagne, lui ont donnés de l'armée que votre éminence commande. Enfin il a été pris par leurs sbires , dans une de leurs maisons, et le chancelier de la santé (nonobstant les protestations dudit Théatin qu'il Voulait me remettre en

main le» dépêches et les lettres du roi dont il était chargé) n'a laisse de les- consigner aux Théatins , qui en ont fait, ou ceux qui les ont ouvertes, si bonne part à tout le monde que le contenu d'icelles est public dans la place même des Marchands. Sa principale négociation était avec des seigneurs milanais qui , lassés des mauvais traitements que. leur patrie reçoit il y a long-temps des Espagnols, résolus de l'en délivrer , avaient envoyé ledit Asplanati au' roi pour demander la protection de sa majesté , offrant pour gage de leur bonne intention de remettre une place entre les mains de sa majesté, laquelle elle leur avait accordée , et me commandait d'y tenir la main , afin que l'afîaire s'exécutât le plus promptement qu'il serait possible; mais la voilà ruinée par la malice de ces gens-ci. Et pour moi , je ne sais plus qu'y faire, sinon de rendre compte exact à la cour de ce qui, s'est passé. J'ai appris qu'on veut mener ledit Théatin à Rome ; je ne sais , monseigneur, si vous jugerez à propos de faire visiter les barques et felouques qui tiendront la route de levant, et pour moi, je suis résolu, s'il va par terre , de l'enlever, s'il n'a bonne escorte.

Je n'ai rien à dire à votre éminence sur le dessein qu'elle me témoignait avoir de venir mouiller l'ancre à Saint-Pierre d'Arène avec toute l'armée et d'entrer dans ce port avec quelques galères désarmées , après ce que M. Ducoudray vous en dit , sinon que les Espagnols en usant de la sorte , je ne crois pas qu'on puisse trouver mauvais que vousfassie* le même , et peut-être que votre présence les portera à un meilleur procédé à l'avenir envers la France et pour le bien public.

L'office de la santé a voulu interrompre le commerce des draps et nutres marchandises avec la France, fors du blé et du vin, dont ils ne se peuvent passer, et particulièrement cette année que la saison en a été mauvaise en Sicile et autre part du levant. Je ne sais si à la cour on n'approuverait point, puisqu'ils ont mis sur le tapis de rompre ledit commerce des marchandises, de défendre celui des grains et vins, pour leur apprendre le respect qu'ils doivent au roi; aussi que nos blés et nos vins servent à pourvoir les galères ennemies , et même à présent les partiaux d'Espagne se vantent d'attendre vingt barques qui sont en Agde, chargées de blé et de vin.

LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — JUILLET 1640. 217 Je suis, monseigneur, au désespoir de n'avoir eu l'honneur de vous aller rendre mes devoirs, mais j'ai jugé, du refus qu'on m'a fait sous divers prétextes d'un commissaire pour m'accompagner et voir, que je n'entrerais point dans les galères et vaisseaux ; que si j'y allais, ou me ferait faire une quarantaine de plusieurs jours , pendant laquelle je n'aurais pu servir le roi et votre éminence comme je dois. Je continuerai à leur demander ledit commissaire pour reconnaître mieux leur intention, et la pratique pour votre armée quand vous me l'ordonnerez , semblant qu'après avoir demeuré plusieurs jours à la mer sans aucun accident de maladie «contagieuse, ils ne vous le peuvent raisonnablement refuser.

MM. les vicomte de Turenne et comte de Tonnerre se sont jointe pour attaquer l'ennemi d'un côté, et monseigneur le comte d'Harcourt a envoyé douze hommes de chaque compagnie de son armée pour faire le même d'un autre; nous aurons bientôt avis de ce qui sera ensuivi. M. le marquis de Ville, outre la prise qu'il a faite du bétail de Vereeil , a eucore défait et enlevé un convoi aux ennemis, et M. de la Tour leur a pris, aux portes d'Apt, quatre-vingt-quinze mulets chargés de sel. Demain, si j'ai quelque chose de considérablp de Milan, Allemagne et Venise, je ne manquerai d'en faire part à votre éminence. Elle trouvera les lettres de M. Ducoudray fort noires, parce qu'on les parfume. Faites-moi, s'il vous plaît, la grâce de m'avouer toujours, monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur, etc.

Bidaud.

A C#nc», rc j3 juillet i61o, à ringt-uoe lu-are».

