‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 79 sur 226 · MEMOIRE DU ROI · texte numérisé non relu

MEMOIRE DU ROI

a m. l'archevéquk de bordeaux, commandant l'armée navale, de ce qu'il doit faire aux côtes d'Italie tandis qu'il est en mer.

Sa majesté a trouvé si mauvais le procédé de ceux de Gènes en l'arrêt du père Asplanati et des paquets dont il était porteur qui ont été envoyés au marquis de Leganez, que sa majesté permet audit sieur archevêque d'en témoigner le ressentiment qu'il propose.

A quoi sa majesté s'est d'autant plus portée, voyant qu'avec cela les Génois dénient aux vaisseaux du roi, dans leurs ports et pays, les commodités nécessaires et même le salut, comme s'ils étaient ennemis déclarés.

Sa majesté approuve donc que ledit sieur archevêque prenne leurs galères chargées de soies au retour de la foire de Messine, et les mène aux ports de Provence; en quoi il se conduira de sorte que, son dessein étant tenu très-secret, le succès en soit d'autant plus facile et certain.

Sa majesté a été bien aise d'apprendre que ledit sieur archevêque a empêché les troupes de Naples de passer en Piémont; il ne peut rendre service plus agréable à sa majesté et plus utile à ses affaires que de continuer à empêcher la communication de Naples avec le Milanais et le Piémont, en sorte qu'il combatte lesdits galères ou vaisseaux d'Espagne en leur passage , ou qu'il les contraigne de demeurer dans leurs ports pendant le reste de cette campagne.

C'est le principal dessein que ledit sieur archevêque doit avoir comme étant très-important aux affaires du roi en Italie , où sa majesté désire que Turin soit pris, et ce avec autant d'affection qu'Arras, dont elle espère de venir à bout dans huit jours, avec l'aide de Dieu.

Ledit sieur archevêque a bien fait d'arrêter les vaisseaux flamands et anglais chargés pour le compte des Espagnols , et dé les envoyer dans les ports de France; sur quoi M. le cardinal lui mande plus par-

MÉMOIRE DU ROI. — AOUT 1640. 253 ticulièrement son sentiment , comme de choses qui dépendent de la

Quant au vaisseau qui vient d'Espagne et qui porte cinq cent mille écus dont il est en quête, l'on ne sait comment il peut douter que la prise n'en soit approuvée, puisque l'on est en guerre ouverte avec les Espagnols; le roi lui permet donc non seulement de faire cette prise, mais lui donne ordre de prendre tous les vaisseaux qu'il rencontrera venant d'Espagne.

Pour ce qui est de la proposition contre les Turcs , sa majesté suppose que c'est contre ceux de Barbarie, ne voulant pas qu'il soit rien entrepris qui puisse faire mettre brouillerie entre elle et le grand-seigneur ; mais elle trouvera bon que ledit sieur archevêque fasse contre ceux de Barbarie tout ce qu'il estimera à propos pour les obliger à un bon traité de paix et à rendre tous les esclaves français qu'ils tiennent.

Le nommé Jean-Baptiste du cap de Quicrs est maintenant en Alger pour faire ledit traité avec eux; ledit sieur archevêque pourra savoir <le lui en quel état est cette affaire, pour se conduire selon l'information qu'il aura de la bonne ou mauvaise disposition de Veux d'Alger , et pour aider même par la crainte des armes du roi à la conclusion dudit traité '.

Cette affaire qui regarde les Turcs n'est pas de la même importance que ce qui concerne l'Italie, à quoi ledit sieur archevêque se doit prinlt appliquer, et ne songer à celle-ci qu'en tant qu'elle ne le

Pour ce qui est de M. le cardinal de Savoie, l'incivilité dont il a usé ver» les vaisseaux du roi mérite que ledit sieur archevêque , après son retour, fasse contre lui tout ce qu'il propose.

LOUIS

BOL'THII.I.IER.

' Voir plu» loin, ch. X, l'ensemble de* document» sur Alçer et k.» tUtt barbaresque* pendant les années 1608-1640.

