‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 96 sur 226 · LETTRE DU DUC DE PARME. — SEPT. 1G · texte numérisé non relu

LETTRE DU DUC DE PARME. — SEPT. 1G

peines du inonde de mettre ensemble vingt-cinq personnes, car, outre qu'il ne saurait où les assembler, n'étant Bozzolo qu'un méchant petit village, et qui d'ailleurs est entièrement à son frère qui sert l'empereur, je ne vois point d'où il les pourrait tirer ; car il y a apparence que le Mantouan aussi bien que le Modénois, qui ne respirent que pour l'Espagne et qui enferment de tous côtés ce village, le lui empêcheront.

Je ne veux point nmr cette lettre sans me réjouir avec vous oe ce que la chute d'Arraa a été suivie par celle de Turin , pour laquelle vous avez si bien contribué par l'empêchement du secours qui devait venir deNaples, qui est une gloire qui vous appartient tout aussi bien que la terreur que vous avez jetée dans tout le royaume de Naples et dans la Toscane , comme les lettres que je reçois tous les jours me le confirment. Moi , qui suis très-partisan de votre gloire aussi bien que de votre personne, je prie Dieu incessamment pour votre prospérité; et comme j'attendrai toujours de vos nouvelles , aussi je ne manquerai point de vous en donner des miennes pour m'acquitter de l'estime bien singulière que je fais de vous et de tout ce qui peut encore regarder i avancement nés atiaires au roi aans cette province , aans îaquene je vous ferai toujours voir , comme partout ailleurs , que je suis véritablement,

Mousieur , votre , etc.

A PUinno» , eu »*pterabrr 16^0.

A M. LE MARÉCHAL DESTRÉES, POUR LUI FAIRE SAVOIR QUE DAJIS TOUS LES PORTS DU PAPE LON NOS AIT RECEVOIR AUCUN FRANÇAIS NI PERMETTRE QUE LON LUI ENVOIE DES NOUVELLES.

Du traten de Hlfkt, M *) «eptembr* ittyo.

Monsieur,

Voici la quatrième dépêche que je vous ai faite sans qu'on ait voulu permettre qu'elles aient été reçues dans les terres du pape , soit à Civita- Vecchia, soit à Lassaro, où j'ai envoyé deux fois, et la dernière l'on a pris le maréchal-des-logis de mes gardes et six de ses compagnons pri-

son murs, que j'avais envoyés pour vous porter une dépêche ; et après l'avoir gardé trois jours, l'on l'a laissé aller sans vouloir souffrir que le consul se chargeât de sa dépêche, lequel consul a fait ce qu'il a pu. J'eslirue qu'il est nécessaire de savoir s'il y a assurance ou non pour nous dans les terres de sa sainteté. Ils disent partout qu'ils « out ordre « du cardinal Barbarini de tirer sur nos gens, et de fait ils ont tiré « d'une tour ', » laquelle tout le conseil voulait que « je fisse raser, » mais le respect de sa sainteté m'en a empêché. Je vous dépêche ce vaisseau à Livourne pour savoir de vous ce que je dois faire en cette conjoncture et vous donner avis de l'état où je suis, qui est que nous avons « visité le port de Gaëte, où l'on a trouvé peu de barques et tirées « à terre, » qui fait croire que celui qui y a apporté la cavalerie est retourné à Naples. <* Les quatorze galères qui étaient à Gênes » y sont revenues, mais comme elles vont « la rame à la main près des terres , h

grands coups de vent : l'un, qui m'a tenu huit jours côte en travers sur la plage romaine, l'autre, sur Ischia, où je suis encore et tâcherai à y demeurer jusqu'à ce que le temps « me permette d'aller à Naples pour «« voir s'il y a des vaisseaux cachés, » comme l'on dit, « et laisserai une « escadre de dix vaisseaux dans le port de Ponza, » pour empêcher que rien ne passe, s'il y avait quelque chose, à « Gaete ou dans le reste de la côte; » ils seront toujours bord sur bord « de Pouzzol ' audit Ponza. « Les Turcs ont pris et abattu la tour qui était en Pouzzol , apparte- « liant au duc de Parme, » et maintenant le vice-roi de Naples lui fait une querelle d'Allemand pour « la rebâtir » vitement, autrement qu'il la fera refaire et la conservera « pour le roi » son maitre. J'estime qu'il faudrait ménager avec lui , s'il était possible , qu'il trouvât « bon que « le roi la fît refaire sous son nom et qu'il y ait garnison sous la com- « mission dudit duc , » d'autant que c'est un parfaitement beau lieu , n belle rade , un joli port pour galères et petits vaisseaux, où il y a de « l'eau et un parage où l'on voit tout ce qui passe de Naples et Sicile