A M. BIDAUD A GÈNES, POUR SAVOIR QUEL TRAITEMENT GÈNES FERA A LA GALÈRE CAPITAINE DU ROI DE FRANCE, QU'IL A ÉLOIGNÉ SES VAISSEAUX ET CHERCHÉ AVEC SES GALÈRES LES GALÈRES D'ESPAGNE.

De Porto-Venere , Port-Vendre», le i5 juillet îH^o.

Monsieur ,

Je viens présentement de recevoir votre lettre du 13 du courant , a laquelle je n'ai rien à dire sinon que nous sommes plus près de vous que il. 28

vous ne pensiez. J'y suis avec les galères seules , ayant envoyé partie des vaisseaux sur la Corse, et partie sur la côte d'Espagne , sachant bien que si ces côte» étaient unies nous serions hors d'espérance de voir les ennemis , que je crois fort à cacher en l'état que nous sommes. Peut» être irai-je jusqu'à vous, si l'incertitude du traitement qu'on pourrait faire à la capitane, sur laquelle je suis, ne m'arrête; je vous prie de vous en informer, et me mander en diligence deux. heures après que vous aurez reçu cette dépèche, ce que j en^dois attendre. Je vous prie me mander aussi quelle pratique on donnera à nos a lia ire» et ce que vous pourrez savoir de ce que font les ennemis.

Nos vaisseaux ont arrêté huit vaisseaux chargés à Naples , Livourne et Gênes pour Espagne : mandez-moi ce que vous en savez, par qui ils sont chargés, et poucqui eu Espague. Je vous envoie des mémoires.

Monsieur de Baume m'a dit qu'il y avait une barque chargée de sel entre vos mains, qu'un sien brigantin avait mis à la mer. Il envoie dès matelots pour le quérir. Je vous prie l'assister en tout ce que. vous pourrez, et me croire....

A M. DE NOYERS, TOUCHANT LE VOYAGE D'ITALIE PAR L* ARMÉE DU ROI, ET DEMANDANT LA PERMISSION n ALLER VERS LES CÔTES DE BARBARIE CONTRE LES TURCS.

Du golfe de S|«ni., le i5 juillet i6jo.

Je vous ai rendu compte comme, le 8 de juillet, si vos galères avaient été prêtes le 4 que nous aurions été à FinaL pour empêcher le débarquement d'un secours de trois ou quatre mille hommes de pied et mille chevaux chargés à Naples. Le 15 , nous sommes allés jusque» vers Livourne, les Génois ayant donné avis que nous étions en Vay pour empêcher qu'ils ne débarquassent sur les confins des Génois. Là où nous avons appris qu'ils étaient rentrés dans le port de Naples.

Maintenant nous sommes à bout de notre navigation , et attendons le retour du courrier que je vous ai envoyé il y a un mois, pour savonce que nous avons à faire.

LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — JL'DLL. 16AO. 249 Je rends compte à son éminence de ce qu'ont fait ses vaisseaux , et da traitement' que nous avons reçu des Génois et du cardinal de Savoie.

Voici le temps où tous les Turcs s'assemblent ; si on voulait que nou» les allassions visiter, c'est un voyage de quinze jours ou trois semaines, et nous, nous laisserions sept ou huit galères et douze ou quinze vaisseaux à la côte. Peut-être que nous délivrerions deux ou trois mille esclaves, dont ta plupart renient tous les jours par le désespoir de certain petit traité qui leur ôte l'espérance, et en général qui les livre tous. Les Turcs n'agissent que par crainte et non par raison ; les négociations ne les émouveront jamais.

Cette lettre, de M. Bidaud, est relative aux affaires d'Italie; il apprend à M. l'archevêque de Bordeaux que les galères de Gênes et les vaisseaux de Sicile charge's d'infanterie s'assemblent à Naples pour partir ensemble pour Final , avec la cavalerie et l'infanterie qu'ils portent; que l'armée du roi a pris quelques vaisseaux anglais et hollandais chargés de diverses marchandises , que le marquis de Leganez a été repousse en voulant secourir Turin , et que don Carlos de la Gatta y est entré avec de la cavalerie, ce qui doit fort affamer Turin.

LETTRE DU SIEUR BIDAUD

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDBAUX.

Vous verrez , par la lettre ci-jointe , ce que l'homme que j'ai dé» péché par votre ordre où vous savez, m'écrit de Livourne ; j'ai néanmoins eu avis hier, par une barque partie de Naples il y a huit jours, que le marquis de Mont-Allégro y était retourné avec les galères; qu'on y attendait l'escadre de Sicile , qui est de quatre ou cinq galères, et qu'on en préparait dix autres audit Naples et dix-sept ou

220 LIVRE V. — CIIAP. VIII.

dix-huit vaisseaux pour se mettre à la mer , à l'arrivée de ladite escadre chargée d'infanterie et quelques barques de cavalerie ; mais on ne sait où l'on portera l'une et l'autre.