Les dépêches suivantes du roi et de M. le cardinal enjoignent à M. de Bordeaux de s'opposer au passage du secours de Naples , et de surseoir aux ordres qu'il avait reçus relativement à la republique de Gênes ; il y est question de la prise de quelques vaisseaux marchands , d'envoyer en Barbarie pour la liberté des chrétiens, s'il se peut, et de nouvelles du siège d'Arras.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

M. de Chavigny vous envoie des ordres du roi si précis sur votre dépêche, que je n'ai rieu à y ajouter.

La première chose que vous devez avoir devant les yeux est d'empêcher les secours qu'on peut donner au marquis de Leganez , soit de Naples, soit d'Espagne.

Sa majesté approuve la proposition que vous laites pour les galères de Gênes , pour les rendre par après quand cette république se sera mise a la raison.

Si vous pouvez prendre le vaisseau de cinq cent mille écus qui doit venir d'Espagne, ce sera une bonne affaire.

Quant aux vaisseaux flamands et anglais que vous avez envoyés à Toulon , chargés de marchandises appartenant aux ennemis, je vous envoie mon pouvoir pour les juger eu conseil de guerre , et vous prie de ne rien faire qui puisse blesser ni votre conscience ni la mienne.

Pour ce qui est de la Barbarie, vous y pourrez faire ce que vous proposez , si ce dessein ne vous détourne point des autres ci-dessus.

Si on va en Barbarie , je vous prie de traiter seulement avec Isouf- Bey sans que la civilité empêche ce qui sera nécessaire pour la délivrance de nos chrétiens.

Nous sommes au siège d'Arras, qui ne nous donne pas peu d'affaires, les ennemis faisant tout ce qu'ils peuvent pour le sauver. Le cardinal-

LETTRE DU CARD. DE RICHELIEU. — AOUT 1640. 255 infant v a trente mille hommes. Ils attaquèrent hier la circonvallation sans autre effet que d'y perdre deux mille hommes; j'espère que cette place sera entre les mains du roi dans huit jours. Je suis ,

Monsieur,

Y otre très-affectionné comme frère à vous rendre service.

Le Cardinal de Richelieu.

D Amien», le 5 août 1640.

MÉMOIRE

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , CONSEILLER DU ROI EN SES CONSEILS , ET LIEU TENANT -GÉNÉRAL DE SA MAJESTE EN SON ARMÉE NAVALE DE LEVANT, POUR NE RIES ENTREPRENDRE CONTRE GÊNES, ET EMPÊCHER LE SECOURS DB KAPLES A MILAN.

Depuis la dépêche qui fut faite audit sieur archevêque de Bordeaux , la sienne du 20 du mois passé est arrivée , par laquelle sa majesté a vu que la république de Gènes a accordé la libre entrée aux vaisseaux du roi dans tous ses porte , excepté celui de Gènes, où les vaisseaux de guerre du roi d'Espagne, chargés d'infanterie, ne sont point reçus.

Sa majesté ayant de plus appris que les Génois ont salué ses vaisseaux, elle juge à propos que ledit sieur archevêque sursoie l'exécution de l'ordre qui lui a été envoyé par ladite dépêche d'hier, sur le sujet de ce qu'il a proposé touchant les galères de Gênes.

Quant à l'affaire du père Asplanati, théatin, sa majesté veut en être plus particulièrement informée avant que prendre résolution de s'en ressentir. On lui a fait entendre que ce sont les supérieurs des Théatins qui l'ont fait prendre comme apostat, sans que la république y ait autre part qu'en donnant auxdits supérieurs l'assistance du bras séculier.

Ledit sieur archevêque surseoira donc l'entreprise proposée sur lesdites galères de Gênes jusqu'à nouvel ordre, et cependant s'attachera en premier lieu à empêcher les ennemis de trajeter des gens de guerre pour renforcer le marquis de Leganez , et essaiera de rencontrer leurs galères et vaisseaux en tous lieux où il pourra les attaquer avec avantage ;

ce doit être là son principal but, et ensuite il se conduira en l'aifaire •le Barbarie ainsi qu'il est porté pr la susdite dépêche.

Quant au vaisseau chargé de cinq cent mille écus, venant d'Espagne à Gènes, le roi lui conûrme l'ordre qu'il lui a donné de s'en saisir s'il peut : de sorte que de la dépêche qui lui fut envoyée hier il n'y a rien à retrancher que ce qui regarde lesdites galères de Gênes.

LOUIS

Si' BLET.