■ CequiestguilleniclU-cUitikstiMéiiêUt; golfe de >'aplcs, eu dedans de la pointu chiffré dan» l'autographe. N.-O. de la liai*

' PooboI , tout auprès de Naple$ , dan» le

LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — SEPT. 1640. 317 « pour l'Espagne et le Milanais, m J'estime cette affaire de grande conséquence pour le roi, qui n'a « aucune retraite en ces côtes; » que s'il nous pouvait ménager cela avec lui, il faudrait qu'il fît <* travailler dik ligemment à relever la tour abattue, » afin qu'étant remise nous pussions avec sûreté faire ce « qu'il faudrait y ajouter. » L'aflaire, si je ne me trompe, mérite diligence, cela étant trop important « aux Espi- « gnols pour le négliger, h

Je vous dirai aussi que la première fois qu'on fut à Lassaro pour vous porter un paquet qu'on refusa, il se mit dans la felouque un grand homme napolitain de quelque trente ans, un peu rousseau, qui se nomme Biaise Caracciolo, marchese de Santo-Angelo, lequel dit «qu'il m voulait venir voir l'armée. » Quand il fut dans la felouque, il commença à « commander aux marins de le remettre à terre; » six gardes qui étaient dedans « lui dirent qu'il fallait venir à moi. h

Ils me l'ont amené : c'est un homme qui « ne sait pourquoi il a fait « ce qu'il a fait.» Je crois, pour moi, «qu'il était ivre, étant assez extra- « vagant; » et de fait, depuis qu'il est ici, il s'est « encore enivré une « fois, m II dit être « banni à cause de la mort de celui qui fut pris à « Rome, qui était son cousin germain, » et qu'il est de la première maison de Naples. Je lui ai demandé s'il voulait « servir le roi, et ce qu'il « pourrait contribuer à son service. » II dit qu'il ne veut pas «desservir « le roi d'Espagne, » mais que la curiosité l'a amené ici, d'où je ne crois pas qu'il s'en retourne si facilement , « que je n'aye su de vous ce « qu'il est et ce que vous jugerez à propos qu'on en fasse. »

Si vous me voulez faire savoir de vos nouvelles, il faut envoyer un

des vôtres à ' , lequel prendra une felouque pour venir au bout

du cap de Monte-Circello, où il verra de nos vaisseaux; que s'il n'en voit pas, il peut venir jusqu'à et aller au premier voile carré qu'il

verra. S'il ne veut s'embarquer, qu'il envoie un pécheur avertir le premier voile carré qu'il verra qu'il y a à terre un homme de notre part , et ils iront quérir les lettres. Que si l'on voulait souffrir que nous y envoyassions ou l'un ou l'autre, tous les jours vous auriez de nos nouvelles; ce que j'estime bien nécessaire durant que je serai en cette côte. Il faut

• En blanc dans l'original. • En blanc dans l'original.

aussi, s'il vous plait, en envoyer le duplicata à Livourne, où le vaisseau sera ou quelque autre.

M. de Noyers envoie à M. de Bordeaux la liste des vaisseaux qui doivent repasser en ponant.

MÉMOIRE DE M. DE NOYERS

POUR M. DE BORDEAUX , ET ÉTAT DES VAISSEAUX QUE SOI» EXCELLENCE A ESTIMÉ A PROPOS DE FAIRE REPASSER DE LEVANT EN PONANT.

A Uuutoe* , le ïo «eplemJire 1640.

L'amiral d'Espagne, qu'on estime être de mille tonneaux.

Six autres vaisseaux de six cents et de cinq cents tonneaux , lesquels M. de Bordeaux choisira, soit des français ou des espagnols , ainsi qu'il estimera à propos, ayant besoin des plus forts en ponant pour opposer à ceux d'Espagne.