On a eu ce matin avis que les vaisseaux du roi en avaient pris et conduit au Gourjan six ou huit anglais et hollandais chargés de diverses marchandises, et partis de conserve de Livourne pour Espagne. Je crois que toutes sortes de nations y ont part; mais comme les Génois y sont fort intéressés, ils font beaucoup de bruit contre nous , et je ne doute pas qu'ils ne vous envoient une dépêche sur ce sujet pour supplier votre éminence de leur faire rendre les marchandises qui sont à eux ; cependant je m'informerai ici qui sont ceux qui y ont intérêt et en quelle manière, pour vous en rendre compte.

Les ennemis avaient publié qu'ils avaient secouru Turin et pris M. le marquis de Ville; mais à présent ils avouent que don Carlos délia Gatta étant entré dans le poste dudit sieur marquis, fut attaqué si vivement. des nôtres qu'il ne put plus retourner en arrière, et fut contraint de fuir dans Turin , où, s'ils ne se mangent les uns les autres, ils auront peine de vivre; il a tenté d'en sortir, mais en vain, et pour le marquis de Leganez , qui avait attaqué le quartier de M. le comte d'Harcourt , après avoir été repoussé et bien battu , il s'est retiré à Quiers avec ce qui lui est resté. J'attends la confirmation et les particularités d'une si bonne nouvelle avec impatience, et le traitement qu'auront fait MM. les vicomte de Turennc et comte de Tonnerre à ceux qui étaient à Coliguo, où l'on dit qu'ils ont fait main basse. J'ai pris garde aux gazettes de cette ville, qu'on ne vous compte que dix-sept galères, et comme elles sont tirées du sénat et des inquisitions d'état, je soupçonne qu'ils n'aient quelques desseins de faire mettre le feu à celle qu'on leur a prise , ou la faire perdre en quelque autre façon ; car je les connais si bien que je ne me fie que bien à propos à ceux de cette nation. Je vous supplie de continuer l'honneur de vos bonnes grâces et de votre souvenir, Monseigneur, votre, etc.

BlDAl'D.

A (Mm, le i6 juillet rflfa

M. de Bordeaux demande à M. le cardinal l'autorisation de poursuivre la procédure dune prise qu'il a faite, et se plaint du mauvais vouloir des Génois.

* M. LE CAIDJWAI DK RICHELIEU, TOUCHANT OH SECOURS DE QUATRE MILLE ENNEMIS PARTIS DR NAPLES QU'IL ALLAIT CHERCHER , ET LES VAISSEAUX QU'IL AURAIT ENVOYÉS VERS L'tLE DE CORSE.

Du golfe Je Spta« . le iC juillet i6Jo

.Monsieur le cardinal ,

Je me suis avancé jusque vers Livoufne avec nos galères seule», le calme empêchant nos vaisseaux d'aller si diligemment, sur l'avis que nous av ious eu qu'il partait de Naples un secours de trois ou quatre mille hommes de pied et mille chevaux dans les galères de Naples , Sicile , douze vaisseaux et force tartaues; mais, quelques diligences que nous ayons pu faire, nous n'avons pu empêcher que les Génois n'aient donné avis aux ennemis que nous étions en mer ; et de fait , tout cet équipage qui était sorti est' rentré dans son port, d'où je ne crois pis qu'ils sortent que l'escadre d'Espagne, commandée par Ferrandine, n'ait joint celle-ci.

Durant ce petit voyage , j'ai envoyé les dragons vers l'ile de Corse pour attendre quelques vaisseaux qui chargeaient d'autre infanterie pour la Catalogne, au lieu de laquelle ils ont trouvé huit vaisseaux llamands et anglais qui ont chargé des blés et autres marchandises a Naples, Livourne et Gènes pour Espagne. Si la prise n'est jugée bonne , ou eu excusera aux capitaines; sinon, s'il vous plait nous envoyer le pouvoir avec le couscil de guerre , nous vous expédierons toutes les choses comme à l'autre voyage ; sans quoi , par la longueur des procédures , les marchandises dépérissent et donnent moyen aux particuliers de faire des chartes-parties. L'on estime cette prise valoir bien cinq cent mille écus.