Amiras, le 6 août 1640.

i M. RABUT DE UVOURNE , LUI MANDANT SON ARRIVÉE AtlDtT POSTE POUR COUPER CHEMIN AUX GALÈRES D'ESPAGNE , LUI DEMANDANT AVIS S'IL BST EXPÉDIENT QU'IL MÈNE L'ARMÉE A LIVOURNE.

A bord d« l'amiral . au cap Corst \

Monsieur,

L'avis de l'arrivée des galères d'Espagne commandées par le duc de Ferrandine m'a fait prendre cette route avec l'armée du roi pour tâcher à leur couper chemin. J'envoie ce brigantin pour apprendre ce que vous savez de leur passage et où vous estimez qu'on les pourra rencontrer. Je renvoie à Porto-Fcrrajo pour y attendre de vos nouvelles. Je vous prie à l'instant que ce brigantin sera rendu , de me le dépécher afin que , jour pour jour , il m'apporte le lieu où sont les ennemis.

Si vous avez réponse du grand-duc , vous me l'enverrez; s'il nous est arrivé quelques felouques de Gênes qui me cherchent , vous nous les y enverrez, et me manderez ce que vous savez, tant des galères d'Espagne que de celles de Naples et de leur embarquement. Je serais bien aise de savoir aussi si le grand-duc donne ses galères et à quelles conditions.

• Cap Corae, c'est la pointe da IV. de la cote court presque au S. du coté de l'E., et

Corse; il est situé par 43° N., et 70 16' à au S.-O- de l'autre côté. Le cap Corse est à

l'E. de Paris ; il y a mouillage par 7 brasses a3 lieues au V -E. ] E. de LÏTOurnc. Sur

sur la cote de l'E. de ce cap. En dedans de la cette route , a 7 ou 8 lieues , se trouve 111e

petite lie de Tolari on trouïc de g a 1 o brasses Gorgone, autour de la pointe du S. De cet endroit U

LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — AOUT 1640. 257 Si vous n'étiez pas libre pour me mander vos sentiments , et que vous craignissiez quelque chose de la part du grand-duc, mandez-le-moi : j'enverrai quelqu'un auprès de vous , sinon écrivez-moi amplement et me mandez si vous estimez utile pour le service du roi que j'aille avec l'armée à Livourne ' ou bien si je remettrai une autre fois. Si ma présence pouvait empêcher le grand-duc de donner ses galères , il ferait un bon effet ; faites en sorte aussi que l'on nous donne pratique comme vous m'avez mandé pour les chefs , tant à Livourne qu'à Porto-Ferrajo , et si vous avez quelque connaissance des vaisseaux pris , vous me manderez ce que vous en savez. S'il y a de bons melons et de bons fruits, envoyez-nous-en. C'est, etc.

al grand-duc de florbncb, touchant la pratique déniée aux français a livourne, sur quoi il se plaint.

Monseigneur ,

J'avais rendu compte au roi que ses vaisseaux et ses galères seraient reçus dans vos ports , et que ses officiers y auraient pratique comme votre altesse m'avait fait l'honneur de me le faire espérer et M. de Guise m'assurait, sur le rapport que lui en avait fait le chevalier de Gondry de votre part ; mais le gouverneur de Livourne m'a surpris ayant dénié la pratique au chevalier Paul, l'un des capitaines de l'armée. Je crus que c'était sans votre ordre ou qu'il y avait quelques nou-

' Livourne en Italie, |>ort et grande place Carde ; elles «errent de marques aux pilote»

de commerce, par 43* xi' -i' et par 70 pour entrer dan» le mole. Celle du large est

56 jo" a l'E de l'art». Ce port est excellent, la plus grande ; elle se nomme la tour aux

mai» sujet a te combler; aussi tra»aillc-t-on Poudres; elle est droit au N. à lent»* du

continuellement a le curer. Pour entier à mole. Il est rare que les gros vaisseaux y

Livourne, il faut laisser la roche Malora à entrent, car la rade eut si bonne qu'on ne

gauche, à peu pré* à un quart de mille, entrer cherche pa* d'autre abri. Il y a un grand

hardiment et mouiller ou l'on veut. La roche rocher au-dessus de l'eau an \. ver» la tour

Malora et le fanal sont droit F., et O ; le pas- aux Poudre»; ce rocher est environné de

sage entra eux deux a plus d'une lieue de plusieurs autres , mais le canal est au S. entre

lari;r , il y a quatre tour» de pierre an N. de la roche et le mole la pointe du mole; on les ap|>elle tours de

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