‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 92 sur 226 · LETTRE DE M. DE CHAVIGNY. — SEPT · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE CHAVIGNY. — SEPT

Après cela, elle trouve bon que vous fassiez le voyage de Barbarie lorsque vous jugerez le pouvoir faire utilement pour le service du roi et pour la liberté des esclaves chrétiens.

Il y a grande apparence, comme vous le mandez, que nous sommes en un temps très-propre pour s'accommoder avec la république de Gènes, à quoi , sans doute, ce que vous avez fait n'aura pas peu contribué; son ambassadeur, qui est résidant à Paris, nous a fait savoir qu'il a reçu ordre de traiter sur tous les différends que nous avons avec elle, à quoi l'on travaillera aussitôt que monseigneur le cardinal sera auprès du roi.

Cependant vous essaierez de la maintenir dans la bonne disposition en laquelle elle témoigne d'être , par les moyens que vous jugerez être plus convenables.

Monseigneur le cardinal ne parle point encore de partir de cette frontière, où sa présence est tout-à-fait nécessaire pour empêcher le débaudement d'une armée qui arrive d'ordinaire après la fin d'uu grand dessein. Les ennemis font toujours mine de vouloir réassiéger Arras, mais ce sera uue assez difficile entreprise pour eux, y ayant dès à présent pour plus d'un an de vivres , six mille hommes de pied , composés de six compagnies du régiment des gardes, deux de Suisses, des régiments de Champagne et de Navarre, et de celui de Saint- Preuil, et six cents chevaux de la meilleure cavalerie qu'ait le roi.

Nous avons nouvelles d'Angleterre que les Écossais y sont entrés avec trente mille hommes , et que le roi est parti de Londres en toute diligence pour aller s'opposer à eux avec une armée de quinze mille hommes, qui ne peut pas faire grand effet, n'ayant pas un sou pour la payer.

Les avis que nous avons de l'armée de Bannier portent que le duc de Lunébourg a tout-à-fait conclu son traité avec la couronne de Suède , et qu'il a donné un nouveau renfort de trois mille hommes à l'armée suédoise ; de sorte que ledit Bannier avec les troupes de M. de Longueville et de madame la landgrave, vont chercher Piccolomini pour le combattre ou pour le contraindre à décamper. Si Turin se prend, comme je n'en doute point, il ne peut pas avoir une campgne

plus heureuse ni plus glorieuse que celle-ci , et les affaires du roi seront en aussi bon état qu'elles le puissent être. Je vous supplie de me croire ,

Monsieur, votre, etc.

Chavigsy.

A Arnica», le 7 KpbHMbf* i6Ji

Dans cette lettre de M. de Bordeaux, on trouve de nombreux détails sur l'administration intérieure des galères.

A H. LE CARDINAL DE RICHELIEU

De l'orln-Vrcriiio , le 8 Mplembic iG.jo

Votre éminence trouvera peut-être étranges les diverses dépêches qu'elle reçoit de moi sur le fait des galères ; mais je ne puis faire autre chose que de vous avertir des diverses refuites de ce corps. Quand il faut servir, ils sont si bien accoutumés à ne bouger des iles d'Hyères et du Gourjean , et de faire des métairies de leurs galères, que je n'ai jamais pu les mener à Livourne; ils m'ont tout-à-fait déclaré que les vivres que je leur voulais donner, qui étaient de mille quintaux de pain et la suite, pour finir le mois de septembre , ne leur pouvaient servir que pour les remener, m'ayant caché jusqu'à ce jour l'extrême nécessité du manque de vivres , telle qu'il y a galère qu'il y a quinze jours qui n'a pas vu de vin, et que lu moitié de la ration de pain qu'elle a accoutumé d'avoir , sans aucun autre aliment ; ce qui se fait d'autant plus volontiers que la perle de la chiourme n'est pas à leurs dépens, et (pie, la plupart du temps, la chiourme d'une galère se mettant sur une autre, celui qui l'a ne se soucie guère de la bien nourrir, de sorte que j'ai été obligé de les laisser aller. Quand je demandai aux capitaines d'où venait ce défaut, ils m'ont déclaré qu'ils n'avaient eu leur argent que pour une partie de septembre, ce désordre venant de ce qu'on a employé les deniers que vous aviez ordonnés pour la sortie à faire faire les montres des galères pour les premiers

six mois de l'année qu'elles n'ont bougé du port : si bien qu'il n'a guère resté pour faire le service.

Chaque galère, pour ordinaire et extraordinaire , étant à la mer, a cinq mille livres, doitt il sera répondu pir le capitaine : si bien que pour trois mois, pour dix-huit galères, il ne restait que cent soixante et dix-huit mille livres. Votre éminence peut demander où est allé le reste.

Je rends compte à votre éminence de ce menu, alin qu'elle voie qu'il n'a pas tenu à moi que les galères et vaisseaux n'aient mieux été employés; mais les vaisseaux n'osant quitter les galères, cl les galères, faute de gens et subsistance, n'osant entreprendre ni navigation ni éloignement des côtes de France , tout est ainsi demeuré , et sans le pain qu'on a tire des vaisseaux , se seraient peut-être perdues.

Il faut que vous sachiez que vous n'avez pis de chiourmes pour armer quinze galères capables de donner et recevoir chasse , et que tous les soldats qu'on nous dit entretenir ne le sont pas. Ce sont toutes chansons : tout ce qu'il y sur les galères , on l'a mis sur cinq ou six , n'étant que chétives gens qui ne peuvent pis manier leur mousquet; et afin que tous ces désordres vous soient connus, chaque galère donne au commissaire cent écus par an , outre leurs gages , cent cens au contrôleur, cent écus au trésorier, cent livres à son commis, cinquante écus au secrétaire du génélal, et cinquante écus à celui de M. de Noyers, qui font treize cents livres pour chaque galère. De là, votre éminence peut juger le profil de chaque galère, et si chacun (ait bien sa charge; et par le service qu'elles font, si elles agissent comme celles de Malte et Livourne ; en un mot , elles font comme les vaisseaux avaut que vous y missiez ordre, cl feront toujours de même si vous n'y mettez la main loul-à-fait. Je viens de prendre présentement pirt de deux felouques qui m'ont apporté les dépêches de Rome, Gênes et Livourne, que les vaisseaux et barques sont parties de M a pics pour décharger à port Hercule et Livourne; c'est, si je ne me trompe, la raison qui a fait changer la résolution d'aller à Livourne, à quoi on n'a pas voulu entendre du tout depuis

qu'on a vu par mes dépêches l'ennemi en campagne, dont, je crois, on était averti avant moi.

M. de Bordeaux trace à M. le bailli déForbin le plan de campagne des galères, et l'engage à suivre ses instructions, dans l'intérêt du service du roi.

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