En ce petit voyage , nous avons trouvé la mauvaise volonté des

Génois extraordinaire, nous ayant interdit, sous prétexte de peste, qu'ils savent bien n'être point en Provence ni à Arles , de telle sorte que la côte d'Espagne et celle de Gènes nous est égale. Au commencement ils ne voulaient point saluer les galères , mais me voyant résolu de leur faire faire par force , ils l'ont commandé à leurs forteresses. Votre étninence sait maintenant ce qu'ils ont fait à un certain Théatin chargé de papiers de sa majesté , et comme quoi toutes leurs terres servent de passage aux Espagnols comme il leur plait. Si votre éminence trouve bon, eu tous les lieux que les Espagnols auront descendu, je ferai descendre nos gens , et ferai ruiner tout pour les avertir de ne le plus permettre , et pour punition du Théatin ; et s'ils envoient leurs galères chargées de soie à Messine , j'amènerai tout à Toulon , et lors votre éminence leur fera telle grâce qu'il lui plaira ; que si votre éminence voulait qu'on allât plus avant , il faudrait attaquer le fort du golfe de la Spezria, qui est le plus beau lieu qui soit en la nature pour tenir un nombre infini de vaisseaux et galères, qui tiendraient toute la mer Méditerranée en sujétion , étant le lieu où tout ce qui vient de levant, Venise, Naples, Sicile et Rome, passe; et les terres de Florence , Lucques , Modène et Panne aboutissent à cette baie; en un mot, c'est la plus belle chose de la nature pour un rendez -vous d'armée.

Il faut aussi que votre éminence sache que le mois d'août est le temps du ramadan , où tous les vaisseaux et galères reviennent dans les ports des Turcs. Si elle trouve bon qu'on fasse le voyage d'Alger, ou on retirera tous les chrétiens qui y sont tous assemblés, ou on brûlera tous leurs vaisseaux en un coup si on a avantage sur -eux.

Nous avons avis d'un vaisseau chargé de cinq cent mille écus, parti d'Espague. Nous gardons toutes les hauteurs de Gènes et Final ; mais comme nous ne savons si vous en ordonnez la prise, nous n'allons qu'à tâtons : votie éminence le mandera, s'il lui plalu

Vous savez aussi comme quoi le cardinal de Savoie refuse le salut et ses ports à nos vaisseaux et galères, et comme il en a fait part à l'ambassadeur d'Espagne à Gênes, comme aussi de tout se qui se fait dans tous vos ports où il a toute entrée. Votre éminence mandera s'il ne

lui phi il qu'on lui ôte toute communication en France, et la commodité d'en tirer tous ses vivres , comme aussi si on prend à la mer ce qui est des terres qu'il occupe, et tous les petits château* et villages qui en dépendent. Avec les deux régimeuts et les trois compagnies de Saint-Simon qui me restent , je les empêcherai d'avoir aucune commodité de ces terres , ou ils seront obligés d'amener des troupes qui consommeront tout le peuple, ne pouvant déjà supporter sa dépense, quoique petite.

A M. DP. CHA VIGNY , TOUCHANT SON DESSEIN DP.MPECHER LA DBSCENTE DB> ENVOIS FOURNI» PAH LA VILLE DE NAPLES, LA PUISE DE QUELQUES VAISSEAUX ET LE REFUS DU CARDINAL DE SAVOIE DU SALUT AUX VAISSEAUX ET GALERES DU ROI DAKS SES PORTS.

Monsieur,

Je ne vous ai point rendu compte de l'état des vaisseaux, d'autant que ceux de ponant n'étant point encore venus, le corps de l'armée n'était pas formé; mais, comme l'affaire de Turin pressait et que les ennemis s'ellbrcaient de donner des secours de Naples qui pouvaient fortifier le marquis de Leganez, je me suis résolu d'aller avec les galères le long de la côte pour empêcher leurs descentes, et d'envoyer le peu de vais-

Nous n'avons rien rencontré, parce que le» avis des Génois nous en ont empêchés; mais avons obligé ce secours de rentrer dans Naples, et nos vaisseaux ont pris huit navires anglais et bollaudais chargé» pour le compte des Espagnols, lesquels étaient partis de Naples, Livourne et Gênes, dont l'on estime beaucoup la valeur; mais que je les ai vus, je vous en manderai les particularités. Cependant, je vous dirai que nous sommes en quête d'un vaisseau qui a chargé cinq cent mille écus en Espagne, pour Gênes en apparence, mais en effet pour Milan. Mandez -nous, s'il vous plaît, ce que nous aurons à faire en telles rencontres.

