LETTRE DU SIEUR GAUFRIDI. — SEPT
est pleine de la gloire de votre nom , comme je suis plein du désir d'être toute ma vie ,
Monseigneur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Gacfridi.
A PUiiuce, « jS «ptembre .«fo.
Dans cette lettre , M. le duc de Parme demande à M. l'archevêque de Bordeaux, i°. quelles troupes il pourrait débarquer à Sestri , et l'argent pour leurs subsistances durant trois ou quatre mois; a°. il lui donne avis que le roi d'Espagne est faible pour défendre le Milanais , et qu'il y a beaucoup de terreur dans la Toscane et au royaume de Naples; 3°. que le marquis de Poma est frère du prince de Bozzolo; qu'il a du cœur, mais que pauvre il ne peut rien; enfin que les Mantouans et Modénois sont pour l'Espagne.
LETTRE DE M. LE DUC DE PARME
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
Monsieur ,
Vous ne sauriez jamais croire avec quel sentiment d'affection j'ai reçu votre lettre en chiffres du 9 de ce mois , et combien est grande l'obligation que je vous ai , pour tant de marques que vous me faites recevoir de votre bonne amitié, à laquelle je tâcherai de correspondre avec une très-parfaite intelligence, et procurerai de vous faire voir par les effets qu'une de mes plus grandes passions consiste dans le désir que j'aurai toujours de vous servir , et dans la haute estime que je fais de vous et de votre mérite , vous priant de faire toute sorte d'état de moi et de tout ce qui en dépend.
J'ai vu l'offre que vous me faites du débarquement du monde qui me serait nécessaire en cas qu'il y eût du côté de mes États de quoi bien entreprendre sur le Milanais ; à quoi je vous dirai que l'assiette de mes ii. 4o
États s 'étendant jusque dans le cœur dn Milanais , puisque mes confins du côté de Plaisance ne sont qua dix lieues loin de la ville de Milan , même un corps d'armée considérable qui agit de deçà, aurait lieu déventrer d'abord le Milanais en lui portant la guerre jusqu'aux entrailles, et d'ailleurs d'agir très-utilement sur les places de deçà, qui sont peu fortifiées et moins encore gardées, tant plus à cette heure que les Espagnols sont si faibles qu'ils n'ont de quoi faire téte à M. d'Harcourt. Il y a long-temps que moi, qui suis sur le lieu, touche au doigt cette vérité , et connais tous les jours davantage que si l'on attaque comme il faut le Milanais, très-assurément l'on en chassera l'Espagnol. C'est pourquoi , faisant très-grand état de l'offre que vous me faites, je voudrais que tous me fissiez une autre faveur, en me faisant savoir précisément quel nombre d'infanterie vous me pourriez débarquer et s'il y aurait de la cavalerie, afin que, sur cette assurance, je puisse mieux prendre mes mesures en cas que les conjonctures d'agir et d'entreprendre quelque chose de bon se présentassent ; car pour lors je recourrais à vos offres avec toute l'intelligence que vous sauriez désirer, vous disant, en passant, que Sestri n'éuut qu'à six petites lieues des confins de mes États, le débarquement des troupes réussirait trèsnaisémeut. Et parce qu'il serait aussi nécessaire de pourvoir l'argent pour la subsistance desdites troupes, je vous prie pareillement de me faire savoir comme vous le pourriez faire, au moins pour les premiers trois ou quatre mois, jusqu'à ce que, ayant emporté quelques pièces du Milanais de deçà, nous puissions en après les faire subsister dans le pays ennemi avec très-grande épargne du roi ; car véritablement je ne me trouve pas présentement eu état de fournir à telle dépense. Bien vous dirai-je que pour du blé et du vin il y en a dans mes Etats une trèsgrande quantité, et le tout à Final et à bon marché.
Quant au marquis Poma , dont vous désirez avoir information , je vous dirai que c'est le frère du prince de Bozzolo, qui est maintenant ambassadeur, à Rome, de l'empereur. Ledit marquis se trouve présentement à Bozzolo, chez son frère; il est véritablement très-gentil ; il a du coeur, et qui de sa personne a toujours témoigné fort bon courage; mais il est pauvre, sans subsistance, et qui aurait toutes les