On estime de deçà que la Royale et la Cardinale , n'étant chacune que de six-vingts tonneaux, sont peu propres à servir en levant, et qu'elles seraient plus utiles en ponant pour, avec de bonnes chaloupes, faire la guerre aux pirates qui viennent voler dans nos côtes avec des barques et pinasses. Si M. de Bordeaux est de cet avis, il renverra en-

On a fait fonds pour donner une montre à tous les équipages en désarmant, et outre cela on remènera tous les ponantins en leur pays, par le renvoi des vaisseaux ci-dessus mentionnés , aux dépens du roi.

M. de Bordeaux recevra les officiers de l'artillerie? mais il laissera les canons qu'il destinait pour la terre avec l'équipage du levant, en lieu sûr où rien ne se puisse perdre.

Cet article se doit aussi entendre pour les boulets et autres munitions, qui se recouvrent difficilement en levant.

Son éminence m'a commandé d'envoyer le présent mémoire à M. de Bordeaux.

De Noyebs.

SEPTEMBRE 1640. 3l«J Dans cette lettre sévère, M. le cardinal se plaint à M. de Bordeaux du peu de succès de l'armée navale pendant cette année.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU a m. l'archevêque de bordeaux, touchant les manquements faits

PAR LE BAILLI DE FORBIN , LES PRISES DES MARCHANDISES ET LA DISPOSITION DES VAISSEAUX.

Monsieur ,

Je suis extrêmement fâché du mauvais succès qu'a eu tout votre emploi de cette année. J'écris comme je dois à M. de Forbin pour savoir de lui quelles raisons il peut avoir pour justifier les manquements auxquels vous écrivez qu'il est tombe. Et, en cela , je ne crois pas que le roi veuille être payé de mauvaise monnaie , l'atfaire étant trop importante pour recevoir de mauvaises excuses.

Je n'ai point encore reçu les procès-verbaux de la prise que vous avez faite des vaisseaux qui sont à Toulon. Aussitôt que je l'aurai , je la ferai juger. On parle si diversement de ce qui est dedans que je serai bien aise d'en avoir un inventaire particulier. Vous me ferez le plaisir de le (aire faire.

J'ai pourvu à la montre qui est nécessaire pour le désarmement de* deux armées de levant et ponant, et les matelots ponant ins n'auront pas sujet de se plaindre, par la résolution que le roi a prise de faire repasser dans le ponant six de ses meilleurs vaisseaux de ceux qui sont en levant , qui rapporteront lesdits matelots jusque dans les ports où on les a fait embarquer. Ce courrier vous porte l'ordre dudit passage , et sa majesté vous laisse le choix des vaisseaux que vous estimerez les meilleurs à cet ell'et.

S'il y a dans votre armement quelques vieux vaisseaux qui ne soient plus propres pour la guerre et qui puissent servir à la marchandise , je crois qu'il est plus à propos de les vendre que de les laisser périr inutilement ; et partant, si vous trouvez commodité de les vendre à des

marchands, en réservant l'artillerie de fonte verte, la liberté vous en est laissée.

Après avoir fait votre désarmement, vous pouvez aller vous rafraîchir chez vous, ainsi que vous le désirez. Vous me ferez grand plaisir d'avoir soin de votre santé, et de croire que je suis,

Monsieur,

Votre très-atfèctionné comme frère à vous rendre service.

Le Cardinal de Richelieu.

Cette lettre de M. de Noyers est relative au soulèvement de la Catalogne, qui , ainsi qu'on le verra dans l'année 1 64 ï « voulait se donner à la France.

LETTRE DE M. DE NOYERS a m. l'archevêque de bordeaux- Monsieur ,

Sur la proposition faite par les Catalans de se mettre en la protection du roi, sa majesté a envoyé par delà M. Duplessis-Besançon, qui, après avoir conféré avec M. d'Espenan et quelques députés de Barcelonne, a dépêché vers sa majesté et fait beaucoup espérer de ce mouvement. Vous verrez les intentions du roi et de son éminenoe par celle que je vous adresse, et vous mettrez, s'il vous plaît , en devoir de les exécuter au plus tôt, ne doutant pas que vous ne preniez grand plaisir de contribuer et prendre part à une action qui peut beaucoup servir à l'avantage des affaires du roi , non seulement par l'intérêt que vous prenez au bien public, mais par le juste désir de gloire qu'ont tous ceux qui commandent les armées. Je suis, Monsieur,

Votre très-humble serviteur,

De Noyers.

I>« UuulnM , l« î6 wplcmbrr 1640.

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