Vous aurez appris la procédure des Génois pour votre Théatin , et comme ils ont nous dénié dans leurs ports et côtes toutes les commodités que nous en pouvions tirer, et comme ils ne voulaient pas même nous rendre le salut; à quoi nous les avons obligés par force. S'il vous plait que ayons raison de tout, j'estime qu'il faudrait, au retour de la foire de Messine, où leurs galères vont charger des soies, prendre le tout et l'amener en nos ports; et nous leur ôterons, par ce moyen, celui de fortifier nos ennemis de leurs galères, d'où ils ne se pourraient plus remonter de chiourme de long-temps ,^ et aurions de quoi faire sonner les violons une couple d'années avec l'entretien des galères, par la vente de leurs soies, sauf à leur rendre le tout, s'il échéait, après la paix. Car, quand ils seraient déclarés, ils ne nous sauraient faire plus de mal qu'ils font, n'ayant plus de galères. Mais l'affaire presse, d'autant qu'il faut que leurs galères sortent de Sicile le 15 d'août, autrement ils paieraient les traités, qui montent bien haut.

Vous savez aussi-que le cardinal de Savoie a refusé le salut et l'entrée de ses ports aux vaisseaux et galères du roi, aussi bien en particulier qu'en général, et a dépêché à l'instant à tous les Espagnols pour faire valoir ce refus, ayaut obligé les ennemis de lui envoyer force munitions en cette considération. Il y a quantité de barques des terres qu'il possède qui trafiquent , et force châteaux et terres dont il tire sa subsistance. Si on l'a agréable, on l'obligera à avoir force gens de guerre qui le consommeront tout ou feront contribuer tout son pays , et prendrons tout ce qui navigue. Cela lui âtera le moyen de subsister, et nous le facilitera ; car au pays où il est, il ne peut vivre que de la mer, ne recueillant pas du blé pour deux mois; et comme il est maintenant, il fait tout le mal qu'il peut et nous interdit sa communication sous prétexte de peste, et tire de nous sa subsistance, et a l'entrée dans tous nos ports, dont il tire tous ses avis, pour les donner aux ennemis.

Que si l'état des affaires, ou quelque autre raison ne veut pas tous ces petits desseins , nous avons à la fin d'août le ramadan qui oblige tous les Turcs de revenir dans leurs ports ; si le roi avait agréable que que nous y allassions , ou nous aurions tous les chrétiens qui sont lors

LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — JLILL. i640. 225 «sseniblés , ou nous tâcherions à entreprendre sur leurs vaisseaux el galère» qui sont lors de retour dans leurs ports, et nous laisserions sept ou huit galères cl douze ou quinze vaisseaux pour la garde de la côte.

Je vous demande la résolution sur «es petits desseins, oui, a mon avis, pressent , ou qu'on me commande CC «pie j'ai à faire, alin de n encourir pas le reproche d'avoir eu entre mes mains une grande armée inutile toute une campgne, les ordres que j'avais apportes de la cour étant tous changés, et n'en ayant pu avoir «l'autre* depuis.

A M. l.F. CARDINAL, TOUCHANT S<» ARMER ET I.'îl.E SAINTE-M ARGUER ITR , ET TOUCHANT LES DESSEINS PROPOSES E\R LA COI H.

fie Sa ntc-Mjrcurtilc, le >•» juillet itîjn.

Monseigneur ,

Je suis venu en ce lieu pour rafraîchir un peu les galères , qui ne li peuvent dans les cotes «le Gênes ni de Mice ; j'envoie à Livourne, n\atil d'y entrer, pour savoir ce que fera le grand-duc.

J'ai rendu compte, du golfe de Spc/zia , de tout ce qui s'était passé; depuis, j'ai revu Gènes malgré les habitants, étant venu donnée sonde avec vos galères devant leur port , et entré partout dedans ave» «leux felouques , où j'ai reçu les desseins proposés , que j'estime exécutables quand votre éminence le voudra , pourvu que ce soit elle qui en prenne le soin.

Pour Nice , il se fera aussi, el le bon temps sera vers la lin de septembre, pourvu que M. d'Harcourt vienne assiéger Coni en même temps; car, parce moyen, les «leux arm«;es auraient correspondance, et s'empêcheraient l'une l'autre de secours.

Dès que l'escadre de ponant sera arrivée, j'irai en Barbarie, comme M. de Noyers me mande «pie votre éminence l'approuve, cl passerai par Majorque , Bareelonue et les Alfages. Cependant je tiendrai autant que je pourrai la «V»tc «le Corse el Gènes. En quelque lieu «pte je sois, il. 39

je pourrai recevoir l'honneur de vos commandements de ce lieu , où j'enverrai tous les jours des felouques à toute heure. C'est, etc.

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